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Joaquim, apiculteur amateur dans la banlieue de Lille : entre passion et transmission

L’apiculture est à la fois une profession ancestrale et une passion de plus en plus partagée par des amateurs éclairés. Ces passionnés savent que l’abeille est essentielle à l’équilibre de notre planète. Chez certains, cette passion naît d’un héritage matériel, chez d’autres, d’un savoir transmis. Chez Joaquim, c’est à la fois l’un et l’autre cas, en tant qu’apiculteur amateur installé dans la banlieue de Lille.

Originaire de la région de Castelo Branco au Portugal, Joaquim est arrivé en France en 1969. Il a travaillé dans une usine de pièces pour de grands groupes aéronautiques français, mais aussi mondiaux.

Il nous raconte comment, en hommage à un ami disparu, il est devenu le gardien de plusieurs ruches et d’un savoir précieux.

Nous avons passé une après-midi ensemble pour comprendre l’extraordinaire travail des abeilles et assister à la récolte du miel, un moment convivial entre amis.

Nous avons interviewé Joaquim pour LusoJornal : un cours magistral et passionnant.

Joaquim, comment vous est venue la passion pour l’apiculture ?

Comme beaucoup de portugais, près de ma maison, je cultive un petit lopin de terre, je n’avais pas de vocation pour l’apiculture. L’intérêt pour ce métier, ce hobby, est le fruit d’une rencontre, de la disparition d’un ami que nous visitions toutes les semaines dans une maison de retraite, ami portugais arrivé en France en 1928.

Avant sa disparition, en juin 2017, cet ami donne comme consigne à ses filles que les ruches qu’il possédait devaient me revenir. J’ai accepté, c’est devenu un passe-temps pour ma retraite, une passion que j’aime bien partager avec d’autres, faisant partie d’une association d’apiculteurs et ayant suivi plusieurs formations.

Apiculteurs amateurs, vous avez dû beaucoup apprendre sur les abeilles et apprendre avec les abeilles ?

Effectivement l’organisation d’une ruche est assez complexe et la preuve d’intelligence de ce petit animal, j’ai beaucoup appris et je continue à apprendre. Je viens d’avoir une idée cette année qui est au stade d’essai avec les abeilles. En principe, cela doit conduire à produire à la fois quelque chose d’unique et beau.

Les abeilles ont un rayon d’action de 5 kilomètres, pouvant apporter et rentrer dans la ruche jusqu’à 150 fois par jour. Plus elles vont loin, plus elles se fatiguent et plus leur vie est courte, vie qui peut aller de 6 jours à 3 mois. En hiver, étant donné que leur travail est moindre c’est à ce moment de l’année qu’elles ont une plus importante longévité.

Les abeilles peuvent avoir également plusieurs fonctions : celles qui vont chercher le pollen et celles qui les accueillent dans la ruche, pour une perte de temps moindre. C’est les abeilles à l’intérieur de la ruche qui placent le pollen dans les alvéoles. Évidemment les abeilles qui restent dans la ruche ont une longévité plus importante, la fatigue est moindre.

Personnellement comme vous voyez dans mon jardin j’ai pas mal de fleurs et d’arbres fruitiers. C’est une façon d’aider une partie des abeilles de mes ruches, à n’avoir pas à faire beaucoup de kilomètres.

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Combien d’abeilles peut-on avoir dans une ruche ?

Le nombre est variable en fonction de la forme de la ruche, plus ou moins haute, plus ou moins compartimentée. Une ruche peut avoir jusqu’à 50 voire 75 mille abeilles. Il y a des ruches qui peuvent avoir jusqu’à 10, 12 cadres compartimentés, cela fait la hauteur d’un homme. En sachant que le comportement du bas est réservé à la reine, avec presque pas de miel, à raison de 20 kg par compartiment, vous imaginez le poids qu’une ruche peut faire. De noter que dans ces 20 kg, 2 kg c’est le bois de la structure, le reste étant la cire et 2 à 3 kilos de de miel.

