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L’immigration portugaise dans les années 1980: l’exemple de la ville de Roubaix

Dans le cadre de fin de nos études universitaires en France, après qu’on ait fait notre Bac au Portugal, nous avons réalisé notre Mémoire de Maitrise de géographe sur le thème de «L’immigration Portugaise dans la ville de Roubaix». On était en 1982… c’était hier… comme le temps passe!

L’écrit que nous vous proposons, c’est sur ce travail: nos démarches et quelques-uns de nos résultats et constats.

Notre travail, à fois de géographie, mais aussi de psychologie, sociologie, statistique… a été réalisé dans le cadre de l’Université de Lille. Le Directeur de recherche a été M. Henri Adam. Personne que j’ai mieux découvert à l’approche de la fin de mon travail: il avait une sensibilité de droite, voir d’extrême droite. Sensibilité que nous avons mieux repéré lors de notre présentation orale du mémoire.

Pour bien comprendre le travail entrepris, il faut qu’on se place dans le contexte. A l’époque on n’avait pas de portable, pas d’internet, moyens qui actuellement facilitent énormément les recherches, la rédaction, les corrections et l’actualisation.

En 1982 il y avait déjà des travaux faits sur le thème de l’immigration portugaise en France, toutefois selon nous, ces travaux étaient très partiels et parfois les titres étaient très pompeux. On allait jusqu’à titrer l’immigration portugaise en France, alors qu’en réalité, ce n’étaient que quelques informations sur une ville où résidait une Communauté de Portugais.

Pour rédiger notre travail, nous avons eu besoin de deux ans de recherches, recherches qui parfois n’ont pas été simples, tant au niveau de la collecte de données, que d’autorisations pour consulter certaines données. Nous avons eu des obstacles et réticences à dépasser, des personnes à convaincre.

 

Les illustrations

A l’époque, nous avons pu échanger et demander conseil à des spécialistes de l’émigration portugaise ou qui étaient en contact avec l’immigration portugaise de France, tels qu’Albano Cordeiro, Manuel Dias, Maria Beatriz Rocha Trindade, Solange Parvaux, Michel Poinard, Abou Sada, Michel Oriol, entre autres.

Commençons par la fin, pour indiquer que nous avons du demander autorisation au journal Le Monde et au Jornal do Fundão pour les deux dessins de couverture qui illustrent le mémoire.

Dans la couverture de devant, nous avons un dessin d’un artiste que nous admirons, car en quelques traits il décrit des choses que nous, qui écrivons en prose, avons besoin de pages et de pages. Il s’agit d’un dessin de Plantu, édité dans Le Monde du 7 et 8 octobre 1979. On y voit un portugais moustachu avec les jambes écartés entre deux chaises, sur une jambe une valise et sur le dos des deux chaises la carte du Portugal et de la France.

Sur la couverture arrière, un dessin édité le 31 juillet 1981 dans le Jornal do Fundão. On y voit un portugais qui transporte une valise en forme de carte du Portugal.

Deux dessins, deux images fortes, qui à elles seules en disent long sur le phénomène de l’immigration portugaise en France ou en direction de la France.

Les difficultés de notre travail, ont pu être atténuées par nos relations et implication de l’époque: on faisait partie d’associations, nous avons donné des cours dans l’Amicale des Portugais de Roubaix et dans l’Association de Coopération de Tourcoing, nous tenions, le samedi, la Bibliothèque de l’Amicale, nous avons créé et animé des émissions bilangues dans radio Boomerang, nous participions à la Mairie de Roubaix à des réunions dans lesquelles étaient présentes les associations étrangères de la ville.

Signalons également le contexte de l’époque: quand on parlait en 1982 de l’immigration portugaise en France, on savait plus ou moins de quoi en parlait. Actuellement il est bien plus difficile, on est à la troisième génération. Nos enfants, nos petits-enfants, sont-ils portugais, se sentent-ils portugais?

 

Bien intégrés

Nous avons encore de nos jours beaucoup de causes à défendre, toutefois, personnellement, nous estimons que les Portugais, pour diverses raisons, se sont bien intégrés en France, nous estimons que même le folklore portugais fait partie, désormais, du folklore de la France. Notre culture est venue enrichir la culture de ce pays multiculturel qui est la France. Si nous écrivons et mettons en valeur tout ce qui est portugais, nous partons du principe que nous le faisons comme tout Breton, Landais, Alsacien qui défend la richesse de leur région.

Dans un travail, dans un mémoire, comme dans un article de journal, ce n’est pas la longueur qui est toujours signe de qualité. Notre travail fait 165 pages.

Comme tout géographe, nous avons dans notre introduction expliqué les raisons du choix de notre sujet de mémoire, dans notre conclusion, nous avons émis des pistes que notre travail ouvrait et des sujets qu’il était bon d’approfondir.

