François da Rocha Carneiro, spécialiste de l’histoire du football et tout particulièrement du football français

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François da Rocha Carneiro, dit d’une façon humoristique, n’avoir de portugais que son nom. Peut-être est-ce là son sentiment. Pas de cuisine portugaise dans ses habitudes, pas de voyages réguliers au Portugal, cela est bien compréhensible étant donné qu’il fait partie de la troisième génération. Son grand-père, Albino da Rocha Carneiro, né en 1904 à Vila Punhe (Viana do Castelo) est arrivé en France il y a tout juste un siècle, en 1922, à l’âge de 18 ans.

Ceci-dit, François da Rocha Carneiro a remonté plusieurs générations dans la branche portugaise de son arbre généalogique, jusqu’au début du XIX siècle, une manière aussi, entre autres, d’essayer de connaître les origines des noms de famille Rocha et Carneiro, car comme bien d’autres de nos ancêtres portugais, lors du passage d’une génération à une autre, le ou les noms de famille peuvent changer.

Le grand-père de François, Abilio da Rocha Carneiro, est né au sein d’une famille nombreuse, 12 frères et sœurs, dont deux frères, João et Manuel, qui ont participé à la I Guerre Mondiale au service du Corpo Expedicionário Português.

Interviewé dans l’émission «Conversas Soltas» de LusoJornal, François da Rocha Carneiro a partagé sa passion, et bien plus, pour le sport, dit ‘roi’, le football, quelques jours après la finale du Championnat du monde qui a eu lieu au Qatar.

François da Rocha Carneiro est docteur en histoire contemporaine et Vice-Président de l’Association des Professeurs d’histoire-géographie.

 

Le spécialiste mondial de l’histoire du football

François da Rocha Carneiro est le spécialiste mondial de l’histoire du football français avec plusieurs articles et ouvrages à son actif, dont «Les Bleus et la Coupe, de Kopa à Mbappé» et «Une histoire de France en crampons».

Il a collaboré juste avant le Mondial de football au Qatar à l’écriture d’un numéro spécial du journal L’Humanité qui avait pour titre «1904-2022 Une histoire populaire des Bleus».

Avec François da Rocha Carneiro nous avons abordé l’histoire des origines du football au niveau international, en France et au Portugal. Il fut évoqué les rencontres entre les deux pays amis, la France et le Portugal et les rivalités entre ces deux nations. Le Championnat du monde au Qatar a, lui aussi, été évoqué.

Notons que François da Rocha Carneiro a participé à des conférences dans le cadre de la Saison France-Portugal 2022, dont une à Blois, le 7 octobre dernier, en collaboration avec Victor Pereira, Chercheur à l’Université Nouvelle de Lisboa sous le thème «Seleção et Bleus, ce que le football dit de la France et du Portugal».

Enfant, il pratiquait le football. Venant habiter dans la région lilloise, il devient supporter du LOSC, suit la carrière de son fils et se lance dans l’écriture universitaire d’une thèse sur le thème du football français. François da Rocha Carneiro a utilisé ses connaissances d’historien pour ses études, dans un terrain pas encore très visité par les Chercheurs.

Écrire le nouveau chapitre sur le dernier Championnat du monde pour la prochaine édition du livre: «Les Bleus et la Coupe de Kopa à Mbappé» ce n’est pas évident, pour l’instant. On n’a pas suffisamment de recul, on pourrait toutefois choisir comme titre général, selon François da Rocha Carneiro, «La Coupe de la honte», à cause de la polémique autour de son organisation dans un tel pays, même si sportivement ça a été une belle réussite et pour la France une divine surprise.

On ne classifie pas spécialement les matchs, on ne peut pas dire que la finale du Qatar a été la plus grande de l’histoire, pour ainsi juger, il aurait fallu avoir vu toute les autres finales, François da Rocha Carneiro affirme ne pas avoir pu visionner Argentine-Uruguay de 1930, par exemple, au Qatar ça a été une grande finale, mais il faut vite passer sur les 78 premières minutes.

Concernant le Mondial 2022, il n’a pas été seulement manqué par le Portugal, mais bien par d’autres nations, telles que la Belgique, l’Angleterre, la Croatie, l’Allemagne. Le Portugal ne s’est pas qualifié, le Maroc s’est surpassé, 2022 n’est pas unique, ce n’est pas la première fois qu’il n’y a pas une génération manquée pour le Portugal, à l’exemple de celle de Figo, en 1984.

 

Le football, une invention anglaise

Beaucoup de sports ont vu le jour et sa codification en Grand Bretagne, le football, ne fait pas exception. Il a été codifié en 1863 lors d’une réunion entre responsables de collèges et des personnalités d’une classe plutôt aisée de la société. Née à cette même date, la Fédération Anglaise de Football, dans une taverne maçonnique dans le quartier de Covent Garden.

Un peu plus au Nord, naissent les règles de Sheffield ou (Sheffield Rules en anglais), règlement de football écrit, puis appliqué dans cette ville anglaise entre 1857 et 1877. Ici le football est plutôt pratiqué par les classes populaires.

En remontant dans le temps, François da Rocha Carneiro évoque les origines du football en France et au Portugal.