Il y a les abeilles, mais il y a aussi ce qu’on appelle les reines. Quel est le rôle des reines ?

Chaque ruche n’a qu’une seule reine, même s’il faut un peu nuancer, car il y a des étapes pour qu’il n’y ait qu’une seule reine.

Une reine ne se débrouille pas toute seule, les abeilles tout autour d’elle sont là pour lui donner à manger. L’abeille reine peut être âgée de 5 ans, actuellement plutôt 2 à 3 ans, les pesticides sont néfastes et rendent la vie des abeilles-reines plus courte.

La reine sort de la ruche une fois dans l’année vers la fin de l’hiver, début de printemps. Elle monte à une cinquantaine de mètres d’hauteur, suivie par 30 à 40 abeilles mâles. Ces mâles la fécondent, cela se faisant, les abeilles mâles meurent.

Intéressant est de savoir que les mâles ne produisent pas de miel, ils sont plus gros et n’ont pas de fard. Ce sont les autres abeilles qui les alimentent, sachant que c’est pour le bien de la ruche au vu de leur rôle vis à vis de la reine, les autres abeilles les éjectant de la ruche pour qu’ils accomplissent leur rôle de fécondation.

L’abeille reine, ensemencée une seule fois dans l’année, en descendant vers l’intérieur de la ruche, va pondre dans chaque alvéole de cire un œuf à raison de 1.000 à 2.000 par jour entre mars et octobre dans nos régions.

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Pourquoi vous dites qu’il n’y a qu’une abeille par ruche, toutefois qu’il fallait nuancer ?

Une ancienne reine approchant la vieillesse va pondre des cellules royales qui vont donner naissance à autant de reines, et là se produit le phénomène suivant : la première lave transformée en abeille reine aura le rôle de tuer la reine ancienne et les autres nouvelles reines pour qu’elle reste seule dans sa ruche.

À cette règle il y a des exceptions, et heureusement. Une nouvelle reine peut parfois être autorisée à sortir avec un quart des abeilles de la ruche. En sortant, elles vont se poser, sur un arbre par exemple, formant un essaim. À cet instant on peut mettre une ruche vide à côté pour insister sur l’essaim à y rentrer ou on peut aussi les capturer, voir les «conduire» vers la nouvelle ruche.

Il peut arriver aussi que la nouvelle reine ne tue pas l’ancienne. Cette dernière sort également de la ruche avec d’autres abeilles. De la même façon, on peut les récupérer pour une nouvelle ruche. Cette, ancienne, abeille reine n’aura une vie que d’un an supplémentaire, elle aura une moindre production d’œufs… un nouveau cycle se met en route… 7 à 8 cellules royales…

La nouvelle reine produit un son, en général cela fait «cui cui». Si l’on entend le bruit «couac couac», celui-ci est émis par l’ancienne reine, cela indique qu’une ancienne reine n’a pas été tuée par la nouvelle et qu’elle a l’autorisation pour sortir de la ruche et transporter avec elle une partie des abeilles, en général un quart de la ruche.

Tout à l’heure vous m’avez dit qu’on pouvait acheter des abeilles reines. Expliquez-moi.

Les apiculteurs plus spécialistes peuvent aider la nature. Au moment d’avoir 7 à 8 cellules royales de nouvelles reines dans la ruche, ils interviennent en faisant un travail minutieux prélevant la larve qui a à peine un jour. Ils vont mettre dans de petits réservoirs prévus à cet effet les larves en les aidant à la croissance avec une attention particulière. Il y a toujours un risque de mortalité dans ce type d’intervention, de bons experts arrivent à 90 voire 95% de taux de réussite. Parfois ils arrivent même à prélever dans une même ruche jusqu’à 20 futures reines. Entre la larve et l’abeille reine il faut compter 19 à 21 jours de croissance, chez la simple abeille cela dure un jour de moins.

