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Mário Chichorro, 45 ans consacrés aux 3.500 œuvres réalisées : un artiste inclassable

Nous avons découvert et fait découvrir ou redécouvrir Mário Chichorro dans LusoJornal, le 21 août.

Notre découverte est venue d’une visite à l’exposition qui se tient à la Cathédrale de Lille jusqu’au 15 septembre sur le thème « Vista méridionale 3 », dont les tableaux représentent la passion du Christ.

Mário Chichorro, un artiste inclassable comme lui-même se dit. Nous l’avons interviewé pour LusoJornal. Un homme « sem papas na língua ».

 

A votre âge – 86 ans – peu de personnes faisaient des études. Vous avez eu cette chance. Cela est dû à vos origines familiales ?

Je suis le cinquième de sept frères. Mes parents nous répétaient «il vous faut étudier pour acquérir une situation dans la vie. Ne comptez pas sur des héritages, il n’y en aura pas!». Ainsi, tous mes frères ont fait des études universitaires : architecte, ingénieur civil, licencié en lettres modernes, médecin, professeur de musique au lycée, ma sœur, et deux artistes peintres (Heitor et moi).

 

Vous avez exercé un premier métier, celui de dessinateur en architecture. L’avez-vous exercé au Portugal ou en France ?

J’ai abandonné les cours pour commencer à travailler comme dessinateur en architecture, ce que j’ai fait pendant 15 ans à Porto, Lisboa et à Perpignan.

 

Votre venue en France s’est faite en quelle année ? Vous êtes venu clandestinement ou avec « Carta de chamada »?

Je suis arrivé en France en décembre 1963. Je ne suis pas sorti du Portugal ni clandestinement, ni avec « Carta de chamada », bien au contraire ! J’ai obtenu une recommandation du SNI (Syndicat national d’information) avec l’intention de venir en France pour étudier et pratiquer la peinture. Quelle chance paradoxale ! Moi qui commençais à être dangereusement contre le système, incitant les étudiants à former des associations dans leurs facultés ! A l’époque, il y avait des mouvements d’étudiants (1958-1959) à Lisboa, Porto et Coimbra.

 

Vous vous êtes tout de suite installé dans la région de Perpignan ?

A l’époque, le Portugal était un pays fermé, archaïque et ennuyeux. J’en avais assez des discours monotones « Produzir e Poupar », de la pauvreté et où les paysans étaient obligés de partir pour la France. En plus, je voulais faire de la peinture dans de bonnes conditions, là où il y avait encore de bons peintres. J’avais déjà deux amis à Perpignan, ceux-là oui, ils étaient venus clandestinement : l’un à traversé les frontières à pied, l’autre a trafiqué la photo dans un passeport.

 

Comme est né ce goût pour l’art ?

Dès le premier jour d’école, la maîtresse m’a demandé de copier une estampe représentant une antilope. « Oh! que c’est bien fait! » a-t-elle dit. « Regardez les enfants !». Toute la classe a regardé et a trouvé que c’était bien fait. Cet événement m’a marqué pour le reste de mes études. C’était comme si on m’avait mis un tampon disant : tu seras peintre! Pendant le lycée, si les disciplines m’intéressaient, j’étais un élève moyen, parfois bon… mais, si la discipline ou le professeur n’était pas intéressant, je me réfugiais dans mes dessins et j’étais moyen ou médiocre.

 

Vous définirez votre art comme étant de la peinture ou de la sculpture ?

Les deux : les primitifs qui ont peint la grotte de Lascaux, profitaient des reliefs naturels existants sur les parois de la grotte pour peindre les reliefs de leur peinture. Les Grecques peignaient leur architecture et leurs sculptures. Au moyen âge aussi, on peignait la sculpture, alors pourquoi m’en priver ? Ma peinture domine tout de même sur les reliefs.

 

Comment définissez-vous votre art et quel sont vos sujets de prédilection ?

Je ne me définis pas, définir et classer est primature, erroné et injuste. Dans ma peinture, je fais tout et n’importe quoi. Les classifications seront pour après ma mort, si cela vaut la peine. Les sujets de prédilection ? Peut-être les visages… il y en a partout.

 

Dans ce que vous faites, pensez-vous ou préoccupez-vous de faire passer des messages ?

