Deux aviateurs belges en fuite, partent de Moissac et atterrissent à Alfândega da Fé pendant la II Guerre mondiale

Le 21 juin 1940, alors que l’Europe occidentale vient de s’effondrer sous les offensives allemandes, un petit avion belge se pose à Alfândega da Fé, dans le nord-est du Portugal. À son bord se trouvent deux jeunes aviateurs de l’aéronautique militaire belge, Désiré Célestin Guillaume Verbraeck et Georges Mathieu Henri Reuter, qui viennent de vivre une extraordinaire évasion.

Ils pilotent un Stampe & Vertongen SV-4 (numéro de série 370), un avion d’entraînement qui avait auparavant été immatriculé au registre civil belge sous le numéro OO-ACB avant d’être réquisitionné par l’armée.

Partis de Moissac, dans le sud-ouest de la France, ils atteignent le Portugal avec leurs réservoirs presque vides. Ils fuient la double invasion de la Belgique et de la France, déterminés à poursuivre le combat contre l’Allemagne nazie.

Moissac, une ville de refuge

Lorsque Désiré Verbraeck et Georges Reuter séjournent à Moissac en juin 1940, la ville est déjà devenue un lieu de repli pour de nombreux réfugiés fuyant l’avancée allemande. L’année suivante, elle acquiert une place particulière dans l’histoire de la Résistance en accueillant la Maison des enfants de Moissac, organisée par les Éclaireurs israélites de France (EIF). Grâce au soutien de la municipalité, de la population locale et de nombreux réseaux de solidarité, plusieurs centaines d’enfants juifs y seront cachés puis dispersés dans des familles d’accueil après l’occupation de la zone libre en novembre 1942 jusqu’à la Libération (19 août 1944). Une des responsables de ces refuges est Herta Cohn-Bendit, la mère de Daniel Cohn-Bendit (lequel naît en 1945 à Montauban).

Dix habitants de Moissac seront ensuite reconnus Justes parmi les Nations pour avoir sauvé des Juifs durant la Shoah. Ce contexte fait de Moissac l’un des symboles français de l’accueil et de la Résistance civile pendant la II Guerre mondiale.

Une évasion digne d’un roman

L’histoire de ces deux hommes commence quelques semaines plus tôt.

Le 11 mai 1940, au lendemain de l’invasion de la Belgique, le sous-lieutenant Désiré Verbraeck participe à une mission de bombardement contre le pont de Veldwezelt, sur le canal Albert. Son appareil est attaqué par un chasseur allemand Messerschmitt Me 110. Contraint à un atterrissage forcé, il est grièvement blessé. Évacué vers une clinique à Termonde puis à l’hôpital de Montpellier, en France, il conserve une balle logée près de la colonne vertébrale.

À peine rétabli, il refuse pourtant la défaite. Dans le sud de la France, il retrouve le sergent aviateur Georges Reuter, transféré avec son unité après la retraite belge. Les deux hommes décident de s’évader. Ils s’emparent d’un petit avion et entreprennent un périple audacieux jusqu’au Portugal, où ils atterrissent le 21 juin 1940 à Alfândega da Fé.

Le Portugal, resté neutre pendant la guerre, leur offre un refuge provisoire.

Du Portugal au Congo belge

Après quelques semaines passées au Portugal, les deux aviateurs quittent le pays en août 1940 pour rejoindre le Congo belge, seul territoire belge resté sous le contrôle du Gouvernement en exil.

Leur arrivée à Léopoldville fait sensation. La presse et la radio racontent l’exploit de ces deux pilotes ayant réussi à traverser une Europe en guerre pour continuer le combat.

À cette époque, les autorités belges envisagent la création d’une aviation militaire au Congo. Verbraeck et Reuter sont envoyés en Rhodésie du Sud afin d’y suivre une formation. Mais la mission militaire britannique dirigée par le lieutenant-colonel Mackenzie s’oppose au développement d’une aviation belge autonome en Afrique.

Face aux besoins immenses de pilotes de la Royal Air Force, les Britanniques leur proposent alors de s’engager directement dans la RAF.

Les deux Belges acceptent.

Pour des raisons administratives et politiques, ils prennent des identités britanniques : Georges Reuter devient Pilot Officer David Carter et Désiré Verbraeck devient Pilot Officer John Patrick “Jack” Robinson.

Après leur formation en Rhodésie puis au sein du n°10 Operational Training Unit, ils sont affectés aux unités combattantes opérant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Georges Mathieu Henri Reuter

Né à Bilzen le 7 février 1915, Georges Mathieu Henri Reuter est le fils de Jean-Léon Reuter et d’Henriette Lemaire. Marié à Christine Coste, il avait rejoint l’Aéronautique militaire belge avant l’invasion allemande.

Sous son identité britannique de Pilot Officer David Carter, matricule 60280, il est affecté au 45 Squadron RAF, équipé de bombardiers Bristol Blenheim.

Au début de 1941, il participe aux opérations aériennes contre les forces de l’Axe en Libye.

Le 19 mai 1941, au cours d’une mission au-dessus de Benghazi, son avion disparaît. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Il reçoit la Croix de Guerre à titre posthume.

Son nom figure aujourd’hui sur le mémorial d’El Alamein, en Égypte, qui honore les aviateurs du Commonwealth et des forces alliées disparues sans sépulture connue.

Désiré Célestin Guillaume Verbraeck

Le pilote Désiré Célestin Guillaume Verbraeck (également orthographié Verbraeke) poursuit lui aussi la guerre sous le nom de Pilot Officer John Patrick “Jack” Robinson, matricule 60279.

Pilote du 11 Squadron RAF, il combat en Libye et participe également à la campagne de Crète.

Au cours d’une mission sur cette île, son appareil est abattu. Longtemps porté disparu, il réussit pourtant à rejoindre les lignes alliées quelques jours plus tard, sain et sauf, épisode qui témoigne une nouvelle fois de son courage exceptionnel.

Quelques mois plus tard, le 22 novembre 1941, il est tué à Derna, en Afrique du Nord, alors qu’il sert toujours au sein de la Royal Air Force.

Comme son compagnon d’évasion, son corps ne sera jamais retrouvé. Son nom est lui aussi gravé sur le mémorial d’El Alamein.

Le mémorial d’El Alamein

Le mémorial d’El Alamein, en Égypte, rend hommage aux membres des forces aériennes alliées tombés en Afrique du Nord et dont les dépouilles n’ont jamais été retrouvées.

Parmi les cinq aviateurs belges inscrits sur ce monument figurent Georges Reuter et Désiré Verbraeck, les deux hommes qui, un an plus tôt, avaient trouvé refuge à Alfândega da Fé avant de reprendre le combat.

Leur passage au Portugal n’a duré que quelques semaines, mais il constitue un épisode remarquable de l’histoire de la neutralité portugaise pendant la II Guerre mondiale. Derrière l’atterrissage discret d’un petit Stampe SV-4 dans un village de Trás-os-Montes se cachait l’itinéraire exceptionnel de deux jeunes pilotes qui refusèrent la capitulation, traversent l’Europe en guerre et donnent finalement leur vie pour la libération de leur pays.

Deixe uma resposta

Your email address will not be published.

Não perca