La nouvelle abeille reine monte à 50 mètres de hauteur en attirant les malles, en descendant elle rentre dans une nouvelle ruche, et met en place un nouveau cycle.

On peut transporter les abeilles reines à l’intérieur d’une petite boîte adaptée, dans lesquelles ont met aussi une dizaine d’abeilles qui vont l’alimenter pendant l’éventuel voyage.

L’abeille reine ainsi transportée est mise avec sa boite dans la ruche. Cela va provoquer un certain chamboulement dans la ruche, les abeilles deviennent nerveuses, toutefois petit à petit elles vont s’adapter à la reine qui vient d’arriver et qui est dans la boîte, dans un premier temps. Quand le calme est plus ou moins revenu, les abeilles et la reine à l’intérieur de la boîte créent un trou et la migration se fait de la petite boîte vers la ruche… et le cycle se met en route.

Les abeilles reines peuvent se vendre et le prix peut varier d’une 30 d’euros à environ 150 euros, selon la reine, la race de celle-ci, sa constitution, sa taille…

Il y a des abeilles à qui on a donné le nom de sentinelles. Pourquoi ce nom ?

Être des sentinelles c’est leur rôle tout particulièrement le soir. Elles sont à l’entrée de la ruche et surveillent, en empêchant à des non désirés de rentrer dans la ruche. Si un indésiré rentre quand même, une action avec de nombreuses abeilles peut se mettre en place pour tuer celui-ci. Un élément indésirable entrant et étant tué, pour empêcher des odeurs, les abeilles produisent le propolis, qui entoure le mort, empêchant les nuisances que cela provoquerait à l’intérieur de la ruche.

Le propolis est extraordinaire, car il colmate les trous et conserve, c’est pour cette raison que nous avons les momies millénaires qui sont arrivés jusqu’à nous. Les pharaons, à l’époque, embaumaient, déjà, leurs êtres chers avec du propolis.

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Que mange l’abeille reine ?

L’abeille reine mange uniquement de la gelée royale. De noter que les abeilles, en plus de la production du propolis et du miel, produisent du pollen, de la cire et de la gelée royale. Cette substance sert à sceller les trous et empêcher les substances indésirables de pénétrer dans la ruche.

À quel moment de la journée les abeilles butinent et que produisent-elles ?

Quand il fait beau, les abeilles sortent du lever au coucher du soleil. Le matin elles récoltent le pollen qui est mis dans un lieu précis de la ruche pour alimenter la reine, dans l’après-midi le travail se fait plutôt sur la production de miel. Il y a une espèce de sirop qui est mis dans les alvéoles qui deviendra miel.

Les abeilles produisent de la cire. Pour quelle fonction ?

La cire sert à créer les alvéoles dans lesquelles la reine pond les œufs, c’est là aussi que sera stocké le miel. Pour faire gagner du temps aux abeilles et les faire se concentrer sur la production de miel, on peut les aider, en gardant l’ensemble alvéole et en les plaçant dans la ruche d’une année sur l’autre, après avoir récupéré le miel dans la centrifugeuse. On remet dans la ruche l’ensemble qui s’emboîte dans la ruche.

De noter que des compléments alimentaires, à base de betterave, peuvent être utilisés en hiver pour alimenter les abeilles, ce qui peut contribuer à la santé de la ruche et à ce que les abeilles ne meurent de faim, si jamais il y a trop de miel prélevé ou par un mauvais temps qui se prolonge, empêchant les abeilles de sortir.

Au vu de la forme des ruches, comment le miel est-il conservé dans les alvéoles et ne tombe pas ?

Les abeilles produisent une pâte blanchâtre qui, en se solidifiant, empêche le miel de couleur le long des comportements et de la ruche. Au moment de la récolte du miel on doit retirer cette patté avec un couteau avant de mettre le tableau d’alvéoles contenant le miel dans la centrifugeuse.

Pour les abeilles il y le grand risque du frelon asiatique qui les attaquent surtout au niveau de la tête, y a-t-il d’autres dangers ?

