La saga de la famille de Mendonça, de Lisboa à Calais: sept générations entre Portugal, France, Algérie, Belgique et Angleterre


Une recherche qui commence à Calais

Certaines recherches généalogiques commencent par un nom inscrit sur un acte. D’autres commencent par une simple mention dans un journal ancien, une adresse ou le nom d’une entreprise. Notre recherche appartient à cette deuxième catégorie.

En étudiant les actes de naissance, de mariage et de décès concernant la présence portugaise à Calais après la I Guerre mondiale, nous avons découvert la mention d’un fabricant de tulle portant le nom de Mendonça. Cette simple découverte allait nous conduire bien plus loin que nous ne l’imaginions.

En remontant les générations, nous avons suivi pendant près de deux siècles une famille dont l’histoire commence à Lisboa en 1796, se poursuit à Paris, Béthune, dans plusieurs villes françaises et en Algérie, puis revient dans le Nord, à Calais et Tourcoing, avant de se prolonger à Saint-Omer, en Angleterre et finalement à Nice.

Cette famille est également remarquable par la diversité des parcours de ses membres: enseignants, administrateurs, banquiers, fonctionnaires, sous-préfets, industriels du tulle, militaires et médecins.

Et, à travers plusieurs générations, son histoire croise également celle des deux guerres mondiales.

Édouard José de Mendonça: le départ de Lisboa

Le premier ancêtre clairement identifié de cette branche est Édouard José de Mendonça, né à Lisboa le 3 octobre 1796. En juin 1805, alors qu’il n’a que neuf ans, il arrive en France. La famille s’installe à Paris.

C’est dans la capitale française qu’Édouard José de Mendonça épouse, le 23 septembre 1830, Bernardine Marie Caroline Bernes de la Haye, quelques semaines plus tard, le 16 octobre 1830, Édouard José de Mendonça apparaît dans les documents français sous le nom de «Demendonça Édouard». Les sources généalogiques retrouvées indiquent également sa naissance à Lisboa, le 3 octobre 1796. Cette étape marque le début de l’intégration de cette branche portugaise dans la société française.

Édouard Joseph de Mendonça exerce notamment comme enseignant de mathématiques. Il décédera relativement jeune, à Béthune, à l’âge de 58 ans.

Bernardine de la Haye: une rencontre entre Portugal et Nord de la France

L’épouse d’Édouard Joseph, Bernardine Marie Caroline Bernes de la Haye, est issue d’une famille implantée dans le Nord de la France. Son père, Bernard Louis de la Haye, né à Gravelines en 1767 et décédé en 1843, exerce notamment les fonctions de percepteur et d’écuyer, entre autres à Bergues. Sa mère, Marie Julie Simonis de Dudezeele, née à Gravelines en 1774, est décédée à Bergues en 1811.

Bernardine Marie Caroline Bernes de la Haye naît cependant à Warendorf, en Rhénanie-du-Nord, ce qui montre déjà la mobilité géographique de cette famille. Elle survit de nombreuses années à son époux et meurt le 24 septembre 1891, à l’âge de 92 ans. Elle est alors mentionnée comme rentière.

Cette union constitue ainsi la première rencontre de cette branche entre un Portugais installé en France et une famille issue de la région flamande française.

Édouard Bernard de Mendonça: une famille en mouvement

De cette union naît à Paris, le 6 novembre 1831, Édouard Bernard de Mendonça. Il épouse le 22 août 1855 à Béthune Reine Sophie Delrue, née le 16 octobre 1825 et décédée le 26 novembre 1889.

La vie professionnelle d’Édouard Bernard va entraîner de nombreux déplacements. Il a exercé différentes fonctions: banquier, conservateur des hypothèques, receveur des domaines et enregistreur.

On retrouve sa famille dans plusieurs villes françaises, notamment à Périgueux et Gerbéviller, mais également en Algérie, notamment à La Calle et dans la région de Béjaïa et d’El Tarf. Cette mobilité professionnelle explique en partie la dispersion géographique des enfants.

Une famille touchée par la mortalité infantile

Édouard Bernard et Reine Sophie auront plusieurs enfants. Parmi eux figure Marthe Sophie de Mendonça, qui ne vivra qu’environ une année. Un autre enfant, Frédéric Pierre de Mendonça, né en Algérie, connaîtra une existence encore plus courte. Il meurt le 10 août 1860, à seulement cinq mois, à bord du bateau à vapeur Sahel. Son décès est déclaré à Marseille.

Les autres fils sont: Albert Gaston, Frédéric Albert, Marc Édouard Albert et Georges Édouard Pierre.

Deux de ces fils vont suivre des chemins particulièrement intéressants: Marc Édouard dans l’administration française et Georges Édouard dans l’industrie du tulle.