Le mémoire en tant que tel avait trois parties: Le Portugal pays de départ, L’immigration portugaise dans la ville de Roubaix et Roubaix ville d’intense vie associative portugaise.

Citons ici quelques chiffres et quelques anecdotes pour mieux comprendre le contexte de notre travail.

 

Le cas de Roubaix

En 1975 il y avait dans la ville de Roubaix 4.621 Portugais, cela représentait 21,5% des émigrés de la ville, les Algériens occupaient la 1ère place. D’après certaines données que nous avons pu obtenir auprès du Consulat portugais de Lille, il y aurait en 1962, 60 Portugais sur Roubaix et 1.200 en 1968. Entre le recensement de 1975 et 1981, le solde migratoire des Portugais habitant la ville de Roubaix a été de 644 personnes.

La ville de Roubaix est divisée en 14 quartiers. Nous avons mis en évidence le nombre de Portugais et d’étrangers par quartier, la concentration des immigrés se faisant au nord de la ville. Une espèce de ghetto se créait, ce qui va emmener, quelques années plus tard, à de graves conséquences.

À titre d’exemple, sur le total des Portugais de la ville, seulement 2,7% étaient dans le quartier du Centre, tandis que sur un quartier juste à côté, l’Épeule, on avait 14,6% des Portugais de la ville. Il y avait de véritables îlots de Portugais. Sur les 64 îlots du quartier de l’Épeulé, 27,6% des Portugais du quartier étaient regroupés sur cinq îlots.

Nous avons été jusqu’à étudier les conditions de confort des Portugais qui habitaient à Roubaix (alimentation en eau, installations sanitaires, année achèvement de la construction du logement, nature du WC, chauffage, indice de peuplement, indice de confort du logement…).

Par nos contacts personnels, nous savions d’où étaient originaires les Portugais de Roubaix. Ils venaient de régions de textile vers une ville de textile (Roubaix était le centre mondial de la laine): district de Braga (31,8% des Portugais de Roubaix), Castelo Branco (17,6%), Porto (8,9%). À l’autre extrémité, on avait les districts de Portalegre et Évora – les deux ensemble ne représentaient que 0,4% de la population portugaise de Roubaix.

 

Le fichier du Consulat

Nous avons pu prouver nos dires grâce à la consultation du ficher des associés de l’Amicale des Portugais de Roubaix et à celui du Consulat du Portugal à Lille.

La première difficulté de notre travail a été celle de faire une étude sur les Portugais en général de la région et tout spécialement ceux de Roubaix, à partir du ficher du Consulat du Portugal à Lille. Devant le refus, au niveau local, de la consultation du dit fichier, nous avons fait appel à l’Ambassadeur du Portugal en France, qui lui-même, a intercédé pour qu’on puisse consulter le dit fichier. Ce furent de longues journées de travail pour collecter des données, telles que l’origine, la date d’arrivée du Portugal, le sexe, la composition familiale.

Après les premières années, où l’immigration portugaise était individuelle, très vite les familles se reconstituaient en France et à Roubaix. On faisait venir toute la famille, des amis du village, on se regroupait par îlots dans la ville de destination en France.

Dans les années 1970-1980, les Portugais qui venaient individuellement logeaient à Roubaix, au Foyer Hôtel pour Travailleurs isolés, au Foyer pour Migrants, au Gîte, au Foyer pour Jeunes Travailleurs et au Foyer Sonacotra.

Nous avons mené enquête dans ces foyers. En tout et pour, en 1981, ne logeaient dans l’ensemble de ces foyers qu’onze Portugais, dont 10 au Foyer Sanacotra. Ils travaillaient tous dans le bâtiment.

Contrairement à ce que beaucoup de Portugais disaient et pensaient, mes parents inclus, nous écrivions en 1982: «Les Portugais qui vivent isolés sont rares, ce qui nous laisse présumer que très peu d’entre eux retourneront au Portugal». Rappelons qu’à l’époque il y avait déjà eu une incitation au retour au pays à la suite de la crise pétrolière. On a appelé cette incitation «Le million Stoleru» (1).

 

Le bâtiment et le textile

Les Portugais de Roubaix travaillaient à 86,2% dans deux branches: 41,9% dans le bâtiment et travaux publics et 44,3% dans le textile.

En 1981 la région, et tout particulièrement Roubaix, traverse une grave crise industrielle avec la succession de fermetures d’usines de textile. Le taux de chômage de la ville de Roubaix était de 13,1% au début des années1980, le taux de chômage chez les Portugais était quant à lui de 5,2%. Notons que des 185 allocataires Portugais de Roubaix inscrits à l’ASSEDIC au 30 juin 1982, 89,8% de ces personnes n’étaient titulaires d’aucun diplôme scolaire.

