Ce mercredi 20 mai, à la Maison du Portugal André de Gouveia, dans la Cité Universitaire Internationale de Paris, s’est déroulé le prologue de la 19ᵉ édition du festival «Parfums de Lisbonne» qui débutera le 14 juin. Pour la dernière ligne droite avant le lancement du festival, le prologue nous offrait une présentation «pour voir». Porté par la Directrice de la compagnie Théâtre Cà e Là, Graça dos Santos, le festival «Parfums de Lisbonne» explore cette année la question des «Transmissions» jusqu’en octobre.
Pour Graça dos Santos, Directrice de la compagnie de théâtre Cà e Là et enseignante à l’Université Nanterre Paris 8 au Département portugais, la question de la transmission dépasse largement le cadre familial classique. «Même lorsqu’on est deuxième ou troisième génération, il y a toujours des histoires qui ne sont pas racontées», explique-t-elle au LusoJornal. Le festival s’inscrit dans le prolongement du travail mené par la compagnie Théâtre Cà e Là autour des questions migratoires et des identités culturelles. À travers spectacles, lectures et performances, il cherche à faire émerger ce qui circule entre générations sans toujours être formulé clairement. «Il y a des choses qui se transmettent sans que ce soit dit», résume-t-elle. Cette réflexion s’appuie aussi sur son travail universitaire à l’Université Paris Nanterre, notamment dans le cadre du projet «Jeunesses méditerranéennes, mobilité», soutenu par l’Institut français. L’objectif : permettre aux jeunes générations de mieux comprendre les héritages culturels et les silences qui façonnent parfois leur identité.
Avant le lancement officiel du festival le 14 juin, «Parfums de Lisbonne» nous offre un prologue avec plusieurs rencontres et performances. Les spectacles se construisent à partir de textes très variés : poésie, littérature, travaux d’historiens ou encore récits personnels. «On construit un récit à partir de voix multiples», explique Graça dos Santos. Le public est pleinement intégré au processus créatif. Après chaque représentation, de longs échanges sont organisés afin d’observer les réactions et nourrir les futures performances.
Le festival attire chaque année un public diversifié composé d’étudiants, de chercheurs, d’artistes et de spectateurs fidèles. «Notre recherche n’est pas forcément d’avoir de très gros publics», précise Graça dos Santos. Certaines rencontres accueillent volontairement une cinquantaine de personnes seulement afin de préserver une proximité et une qualité d’échange avec le public. Au total, entre Paris et Lisboa, le festival rassemble tout de même entre 1.000 et 1.500 participants sur l’ensemble de ses événements. Pour l’équipe, cette dimension plus intimiste permet de prendre le temps de réfléchir dans une époque dominée par l’immédiateté et la rapidité. «Nous voulons prendre le temps de penser», affirme-t-elle.
Des étudiants de master et des doctorants participent directement aux créations artistiques. Certains deviennent même acteurs au sein de la compagnie. «Nous essayons de donner corps à la réflexion», explique Graça dos Santos. Cette démarche de «recherche-création» permet selon elle de développer une autre manière d’enseigner et de transmettre les savoirs, en mêlant réflexion intellectuelle et expression artistique. Les événements se déroulent dans plusieurs lieux culturels à Paris : la Cité internationale universitaire, le cinéma MK2 Beaubourg ou encore des espaces plus atypiques comme la pâtisserie portugaise «Comme à Lisbonne».



Le festival se prolonge également à Lisboa, notamment dans une librairie devenue un lieu important de débat culturel au Portugal, la «Snob Livraria».
Au fil des années, la compagnie a aussi présenté ses créations à Porto, en Catalogne ou dans différentes universités portugaises.
Si le festival est né autour des cultures française et portugaise, il revendique aujourd’hui une ouverture à toutes les langues. «La langue n’est jamais un problème, c’est toujours une solution», affirme Graça dos Santos. Les créations mélangent désormais portugais, français, italien, arabe ou espagnol. La poésie occupe une place centrale dans cette démarche. Cette année, un poème de l’autrice et chanteuse Clara Ysé sera notamment traduit dans plusieurs langues par les étudiants de l’université. Pour la compagnie, cette polyphonie constitue une réponse aux replis identitaires et une manière de défendre une culture du dialogue.







