Abdelmalek Sayad (1933-1998), est un sociologue, directeur de recherche au CNRS et à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Il a notamment travaillé sur la question de l’immigration. Il considère cette dernière comme un fait social total, impliquant plusieurs dimensions de la vie sociétale.
Lors de la publication de son livre «La double absence: des illusions de l’émigré, aux souffrances de l’immigré», un concept prédomine: «la double absence». Ses réflexions mettent en avant l’immigration algérienne. Cependant de nombreuses analyses historiques et sociologiques mettent en corrélation également l’immigration portugaise, lors des grandes vagues d’émigrations vers la France, au cours des années 1960-1970. Cet écrit soulève des questions communes sur la condition des immigrations, l’intégration des émigrés, leurs conditions de travail et de vie familiale.
Le concept de «double absence» met en lumière cette difficulté émotionnelle d’être «ni d’ici, ni de là-bas». Le Portugais quitte son pays d’origine et arrive en France, là, où il s’établit pour plusieurs décennies. Il est ainsi pris malgré lui, entre deux sociétés. Il ressent un sentiment de distance à l’égard de son pays d’origine, tout en rencontrant des difficultés à se sentir pleinement intégrer dans son pays d’accueil.
C’est une situation délicate à vivre. La nostalgie, la saudade se fait ressentir. Ainsi, un paradoxe social et identitaire se met en place. Les Portugais sont physiquement absents au Portugal, mais le cœur y est. A l’inverse, ils sont physiquement présents en France mais absents mentalement.
Quand ils reviennent au Portugal, ils se retrouvent dans la position «d’étrangers» chez soi. Ils constatent de nombreux changements: les amis ont vieilli, le paysage a changé, la société a évolué sans leur présence.
Aujourd’hui, la génération des enfants et des petits enfants d’émigrés, ne connaissent non pas, de «double absence», mais une «double appartenance»: en termes de culture, de langue, de nationalité. Nous sommes «à la fois d’ici et d’ailleurs». Le choix ne s’impose pas. Ce ne sont pas deux identités singulières, mais une identité plurielle qui est construite au fil de nos vies.
Le lien entre les deux pays est fort et sincère, comme le démontre de nombreux accords, ainsi que la fête de l’amitié franco-portugaise du 5 octobre 2026 au Conseil régionale des Hauts-de-France à Lille.
La métaphore qui illustre parfaitement ce concept de «double appartenance» est celle de l’arbre.
Les racines de l’arbre plongent dans les terres portugaises, où se trouve l’histoire familiale, la mémoire des origines et l’héritage culturel transmis par les générations précédentes. Au fil du temps, l’arbre grandit, se développe, son tronc et ses branches s’étendent et son feuillage nourri par les racines portugaises s’épanouit en France.
Ainsi, notre identité ne se divise pas entre deux pays: elle se nourrit de ces deux héritages, de ces deux origines, de ces deux cultures, qui contribuent ensemble à ce que nous sommes. Cette double appartenance, doit se transmettre de générations en générations. Cela s’inscrit dans le devoir de mémoire, qui nous permet de regarder le chemin parcouru dans le passé par nos grands-parents et nos parents, mais également de se projeter dans le chemin à prendre dans l’avenir.
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Inês Gonçalves
Historienne