À propos de scolarité, nous avons visité en 1982, tous les établissements scolaires de la ville de Roubaix et avons pu déterminer qu’étaient scolarisés 1.726 Portugais (257 dans le privé et 1.469 dans le public), soit 32,8% de la population portugaise de la ville et 5,59% du total des enfants scolarisés de Roubaix. Notons que 445 élèves portugais dans les écoles primaires fréquentaient des cours de portugais pour un total de 71h30. À la même date,56 élèves assistaient à des cours de portugais à l’Association des Parents Luso-Français de Roubaix et Environs.

A ce moment-là 9 professeurs de langue portugaise exerçaient sur Roubaix.

Grâce à l’autorisation du Procureur de la République, nous avons pu consulter les naturalisations dans la ville de Roubaix entre 1969 et 1981. Entre ses deux dates 1.042 personnes ont demandé la nationalité française, parmi eux 297 Portugais, soit 28,5% du total, toutefois si on compare aux Portugais de la ville en 1981 seulement 5,5% des Portugais de la ville se sont naturalisés.

Nous avons également pu consulter 1.390 mariages (2.270 personnes) dans la ville pour les années 1980 et 1981. 24 nationalités étaient présentes dans ces mariages. Parmi les 2.270 mariés de ces deux années, 70 étaient Portugais ou Portugaises. Parmi les 70, 17 Portugais se sont mariés avec des femmes françaises, et 11 Portugaises se sont mariées avec des Français.

 

Les associations

La troisième partie de notre mémoire a été consacrée à la vie associative portugaise de la ville de Roubaix.

Le chiffre est contestable – des associations déclarées alors qu’elles n’ont aucune activité, qui sont fermées, alors que d’autres existent et ne sont pas recensées par les instances officielles portugaises – toutefois, nous le citons tout de même. Au moment de notre étude, on considère qu’il y avait en France 700 associations portugaises de toute nature.

En 1982, pour une population portugaise de Roubaix de 5.200 personnes, on a comptabilisé 14 organisations portugaises avec siège dans la ville: 3 associations culturelles (Association des parents Luso-français de Roubaix et de ses environs, Association Filhos da Alegria, Association Sociale et Culturelle franco-portugaise), 3 groupes musicaux (Groupe folklorique des Portugais de Roubaix, Groupe choral des progressistes de l’Alentejo, Orchestre Genius), 3 associations religieuses (Association des amis de Notre-Dame, Association des Catholiques Portugais de Roubaix, Association Culturelle Église Évangélique de langue portugaise) et 5 clubs sportifs (Association sport club des Portugais de Roubaix, le Vimaranense, Sporting da Covilhã, le Benfica et les Portugais de Wattrelos).

L’association la plus fréquentée, grâce à son dynamisme, son bar, ses bals, ses repas, ses cours de portugais, son folklore, était l’Association des Parents Luso-Francais de Roubaix et ses environs (qu’on appelle en abrégé Amicale). On a comptabilisé jusqu’à 400 personnes au bal du dimanche après-midi. João Sabine, veillant à l’entrée de l’association, rue St Maurice, au bon respect de la sécurité, cotisations à jour, nouvelles inscriptions. Beaucoup de rencontres s’y sont faites, parfois sous surveillance des mamans. Rencontres qui ont abouti à des mariages…

Cette association a été créée en 1976 sous impulsion du professeur José Robalo et des frères Sabino. En 1981 le Conseil d’administration était composé de 26 membres. Au 1e mai 1981, l’association avait 1.002 adhérents, dont à cette date 45% avec les cotisations à jour, 64% de ses membres habitaient Roubaix, l’âge moyen des adhérents était de 32 ans et 6 mois.

La vie associative des Portugais de Roubaix était dans les années 1980 des plus actives de France, ce qui traduisait à l’époque du grand attachement des jeunes et moins jeunes au Portugal et à ses coutumes. Cette richesse associative était, également, le fuit, à l’époque, d’une certaine rivalité entre associations.

Par notre présent article, nous avons voulu revenir presque 40 ans après, sur le portrait de l’immigration portugaise de France et tout spécialement sur l’exemple de la ville de Roubaix.

Quelques traits restent, de nos jours, de ce que nous avons décrit en 1982. Faire une nouvelle étude sur le thème de l’immigration portugaise de la ville de Roubaix serait intéressant à réaliser, toutefois, même si actuellement les moyens de recherche sont bien meilleurs, une telle étude pose la question suivante: qui sont les Portugais de France en 2020? En 1982 il était bien plus facile de répondre à cette question.

Signalons aussi que nous avons réalisé, à la demande de M. Catani, Directeur de l’équipe du CNRS qui travaillait sur le thème des migrations internationales, un travail sur l’immigration et le mouvement associatif portugais dans la région Nord de la France. Au moment de cette étude, en 1986, nous avons pu établir une espèce d’arbre généalogique, sur la création des associations portugaises de la région Nord de la France.

 

Notes

(1) Lire «Le million des immigrés. Analyse de l’utilisation de l’aide au retour, par les travailleurs portugais en France» de Michel Poignard

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