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Quand les lumières nous font découvrir la scène, apparait, au fond, un mur argenté ondulant, évoquant tantôt l’eau, tantôt le feu, au gré des éclairages. Côté jardin, comme disent les théâtreux, c’est-à-dire à gauche vu de la salle, une élégante méridienne, ce genre de canapé qui fit florès dans les boudoirs des élégantes d’antan, où Gisela viendra s’assoir (et même fugacement s’allonger) dans les moments d’émotion ou quand elle nous adresse des commentaires. A côté, un énorme et très coloré bouquet de fleurs posé sur un tabouret. Les trois chaises prévues pour les musiciens s’égrènent jusqu’au côté cour (vous avez deviné, à droite vu de la salle).

Les musiciens viennent les occuper, Ricardo Parreira, impavide, à la guitarra, Francisco Gaspar, détendu, à la guitare basse, et Nelson Aleixo à la viola, concentré. Quelques mesures d’introduction sur la musique du «fado ginguinhas», et Gisela João entre avec «Labirinto ou não foi nada», poème de David Mourão Ferreira, l’un des paroliers préférés d’Amália Rodrigues. Talons aiguilles, élégante et (très) courte robe bleu nuit, «A Paris, je me sens très chic», dit-elle. Suit «O mundo é um moinho», l’une des compositions les plus connues de Cartola, l’un des pères du samba moderne, que Gisela transforme en un beau fado. Suivront des titres issus de ses deux albums, avec au final peu ou pas de nouveautés, mais qu’importe.

Car Gisela demeure à la fois fidèle à elle-même (sensualité gentiment provocante, belle voix grave un peu voilée, n’hésitant pas à danser des fados allègres ou des chansons du folklore de son Minho natal), à ses musiciens, à son répertoire et capable d’évolutions fécondes.

Ainsi, plus de baskets aux pieds, et elle quittera peu ses talons aiguilles pour chanter et danser pieds nus. «Mais ça dépend des soirs», nous dira-t-elle. Peut-être une conséquence du «chic» parisien?

Moins post-ado, plus réfléchie encore, car elle n’a jamais cessé de l’être. Son côté petit lutin s’est assagi. Il est vrai qu’un petit lutin en escarpins, ce n’est pas commode. Nous avons aussi ressenti que son expression des émotions avait gagné en intensité. En témoigne, entre autres, son interprétation de «Maldição», un des grands succès d’Amália sur une des plus belles musiques du fado, le «fado cravo» dû à Alfredo Marceneiro sur un poème du dramaturge Armando Vieira Pinto. Il y a deux façons de chanter «Maldição»: soit le chanter «comme Amália», et le résultat, même s’il est techniquement parfait, n’atteindra jamais la qualité d’Amália, soit le chanter comme un «fado cravo», comme s’il était nouveau. Ce que fait Gisela, qui confiera que «pendant trois ans, à la maison de fado Senhor Vinho, je l’ai chanté tous les soirs. Après, j’étais fâchée avec, je n’en pouvais plus. Ce n’est que cette année que j’ai fait la paix avec Maldição». Et le résultat est somptueux, c’est un nouveau «Maldição», qui nous étreint d’émotion.

Autre grand moment, son interprétation, en espagnol de «La Llorona», créée par la chanteuse mexicaine Chavela Vargas (1919-2012), que Gisela admire beaucoup et qui, la première imposa des voix féminines dans la chanson mexicaine et connut une vie mouvementée entre combats féministes, problèmes d’alcoolisme, multiples amours avant de devenir sur la fin de sa vie l’une des inspiratrices du cinéaste espagnol Pedro Almodovar. Comme c’est le cas pour «O mundo é um moinho», Gisela en fait un fado, poignant.

Rires aussi, avec «O Sr extraterrestre», composition de Carlos Paião (auteur et interprète prolifique mort à 30 ans dans un accident automobile) chantée jadis par Amália, ou «A (nova) casa da Mariquinhas» ou «Noite de São João» sur de piquantes paroles de la rappeuse Capicua.

Gisela João suit sa route, soucieuse avant tout de son indépendance, un peu à la façon de son aînée Mísia.

Et suivre la route de Gisela, c’est un bonheur.

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