Au Portugal, environ 58.000 jeunes achèvent chaque année des études supérieures. Parmi ceux-là, 16.000 à 20.000 jeunes qui quittent le pays. Ces départs représentent entre 16 et 20 milliards d’euros d’investissement dans leur éducation, sachant que chaque diplômé coûte en moyenne 98.700 euros au Portugal.
Il est fréquent que les diplômés portugais ne trouvent pas d’emploi dans leur domaine de formation ou soient contraints de déménager à l’intérieur du pays, loin de leur région d’origine. Les bas salaires, notamment face au coût du logement, rendent la situation décourageante et poussent de nombreux jeunes à considérer l’émigration comme la seule solution.

L’émigration des jeunes représente une perte de richesse pour le Portugal. Cette perte est-elle compensée par les transferts d’argent envoyés par les émigrés ?
Une forte progression des diplômés en 25 ans
Le Portugal a connu une transformation majeure dans le domaine de l’enseignement supérieur au cours des vingt-cinq dernières années. Selon une étude de la Fondation Francisco Manuel dos Santos, la proportion de jeunes adultes diplômés de l’enseignement supérieur, âgés de 25 à 34 ans, a quadruplé : elle est passée de 11% à la fin des années 1990 à 43% en 2024.
Cette progression permet au pays de se rapprocher de la moyenne européenne, aujourd’hui fixée à 44%. Le Portugal a ainsi réduit l’un des plus importants écarts éducatifs de l’Union européenne. Malgré cela, il reste encore derrière des pays voisins comme l’Espagne et la France, où 53% des jeunes adultes possèdent un diplôme supérieur, tandis que l’Irlande atteint 65%.
Une étude sur l’emploi, les salaires et les parcours éducatifs
Le rapport, coordonné par Luís Catela Nunes avec les chercheurs Pedro Reis et Teresa Thomas, du Centre d’Économie et d’Éducation de la Nova SBE, analyse les transitions entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ainsi que leurs effets sur l’emploi et les salaires.
L’étude s’interroge notamment sur l’adéquation entre les parcours scolaires, les aspirations des étudiants et les besoins du marché du travail, tout en comparant le système portugais à ceux des autres pays européens.
Les masters offrent les meilleurs résultats sur le marché du travail
Les licences restent le diplôme le plus fréquent parmi les diplômés du supérieur (58%), suivies des masters (33%), tandis que les doctorats demeurent stables autour de 3%.
Le rapport confirme également que l’enseignement supérieur continue d’offrir un avantage significatif sur le marché du travail. Les diplômés de master atteignent un taux d’emploi de 88% un à deux ans après la fin des études, puis 93% après cinq ans, des niveaux comparables à la moyenne européenne.
Les diplômés de licence affichent un taux initial plus faible, autour de 75%, mais celui-ci converge également vers 93% après cinq ans.
L’étude souligne aussi une différence importante entre les filières du secondaire : 76% des élèves issus des cursus scientifiques et humanistiques poursuivent vers l’enseignement supérieur, contre seulement 22% des élèves de l’enseignement professionnel.
En revanche, les jeunes issus du secondaire professionnel accèdent plus rapidement à l’emploi : leur taux d’emploi initial atteint 72 %, contre 56 % pour les diplômés des filières générales.
Des écarts salariaux importants
Les bénéfices financiers des études supérieures apparaissent dès les premières années de carrière. Comparés aux travailleurs ayant uniquement un diplôme du secondaire, les titulaires d’une licence gagnent en moyenne 28% de plus, tandis que les diplômés de master perçoivent des revenus supérieurs de 49%.
Selon l’étude, chaque euro investi dans l’enseignement supérieur génère en moyenne 13,7 euros de gains salariaux au cours de la vie active, un rendement nettement supérieur à la moyenne européenne.
Cependant, les auteurs rappellent que ces moyennes cachent d’importantes disparités selon les domaines d’études et les trajectoires professionnelles.
Un système de financement sous pression
Le financement de l’enseignement supérieur reste l’un des principaux points faibles du système portugais. Les dépenses de fonctionnement des établissements, calculées par étudiant, sont environ 35 % inférieures à la moyenne de l’Union européenne.
Parallèlement, les familles portugaises financent près de 30 % des coûts de l’enseignement supérieur, contre seulement 13 % dans l’ensemble de l’Union européenne.
Même si les coûts absolus des études restent relativement faibles, leur poids par rapport au PIB par habitant demeure élevé au Portugal, ce qui soulève des questions d’accessibilité et d’équité sociale.
Les recommandations des chercheurs
Face à ces défis, les auteurs proposent plusieurs pistes de réforme afin de renforcer la durabilité du système et l’égalité d’accès aux études supérieures.
Ils recommandent notamment : un financement public davantage adapté aux bénéfices économiques et sociaux de l’enseignement supérieur, un renforcement des bourses pour les étudiants issus de familles modestes, un accompagnement financier ciblé en cas de révision des frais d’inscription, l’évaluation d’un système de prêts indexés sur les revenus futurs, des parcours académiques plus flexibles et mieux adaptés aux besoins futurs du marché du travail, la création d’un système national de données reliant éducation et emploi et un renforcement de l’orientation scolaire fondée sur des données concrètes.
Le rapport conclut que l’enseignement supérieur constitue un levier essentiel de progrès économique et social au Portugal. Si le pays a considérablement réduit son retard éducatif en une génération, il devra désormais relever plusieurs défis majeurs : améliorer le financement des institutions, garantir un accès plus équitable aux études et adapter les formations aux transformations du marché du travail.






