À 17 ans, Milo Machado-Graner confirme son ascension au Festival de Cannes 2026

Le Festival de Cannes 2026 s’est achevé ce samedi 23 mai avec la remise des prix. Parmi les jeunes visages remarqués cette année figurait Milo Machado-Graner, présent à Cannes pour la troisième fois avant même ses 18 ans.

Le jeune comédien lusodescendant accompagnait deux projets très différents. D’abord «Adieu monde cruel», premier long-métrage de Félix de Givry, présenté en séance spéciale et en clôture de la Semaine de la Critique. Le film raconte le parcours d’Otto, un adolescent harcelé qui tente de se reconstruire après un geste désespéré. Aux côtés de Jane Beever, Milo Machado-Graner y livre une interprétation particulièrement sensible.

L’acteur était également à Cannes pour «Carmen, l’oiseau rebelle», nouveau film d’animation de Sébastien Laudenbach, présenté à la Quinzaine des Cinéastes. Inspiré de l’opéra de Bizet, le film suit Salva, un jeune garçon auquel Milo prête sa voix, qui tente de sauver Carmen d’un destin tragique.

Pour LusoJornal, nous avons interviewé le comédien de 17 ans à la fin de son Festival de Cannes 2026.

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Qu’avez-vous ressenti Milo Machado Graner, en revenant à Cannes pour la troisième fois avant même vos 18 ans ?

J’ai rencontré beaucoup de joie d’avoir vécu à nouveau des moments aussi forts. Le fait d’être déjà venu deux fois au Festival, pour «Anatomie d’une chute» de Justine Triet et «Spectateurs !» de Arnaud Desplechin, a rendu les choses moins stressantes et plus fluides.

Votre regard sur le Festival a-t-il changé entre votre première montée des marches et aujourd’hui ?

J’ai toujours cette même sensation d’être un privilégié.

Vous sentez-vous désormais plus «acteur confirmé» que «jeune révélation» ?

Ni l’un, ni l’autre. J’ai encore énormément à apprendre.

Y a-t-il eu une rencontre ou un moment marquant durant cette édition 2026 ?

Le concert donné par Camélia Jordana lors de la soirée Sacem. C’était très émouvant.

Comment vivez-vous l’attention médiatique croissante autour de votre parcours ?

J’ai eu deux articles très élogieux, l’un dans Libération, l’autre dans Le Figaro. Ça montre un peu que je fais consensus, et ça me fait plutôt marrer.

Peut-on déjà imaginer une nouvelle venue à Cannes en 2027 ?

Je ne pense pas. En 2027, je fais une pause. Je vais me concentrer sur mon année de Khâgne parce que je veux me présenter au concours de l’École normale supérieure.

Dans «Adieu monde cruel», qu’est-ce qui vous a le plus touché dans le personnage d’Otto ?

Sa mélancolie, sa solitude, une solitude subie, et sa capacité, finalement, à retrouver goût à la vie grâce à une rencontre inattendue.

Comment s’est préparée cette interprétation très intérieure et silencieuse ?

Félix de Givry m’a fait voir beaucoup de films et lire des livres qu’il trouvait intéressants pour préparer ce rôle. Il m’a aussi beaucoup parlé de lui à l’adolescence, et son film est, à plusieurs égards, assez autobiographique.

Était-il difficile de jouer un adolescent qui cherche à disparaître socialement ?

Non, pas vraiment, parce que toute l’équipe était géniale, composée de beaucoup de jeunes d’une vingtaine d’années. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a beaucoup aidé dans ma concentration.

Quelle scène a été la plus difficile émotionnellement à tourner ?

Probablement la scène de la chute dans la rivière. C’était physiquement très intense.

Le film semble très nocturne et poétique. Cette atmosphère influence-t-elle votre jeu ?

Forcément. La lumière, les décors et les costumes participent énormément à cette atmosphère et nous aident dans le jeu. Je trouve l’image du film vraiment très belle : ça a été tourné en pellicule et non en numérique. Le chef opérateur a fait un travail magnifique.

Et dans «Carmen, l’oiseau rebelle», qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à un film d’animation ?