Marc Édouard Albert de Mendonça: le sous-préfet d’Hazebrouck

Né le 12 juin 1864 à Gerbéviller, Marc Édouard Albert de Mendonça effectue son service militaire à Vienne à l’âge de 20 ans. Il épouse le 16 mars 1891, à La Ferté-Vidame, Louise Clara Neil dit Saint-Pierre. Sa carrière administrative le conduit dans plusieurs départements. À partir de 1904, il exerce notamment comme sous-préfet à: Forcalquier, Gaillac, Bernay, Gerbéviller et pour finir à Hazebrouck, à partir de 1909.

Les archives du Nord conservent des documents concernant son passage dans l’administration d’Hazebrouck, et des travaux historiques lui ont été consacrés en tant que sous-préfet d’Hazebrouck de 1909 à 1920.

Hazebrouck pendant la I Guerre mondiale

Lorsque la I Guerre mondiale éclate, Marc Édouard se trouve à Hazebrouck, la ville étant alors exposée aux bombardements en raison de sa proximité avec le front. Le comportement de Marc Édouard lui vaut une citation exceptionnelle au Journal officiel du 2 mai 1915. Il y est notamment fait état de ses nombreuses années de services civils et militaires et de son attitude courageuse pendant les bombardements.

Il assure la continuité des services publics alors même que son arrondissement est directement menacé. Marc Édouard Albert de Mendonça meurt le 27 octobre 1920.

Son parcours constitue, comme nous le verrons plus loin, l’un des premiers grands épisodes militaires et patriotiques de cette branche familiale.

Georges Édouard Pierre de Mendonça: de l’Algérie à Calais

C’est avec le frère de Marc Édouard, Georges Édouard Pierre de Mendonça, que notre recherche rejoint directement Calais.

Il naît le 31 janvier 1859 à Béjaïa, en Algérie, le 6 octobre 1885, il épouse à Calais Françoise Justine Célestine Trinquet. Le couple divorcera en 1909.

Georges Édouard commence sa carrière comme marchand de machines à coudre. Le 31 août 1887, une activité va devenir essentielle dans notre recherche: fabricant de tulle.

Mendonça, Calais et le tulle

Cette activité s’inscrit pleinement dans l’histoire industrielle de Calais. À la fin du XIXᵉ siècle, Calais est devenue l’un des grands centres européens de fabrication de tulle et de dentelle mécanique, Georges Édouard participe donc à cette industrie qui allait profondément marquer l’économie et l’identité de la ville.

Mais une fois encore, il se déplace. En 1889, on le retrouve à Tourcoing. En 1901, il est recensé à Angoulême et s’installe également à Anvers, en Belgique. Cette mobilité correspond aux grands axes commerciaux et industriels du Nord de la France et de la Belgique. Georges Édouard Pierre de Mendonça décède en 1936.

Frédéric Albert de Mendonça: le fabricant de tulle devenu soldat

De l’union de Georges Édouard Pierre de Mendonça et de Françoise Justine Célestine Trinquet naît à Tourcoing, le 27 juillet 1889, Frédéric Albert de Mendonça, son parcours étant directement lié à celui de son père et à l’industrie textile du Nord.

Il épouse le 11 février 1918 à Saint-Omer Jeanne Hélène Thellier, née à Saint-Omer le 27 août 1894. Au moment du mariage, la I Guerre mondiale fait encore rage, Frédéric Albert est alors soldat au 1er Régiment d’artillerie à pied, faisant une pause professionnelle qui indiquait au moment du mariage: fabricant de tulle. Cette double identité est particulièrement révélatrice de son époque: industriel du textile dans la vie civile, il est également mobilisé pour la défense de la France.

Les De Mendonça dans la presse calaisienne

Les recherches dans la presse ancienne ont permis de retrouver plusieurs annonces associant directement le nom Mendonça au commerce du tulle à Calais. Une annonce publiée dans Le Petit Troyen du 5 octobre 1922, puis dans Les Échos de l’Aisne le 18 octobre 1922, recherche un représentant pour une entreprise calaisienne spécialisée dans les tulles, dentelles, rideaux et ameublement. L’adresse indiquée est: M. M. G. F. de Mendonça, 33 ter, rue du Temple, Calais (Pas-de-Calais).

Cette adresse constitue une trace particulièrement intéressante de l’activité commerciale liée au nom De Mendonça. Une carte postale ancienne montre par ailleurs une usine de tulle située rue du Temple.

Une curieuse proximité avec le Corps expéditionnaire portugais

La même rue offre une autre curiosité historique. En 1919, au 9 rue du Temple, fonctionnait une organisation liée au Corps Expéditionnaire Portugais (CEP), notamment pour la réparation et la récupération des chaussures des soldats portugais après la guerre. Nous ne pouvons pas affirmer l’existence d’un lien direct entre les deux activités, toutefois cette proximité est symboliquement intéressante: dans une même rue de Calais se retrouvaient à la fois une activité commerciale liée au textile et à une descendance portugaise et une présence directement liée aux soldats portugais de la I Guerre mondiale.