En France, ce nouveau sport serait arrivé dans les années 1880, dans la région parisienne, importé par des ouvriers venus du royaume de la Reine Victoria, afin de travailler à la construction de la Tour Eiffel. Dix ans plus tard, le football se pratique dans la conurbation lilloise et sur la côte, à Calais et Boulogne-sur-Mer.

Le foot français s’est construit pendant un siècle, avant d’être au top mondial depuis une trentaine d’années et cela grâce à une politique de formation dès les années 1960-1970, à une médiatisation plus importante et à l’arrêt Bosman en 1995 qui a permis aux équipes d’aligner désormais, avec plus de joueurs européens.

 

Le premier match à Madeira?

Au Portugal, une inscription sur un mur à Camacha, dans l’île de Madeira, indique que là a eu lieu le premier match de football au Portugal en date de 1875. D’autres sources, disent que le premier match de football a lieu en 1888 sous impulsion de frères Pinto Basto, le 2 mars 1894. À la clé de ce premier match officiel au Portugal, au stade CIF – Club International de Football, une coupe remise par le roi D. Carlos.

Le premier match de la Seleção a eu lieu le 18 décembre 1921, à Madrid, contre son homologue espagnole, défaite du Portugal par 3-1.

Le processus d’installation du football au Portugal et en France est assez proche: c’est une certaine élite anglaise qui importe le football joué dans un premier temps dans les capitales: Lisboa et Paris.

Jusqu’aux années 1950, un tiers des matchs de la Seleção se limitent à des rencontres contre les voisins espagnols, pour une question de proximité. La «Seleção das quinas», pendant ses premiers temps, s’est souvent inclinée, une des raisons étant que le professionnalisme est arrivé plus tardivement au Portugal.

 

Rencontres franco-portugais

Osons faire le bilan des rencontres entre la France et le Portugal. Le premier match a eu lieu en 1926, à Toulouse, faisaient partie de l’équipe de France 8 joueurs du sud sur les 11 alignés. Victoire de la France par 4-2.

Le match retour a eu lieu en mars 1927, à Lisboa, victoire du Portugal 4-0.

Le bilan des rencontres entre les deux Sélections est favorable à la France: 29 matchs, dont 6 victoires du Portugal, 3 matchs nuls et 20 défaites.

Petite curiosité, pour les puristes: depuis le premier match international de la Seleção en 1921 jusqu’au dernier match contre le Maroc, 662 matchs ont été joués par l’équipe du Portugal, 323 victoires (49%), 1.130 buts marqués, 754 encaissées, 1,7 buts marqués par match.

Du 3-3 contre la Belgique à Bruxelles en 1904, au 3-3 face à l’Argentine en 2022, la France a réalisé 895 matchs, dont 448 victoires (50%), 188 matchs nuls et 259 défaites, 1.604 buts marqués et 1.227 encaissés, 1,8 buts marqués par match.

Pas facile de dire quel match a été le plus marquant entre le Portugal et la France. François da Rocha Carneiro s’y est risqué en citant la demi-finale de 1984 du Championnat d’Europe et la finale gagnée, pour la première fois par le Portugal, en 2016.

Il n’y a pas de doute, les relations entre la France et le Portugal sont au beau fixe depuis des siècles, toutefois au niveau football, une certaine rivalité existe et cela depuis 1973 lors du match au Parc des Princes. La Communauté portugaise présente en masse a donné l’impression que la France jouait à l’extérieur. Selon François da Rocha Carneiro cette rivalité est accentuée par une Communauté portugaise qui est finalement sur deux tableaux, d’origine portugaise, immigrée en France.

Il y a des ressemblances, mais aussi quelques différences entre la France et le Portugal. Le constat est là: au Portugal il y a un élitisme moindre, à un certain niveau, l’exemple des personnalités rentrées au Panthéon. Au Portugal des hommes et femmes populaires y sont honorés, tels qu’Eusébio et Amália Rodrigues. En France, le Panthéon, jusqu’à nos jours, est réservé à une certaine élite, pas de grands sportifs.

 

L’implication de la diaspora

Les Sélections représentent le plus souvent une image assez fiable de la population d’un pays, c’est ainsi que, dès 1905, un joueur d’origine immigré joue dans l’équipe de France. Tant en France qu’au Portugal les équipes nationales puisent dans les anciens empires coloniaux.

À titre d’exemple, le Portugal de 2022 était constitué par 3 joueurs d’origine brésilienne, un guinéenne, un angolo-saotomerense.

Une caractéristique des équipes des deux pays: le Portugal étant un pays d’émigration, peut compter sur un vivier de joueurs venus de la diaspora avec parfois des joueurs qui n’ont jamais joué au Portugal, tandis que la France étant un pays d’immigration, partie de son vivier est à chercher dans les diasporas installées en France.

En conclusion, on peut se dire que le football a encore un grand avenir devant lui: les règles sont simples et très facilement compréhensibles et accessible au plus grand nombre, et pourtant il y a encore des territoires au niveau mondial à conquérir, à l’exemple des pays arabes et des trois pays les plus peuplés au monde: la Chine, l’Inde et l’Indonésie.

De nos jours, 270 millions d’individus pratiquent le football au niveau mondial, soit un terrien sur 30, parmi lesquels 110 mille professionnels.

 

Voir l’interview ICI.

 

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LusoJornal