J’avais déjà prêté ma voix auparavant, mais seulement pour quelques répliques, dans «Le Choix», un film avec Vincent Lindon, où j’incarne son fils, aux côtés de mon petit frère Solan Machado-Graner. Mais ce qui m’a vraiment séduit ici, c’est l’approche de Sébastien Laudenbach : il fait d’abord jouer ses comédiens, enregistrer leurs voix et leurs mouvements, puis seulement il dessine les images. J’avais vu «Linda veut du poulet !» – pour lequel Sébastien a reçu un César il y a deux ans – et j’avais très envie de participer à ce projet. Ils ont choisi ma voix “à l’aveugle”, c’est-à-dire sans connaître mon identité. C’est super, parce qu’on a alors vraiment le sentiment d’être désiré pour ce que l’on est.

Est-ce plus difficile de transmettre des émotions uniquement avec la voix ?

Je ne sais pas si c’est plus difficile, mais comme on n’a pas la caméra braquée sur soi, on peut sans doute davantage se lâcher et toucher quelque chose de plus juste.

Avez-vous découvert une nouvelle liberté artistique grâce au doublage ?

Cette expérience avec Sébastien a été passionnante pour moi, et je recommencerai presque sûrement si on me le repropose.

Que représente pour vous le personnage de Carmen dans cette relecture ?

Elle incarne la liberté. Elle tient absolument à préserver sa liberté de gestes et de pensée. Elle représente aussi une certaine radicalité. Et malgré elle, elle symbolise également le féminicide, qui existe malheureusement encore trop dans notre société. Pour moi, elle est l’incarnation parfaite de la sonorité et de l’indépendance.

Entre «Anatomie d’une chute» et aujourd’hui, qu’avez-vous appris sur votre métier ?

Tellement de choses ! Trois ans se sont déjà écoulés depuis, ce qui est énorme à l’échelle de mon âge.

Vous sentez-vous attiré par des rôles plus sombres ou complexes ?

Ce qui m’intéresserait surtout, ce serait d’incarner des personnages les plus variés possible, très éloignés de moi… pourquoi pas une femme, par exemple !

Y a-t-il des réalisateurs avec lesquels vous rêveriez de travailler ?

Bien sûr ! Arthur Harari, encore avec Justine Triet, Leos Carax, Jacques Audiard… et aussi des réalisateurs américains.

Comment gardez-vous un équilibre entre votre vie personnelle et une carrière qui démarre très vite ?

Mes parents ont toujours fait en sorte que je garde les pieds sur terre, et les études ont toujours été prioritaires par rapport au cinéma. En gros, je fais du cinéma comme un adolescent qui pratiquerait, en plus des cours, un instrument de musique ou un sport. Évidemment, il faut rattraper les cours, mais heureusement je ne m’en sors pas trop mal au niveau des notes.

Vous continuez donc vos études ? Pourquoi ne pas vous consacrer pleinement au cinéma ?

Quand on considère qu’un acteur, s’il tourne déjà un film par an, peut s’estimer heureux, et qu’un tournage dure environ deux mois… que fait-il pendant les dix autres mois de l’année ? Moi, je me dis que j’ai encore énormément de choses à apprendre. Cette année d’hypokhâgne a été incroyablement riche. Je suis en prépa au lycée Condorcet.

Le cinéma est-il devenu une manière de mieux comprendre les autres… ou vous-même ?

Les deux.

Avez-vous le sentiment d’appartenir à une nouvelle génération d’acteurs français ?

Non, parce qu’il y a aujourd’hui tellement de personnalités, d’origines et de parcours différents qu’il est difficile de tout englober dans une même génération. Mais si l’on devait lui trouver un point commun, ce serait peut-être celui de la mixité sociale, et c’est tant mieux.

Quand vous regardez votre parcours, avez-vous parfois l’impression que tout va très vite ?

Un peu, oui. Mais c’est surtout très amusant et passionnant.

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Entre cinéma d’auteur, film d’animation et exigence scolaire, Milo Machado-Graner trace un parcours singulier, loin des trajectoires toutes faites. À seulement 17 ans, le jeune comédien impressionne autant par la maturité de ses choix artistiques que par la lucidité avec laquelle il envisage son avenir. Présent cette année à Cannes dans deux œuvres très différentes – «Adieu monde cruel» et «Carmen, l’oiseau rebelle» – il confirme qu’il est l’un des visages les plus prometteurs de sa génération. Mais derrière la reconnaissance médiatique et les marches du Palais, Milo Machado-Graner garde les pieds sur terre, préférant pour l’instant poursuivre ses études et nourrir sa curiosité intellectuelle. Une manière, sans doute, de construire dans la durée une carrière déjà particulièrement remarquable

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