Jean Fernand Roger de Mendonça: une cinquième génération à Calais

C’est avec la découverte de Jean Fernand Roger de Mendonça que notre arbre familial prend une nouvelle dimension. Jean Fernand Roger naît à Calais le 29 juin 1922, fils de Frédéric Albert de Mendonça, fabricant de tulle et de Jeanne Hélène Thellier. La famille Mendonça s’installe dans le temps sur Calais: Georges Édouard Pierre de Mendonça, Frédéric Albert de Mendonça, puis Jean Fernand Roger de Mendonça. Nous passons ainsi d’une simple présence ponctuelle du nom De Mendonça à Calais à une véritable implantation familiale sur plusieurs générations.

Jean Fernand Roger naît dans cette ville quelques années avant la disparition de son père, Frédéric Albert, décédé en 1936. Il grandit ensuite dans la région de Saint-Omer, où vivent ses parents.

Jean Fernand Roger et la II Guerre mondiale

La trajectoire de Jean Fernand Roger va donner à l’histoire familiale une nouvelle dimension. Selon les éléments retrouvés dans les recherches familiales, il rejoint en 1943 l’Angleterre, en quittant clandestinement la région de Saint-Omer à bord d’un bateau de pêche. À l’âge de 21 ans, il rejoint alors les Français qui poursuivent le combat depuis la Grande-Bretagne.

Cette traversée constitue un épisode particulièrement fort de son histoire personnelle: le fils d’un fabricant de tulle de Calais, né quelques années après la I Guerre mondiale, quitte à son tour le Nord de la France pour rejoindre la lutte contre l’occupant.

Un militaire décoré: la Médaille militaire

Le Journal officiel de la République française apporte une preuve particulièrement importante. Dans le décret du 6 novembre 2002 portant concession de la Médaille militaire, apparaît: «Mendonça (de) (Jean, Fernand, Roger), 29 juin 1922, brigadier, train. Cité». Cette mention confirme plusieurs éléments essentiels. Jean Fernand Roger de Mendonça a servi dans l’armée, a atteint le grade de brigadier, a appartenu à l’armée du Train, a fait l’objet d’une citation, a reçu la Médaille militaire.

Trois générations confrontées aux guerres

Avec l’arrivée de Jean Fernand Roger dans notre récit, un parallèle apparaît clairement.

Marc Édouard Albert de Mendonça: Son oncle, sous-préfet d’Hazebrouck, reste à son poste pendant les bombardements de la I Guerre mondiale et est cité pour son courage et son sang-froid.

Frédéric Albert de Mendonça: Son père est fabricant de tulle à Calais et sert comme soldat du 1er Régiment d’artillerie à pied pendant la I Guerre mondiale.

Jean Fernand Roger de Mendonça: Une génération plus tard, Jean Fernand Roger est confronté à la II Guerre mondiale.

Il rejoint l’Angleterre en 1943 selon les informations familiales, puis poursuit une carrière militaire. Il devient brigadier du Train, est cité et reçoit la Médaille militaire.

Du tulle à l’engagement militaire

La trajectoire de Jean Fernand Roger est d’autant plus intéressante qu’elle prolonge une histoire commencée dans l’industrie. Son père, Frédéric Albert, est fabricant de tulle.

Son grand-père, Georges Édouard Pierre, est lui aussi lié à cette activité. Le nom De Mendonça est ainsi associé pendant plusieurs décennies à l’industrie du tulle calaisien.

Puis la génération suivante connaît une rupture.

Jean Fernand Roger ne reprend pas l’activité textile familiale, Il devient assureur dans sa vie professionnelle et mène parallèlement une carrière militaire. La famille change donc une nouvelle fois de milieu professionnel tout en conservant un lien très fort avec le service et l’engagement.

Une famille qui ne cesse de se déplacer

L’un des traits les plus frappants de cette généalogie est la mobilité géographique. Le parcours des différentes générations dessine une véritable carte. Cette succession de lieux n’est pas seulement une suite de déplacements familiaux, elle reflète les grandes transformations de la société française et européenne des XIXᵉ et XXᵉ siècles: immigration et intégration, développement de l’administration française, présence française en Algérie, industrialisation textile, mobilité professionnelle, I Guerre mondiale, II Guerre mondiale, engagement dans la France libre, reconstruction et nouvelle mobilité professionnelle après-guerre.

En quelques générations, l’histoire d’une famille originaire du Portugal devient donc une histoire profondément liée à celle de la France même si l’origine portugaise ne disparaît pas, le nom de Mendonça demeure.

De Lisboa à l’Angleterre, une famille au cœur de l’Histoire

Notre recherche avait commencé par trois mots: Mendonça – Calais – tulle. Elle nous a finalement conduits jusqu’à Lisboa en 1796, puis à Paris, Béthune, l’Algérie, Tourcoing, Anvers, Hazebrouck, Saint-Omer et finalement l’Angleterre. L’histoire de cette famille est celle d’une longue intégration française, mais aussi celle d’une extraordinaire mobilité: une famille en mouvement, qui s’est progressivement enracinée en France tout en participant, génération après génération, à son histoire.

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