Andreia Silva-Mallet, professeure: «Rendre visible le portugais dans le paysage scolaire français…»

Arrivée en France grâce à une bourse européenne avant de devenir enseignante dans l’Éducation nationale, Andreia Silva-Mallet, professeure de portugais à Clermont-Ferrand observe une évolution encourageante : la langue portugaise attire désormais des élèves bien au-delà de la communauté lusophone. Mais malgré cet intérêt grandissant, elle alerte aussi sur la fragilité de l’enseignement des langues dites «moins visibles» dans le système scolaire français.

Avant d’enseigner dans un lycée clermontois, elle a commencé sa carrière au Portugal, dans des écoles de langues où elle enseignait le portugais langue étrangère à des adultes : étudiants Erasmus, réfugiés politiques ou encore primo-arrivants. Une bourse de la Commission européenne lui permet ensuite de rejoindre la France dans le cadre d’un programme de mobilité consacré à la formation et à l’enseignement. Elle devient d’abord assistante au département de portugais de l’Université Clermont-Auvergne, puis enseignante contractuelle à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne et chargée de cours à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris. «J’avais envie de poursuivre cette aventure européenne et de ne pas rentrer tout de suite au Portugal», confie Andreia Silva au LusoJornal. Après plusieurs années à l’université, elle décide de passer le CAPES de portugais afin d’intégrer l’Éducation nationale française. Depuis quatre ans, elle enseigne désormais le portugais au Lycée Ambroise Brugière, à Clermont-Ferrand.

Si les élèves d’origine portugaise restent nombreux, le profil des apprenants évolue progressivement. «De plus en plus d’élèves choisissent le portugais comme une autre langue européenne», explique-t-elle. Pour certains, il s’agit d’un choix stratégique afin de se différencier sur un CV. D’autres sont simplement attirés par la culture ou par la curiosité linguistique. Dans ses classes, se côtoient aujourd’hui des élèves d’origines très diverses : Turcs, Géorgiens, Marocains, Algériens ou encore Français sans aucun lien familial avec le Portugal et également beaucoup d’Angolais, Brésiliens, Guinéens…. «Ils comprennent que tout le monde fait espagnol, donc avoir une autre langue peut ouvrir des portes», souligne Andreia Silva-Mallet.

L’enseignante observe également l’émergence d’une troisième génération d’élèves issus de l’immigration portugaise qui cherchent à renouer avec leurs racines familiales. «Certains ont seulement un grand-parent portugais, mais ils veulent comprendre cette partie de leur histoire», raconte-t-elle. Même lorsque la langue n’est plus parlée à la maison, beaucoup souhaitent retrouver un lien culturel avec le Portugal.

Malgré cette dynamique positive, l’enseignante reste prudente quant à l’avenir du portugais dans l’enseignement secondaire. Selon les données du Ministère de l’Éducation nationale, le portugais est aujourd’hui la sixième langue la plus enseignée dans le système scolaire français. Mais cette position reste fragile. «Les politiques linguistiques ne vont pas toujours dans le sens du plurilinguisme», explique Andreia Silva-Mallet. Elle craint un appauvrissement progressif de l’offre linguistique si les établissements se concentrent uniquement sur quelques grandes langues dominantes. Pour elle, les enseignants de portugais mènent un important travail de terrain souvent méconnu : voyages scolaires, activités culturelles, promotion de la langue et ouverture culturelle.

«Il y a énormément de travail qui est fait, mais qui n’est pas toujours visible».

Face à cette situation, elle plaide pour une véritable campagne nationale de promotion de l’enseignement du portugais. «Beaucoup de familles ignorent encore où l’on peut apprendre le portugais dans le système scolaire français, et ne savent pas toujours qu’il est possible, dans certains lycées, de débuter cette langue en LV3 à partir de la Seconde», souligne Andreia Silva-Mallet. Certaines initiatives locales permettent toutefois d’élargir progressivement l’offre. À Clermont-Ferrand, par exemple, l’option portugais a récemment été ouverte dans plusieurs BTS au Lycée Ambroise Brugière, notamment en commerce international, banque, assurance et management commercial. Une avancée importante pour valoriser la langue dans des formations professionnalisantes très demandées. Pour cette enseignante, l’enjeu dépasse largement le simple apprentissage linguistique : il s’agit aussi de défendre la diversité culturelle et le plurilinguisme dans l’école française.

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