Oh non ! Ce ne sont que des images qui m’arrivent par le crayon et le pinceau, je n’y pense pas trop. Les images ne sont pas des concepts, mais il y a de mes tableaux qui s’intitulent « la fille séquestrée », « accident de moto », « l’incendiaire », « faits divers »…

 

Avez-vous suivi des cours pour pouvoir faire ce que vous faites ?

Non, à part la discipline de dessin au lycée et le dessin de plâtres dans la première année d’architecture. Mais j’ai animé des classes d’élèves des écoles primaires à Perpignan. Je les invitais à dessiner et à peindre ce qu’ils voulaient. Jamais je leur disais « fais comme ceci ou comme cela ». Je les encourageais plutôt à imaginer et à remplir la page ou le tableau et c’était toujours « très bien ! Bravo !» à la fin j’ai invité les élevés des 2 classes (30 élèves chacune) à exposer avec moi au Palais des Congrès de Perpignan. C’était une belle exposition de tableaux et objets faits par les élèves en alternance avec mes tableaux. Étonnamment ce sont eux, qui m’ont appris la spontanéité, le jeu, le rire, l’irrévérence, le déraisonnement, l’attention divagante et beaucoup d’autres choses. Merci les gamins ! J’essaierai de faire comme vous en peinture, on a marre d’être adulte !

 

Y a-t-il eu des artistes qui vous ont inspiré ?

Non, pas du tout ! Je suis trop entiché par mes propres images, je crois que j’ai mon propre chemin à parcourir, mais j’aime voir d’autres peintures. Je crois que ce sont les jeunes qui sont trop influençables. Quand je commençais à peindre, je me suis dit « si c’est pour faire comme les autres, ça ne vaut pas la peine de devenir peintre !».

 

Nous ne sommes pas critiques d’art, toutefois dans ce que nous avons vu de vous cela nous fait penser à Picasso. Chaque artiste est unique, toutefois la référence à Picasso vous choque ou vous fait plaisir ?

Souvent, les ignorants en peinture, quand ils ne comprennent pas disent « ça c’est du Picasso ». Ce que je fais ce n’est pas du Picasso. Voyons : Picasso était méditerranéen, moi je suis atlantique. Picasso peignait toujours avec un modèle devant lui, moi je n’utilise pas de modèles, c’est tout de l’imagination. Picasso était influencé par l’art grec, moi je suis influencé par l’art roman et baroque. Picasso était gréco-latin, moi je suis judéo-chrétien. Picasso n’a pas peint des scènes religieuses (étonnant !), moi oui, d’ailleurs un de mes grands plaisirs est d’avoir un de mes tableaux dans le caveau de la Cathédrale de Lille. Picasso peignait plusieurs vues d’un même objet (cubisme), moi je peints plusieurs objets d’une seule vue (la mienne). Picasso était un immense peintre, moi…

 

Sur votre site on vous sent un peu critique sur ce qu’on écrit sur vous. Y a-t-il une raison ?

Oui, je me révolte contre les classifications prématurées dont j’ai souffert : art brut, art des fous… traiter quelqu’un de fou et brut c’est lui nier toute capacité intellectuelle et culturelle. Je suis plutôt outsider, neuve invention, hors les normes, marginal, singulier inclassable, mais finalement tous les grands peintres du passé et du présent et aussi de tous les autres arts ont souffert ou jouis de ces attributs. Sans prétendre me classer parmi eux, il faut le dire.

 

Continuez-vous à peindre actuellement ? Peut-on concevoir qu’un artiste prenne sa retraite et pose définitivement ses pinceaux ?

J’ai maintenant 86 ans d’âge. Je peins toujours. Quoi faire d’autre ? Il faut en profiter.

 

Avez-vous des exposions à venir prochainement ?

Oui, j’ai fait trois expositions en 2019 et pour 2020 j’aurai une rétrospective à Dijon.

 

Un sujet que je n’aurais pas abordé ?

Je remercie LusoJornal de me donner la parole. J’ajoute ceci : tous les objets ont plusieurs cotés. Je pense beaucoup aux trous noirs, qui ont aussi plusieurs cotés. Cela me fait rêver, j’ai envie de peindre des trous noirs… ainsi va la peinture.

 

Une exposition de Mário Chichorro peut être visitée au Château de Mercues (dans le Lot) jusqu’à la mi-novembre.

 

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