Les dangers sont nombreux. Pour le frelon on peut minimiser avec un attrape frelons – des petites boites dans lesquelles ils entrent et ne peuvent sortir – mais il y a d’autres méthodes. Il y a la varroase, qui est une maladie causée par un acarien de dimension extrêmement petit. Quand on voit dans une ruche des abeilles avec le manque d’une patte, d’une aile, cela est signe que la maladie est là, il faut l’enrayer par un produit adapté ou le faire à titre préventif. Il y a aussi la petite et la grosse teigne qui peuvent être aussi très destructrices dans la ruche.

La température est également importante à l’intérieur de la ruche, l’idéal est autour de 40 degrés au moment de la production. En hier un certain nombre de précautions doivent être mises en place pour éviter une grande mortalité chez les abeilles.

Je vous ai vu récupérer un bouchon de bouteille en liège. Y a-t-il une raison ?

Actuellement il fait très, très, chaud et la température à l’intérieur de la ruche monte. Pour refroidir la ruche et la maintenir à 40 degrés, les abeilles viennent à l’extérieur chercher de l’eau. Je mets donc des réservoirs d’eau près des ruches et pour qu’elles ne se noient pas je mets les bouchons de liège sur lesquels les abeilles se posent pour prélever de l’eau.

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Y-a-t-il plusieurs sortes d’abeilles productrices de miel ?

Il y a comme dans les autres animaux beaucoup de races. Chaque région a ses abeilles. Par exemple en Espagne et au Portugal c’est ce qu’on appelle des abeilles Ibériques, ici dans nos régions plus au nord, ce sont les abeilles dites noirs, elles sont plus résistantes et ont une plus grosse tête, ce qui fait que, quand je ramène un certain type de matériel du Portugal, je dois l’adapter en fonction de la grosseur de la tête de l’abeille, afin qu’elles puissent passer, c’est ce qu’on appelle des trappes à pollen.

Combien de fois peut-on recueillir du miel par an et à quel moment ?

Cela dépend des années, du climat, etc. En général, on prélève le miel au printemps et fin août/début septembre. La qualité du miel varie aussi selon les régions, l’année et les fleurs butinées.

Est-il dangereux de cueillir du miel ?

En général, on se protège avec des habits spécifiques. Si on se fait piquer par une abeille, en soi ce n’est pas dangereux, à moins qu’on soit allergique. Il y en a même qui se font piquer exprès. Il faut savoir que l’homme en se faisant piquer, crée des anticorps contre le venin des abeilles.

Il y en a qui font exprès pour se faire piquer par des abeilles. En pharmacie, le venin d’abeille est utilisé en traitement des douleurs articulaires associées aux arthrites, tendinites, rhumatismes, névrites, névralgies, et en général sur toutes les douleurs d’origine inflammatoire.

Il faut savoir qu’une abeille qui pique laisse son dard et meurt. Quand l’abeille est en danger, elle se défend au prix de sa vie.

Voilà une description bien passionnante, non ?

Il faut défendre les abeilles qui produisent un produit bien noble. J’ai une pensée pour notre région au Portugal qui en 2025, durant l’énorme feux d’août a vu disparaître 5.000 ruches avec les implications économiques que cela engendre pour les petits producteurs.

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Joaquim Galvão, aussi membre d’une association d’apiculteurs qui défend la qualité du miel, car ce cadeau de la nature – l’un des plus nobles et naturels – est menacé par les contrefaçons, par de miels trafiqués ou dilués, qui nuisent à l’image des apiculteurs et à la confiance du consommateur.

«Le miel devrait être bien mieux inspecté et réglementé», dit-il, «pour protéger les abeilles, les apiculteurs… et la vérité de ce qu’on appelle miel».

Par ailleurs, protéger les abeilles, c’est protéger l’avenir de l’homme, grâce à la pollinisation, une action importante, si l’on veut avoir des fruits, légumes…

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