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BD «Les Portugais» de Afonso et Chico présentée à la Librairie Portugaise et Brésilienne

LusoJornal | Dominique Stoenesco
Cultura

 

Olivier Afonso (scénario) et Chico (dessin) étaient présents, le 8 juin dernier, à la Librairie Portugaise et Brésilienne, à Paris, pour la présentation de leur BD «Les Portugais», publiée par les éditions Les Arènes.

 

Né en France, Olivier Afonso a grandi dans la banlieue parisienne, entre une culture acquise à l’école publique française et celle transmise par ses parents. L’histoire racontée dans «Les Portugais» est inspirée de ce qu’a vécu son père, arrivé en France à la fin des années 1960, quand le Portugal connaît l’exode le plus massif de son histoire. Initialement, le projet d’Olivier Afonso était de réaliser un film évoquant ses origines, mais sa rencontre avec l’illustrateur Aurélien Ottenwaelter (Chico) a débouché sur la création d’une BD.

L’histoire commence en août 1973, à la frontière franco-espagnole, où Mário est débarqué par le passeur à qui il aura remis, avant de poursuivre son aventure, la moitié de sa photo déchirée. Cette moitié de photo, que le passeur remettra à son tour à la mère de Mário, au Portugal, lui permettra de toucher le complément de la somme payée pour le «service rendu».

Mário fuit la guerre coloniale («ma mère ne voulait pas que je parte à la guerre en Angola»). Dans le premier village pyrénéen où il arrive, il rencontre Nel, un jeune portugais qui, comme lui, a passé la frontière «a salto» (clandestinement), pour échapper à la conscription et à la misère. Dans ce même village ils font la connaissance de Zé, un ancien colonel, déserteur de la guerre en Angola où il a perdu une main. À la place, il a une pince en fer et il nous fait penser au soldat Sete Sóis, sorte de anti-héros, le «Dieu manchot» de Saramago.

Mário et Nel, avec des hauts et des bas, des rires et des larmes – surtout quand apparaîtra un troisième personnage, Eva, – vont devenir complices dans leur périple qui les conduira jusqu’à Paris. «À nous les filles et la bonne bouffe!» – se disent-ils – avant de se retrouver dans les chantiers et les bidonvilles de la région parisienne. C’est le temps des baraques et des années de boue, des patrons sans scrupules, de l’exploitation de la main-d’œuvre et du racisme, mais aussi le temps des solidarités entre immigrés.

L’humour, parfois un brin sarcastique, est toujours présent dans les dialogues ou les commentaires, par exemple lorsqu’un chef de chantier portugais lance à un recruteur: «T’inquiète pas pour le boulot, nous autres Portugais, on a ça dans le sang y paraît…», ou bien lorsque Nel colle à l’intérieur de sa baraque une affiche avec des femmes nues à la place de la Vierge Marie.

Dans «Les Portugais», il n’y a ni misérabilisme ni héroïsation. Au printemps 74, lorsque la Révolution du 25 avril éclate, entraînant la chute de la dictature salazariste, Mário repeint sa baraque, c’est la fête au bidonville, on danse et le dessin de Chico nous offre une scène très plastique et aérienne de ces moments d’allégresse, comme si les personnages volaient…

Ainsi, amitié, tendresse et poésie font également partie de ces vies. C’est le cas lorsque, dans un café, Mário commande des îles flottantes: «C’est pour Eva, et pour fêter d’avoir trouvé du travail». Malgré une vie dure, malgré leur errance de chantier en chantier et de bidonville en bidonville, le rêve et l’espoir demeurent chez ces personnages: «Je voudrais t’offrir autre chose que ces cabanes de merde», avoue Mário à Eva, tout en s’interrogeant sur son avenir.

Au cours de leur présentation, les auteurs de «Les Portugais» ont annoncé la publication prochaine d’une version en portugais.

 

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