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Plus de la moitié des êtres humains qui peuplent la planète sont confinés dans leurs m2, d’ici quelques jours ou semaines, le genre humain sera certainement quasi confiné en totalité. C’est un joli mot pour évoquer notre situation d’enfermement. Confinés, plutôt prisonniers d’un virus, deuxième de la fratrie après le SRAS-Cov né en 2002, le cadet, le SRAS-Cov2, amenant la maladie Covid-19 s’invite partout. Récits de bonne science-fiction? Une ‘fake news’ parmi tant d’autres? Non, la réalité mondiale commentée en boucle 24h/24.

Plusieurs alarmes bruyantes avaient été sonnées sur la possibilité d’une pandémie mondiale depuis le passage au nouveau millénaire. L’information passa inaperçue, malgré un rapport fouillé de la CIA publiée en 2009 pour décrire le visage du XXIème siècle, un visage défiguré (1).

Soudain, nous sommes mortels, vraiment mortels. En un rien de temps, la sale bête invisible sautille énergiquement de l’un.e à l’autre, sans prévenir, passe les frontières, sans symptômes avant-gardistes, précis et mortifère. Pourtant, comme quelques autres, parmi les milliards de mes semblables, j’avais été prévenue de toutes les façons que nous n’étions que des mortels et qu’il fallait prendre soin de notre maison commune, maintenant ou jamais.

Cette maison commune appelée la Terre, alerte après alerte d’experts comme de citoyens sensibles à la cause universelle de son salut, fut néanmoins martyrisée de toute part, mondialisation oblige. À savoir, même le village le plus reculé d’Afrique subsaharienne n’a pas été épargné par les séquelles des changements climatiques globaux, jamais aussi féroces, comme dans chaque localité du monde.

Si la CIA et quelques autres oiseaux de mauvais augure avait lancé le cri d’alerte du mal que nous faisions à nous-mêmes, c’est-à-dire, à Mère Nature, rien de plus visionnaire qu’un écrivain ou poète pour nous le dire de façon limpide et puissante lorsqu’il s’adresse à l’Europe et au Monde:

«Aujourd’hui, dans ses pays, l’Europe a beaucoup de roses pour servir d’avertissement. C’est au viticulteur de s’occuper du traitement sanitaire, si la récolte lui tient à cœur. Mais il arrive que l’autorité préposée prétende ignorer le signal. Il arrive que le viticulteur du rang Europe s’en prenne à la rose et veuille sélectionner celle qui ne donne pas l’alarme, la rose artificielle du consensus. Je m’arrête là avec l’espoir d’une pluie de roses sauvages» (2).

Alors confinés jusqu’à quand? Quel jour exact pour cette pluie de roses sauvages pour nos sauver enfin de notre paresse ou de notre inconscience?

L’expérience de ce temps d’arrêt oblige à repenser notre «je» et notre «nous» au monde. Que de mépris récemment encore contre celles et ceux qui ont défendu la décroissance et la démondialisation. Produire à outrance, n’importe quoi, en quantité affolante, pour encourager à la surconsommation, promener des tonnes de produits même périssables à travers le monde, défiant la qualité de l’air et de la vie, jour après jour. Si beaucoup d’entre nous ignorons chaque maillon de la chaîne de distribution de la naissance chinoise de la tomate jusqu’à notre assiette car disponible au supermarché du coin (miraculeux avions cargos!), nous savons aujourd’hui que ce n’est ni au nom du «bio», ni au nom de la couche d’ozone.

Que de mépris pour les idées du «Care», quelle défiance imbécile envers les responsables politiques qui ont défendu et privilégié les services publics de haute valeur ajoutée. L’équation est impossible, rendre un service hautement qualitatif au plus grand nombre avec toujours moins de forces humaines et de moyens financiers. La modernisation de l’action publique, la plus efficace, la plus égalitaire, la plus redistributive, la plus productrice de lien social, «has been», n’est-ce pas? L’éducation à tous les âges de la vie, pour tendre vers une société de la connaissance, vous n’y pensez pas, trop cher! La santé?, que de lits supprimés pour assainir, les comptes publics comme les égouts… Par contre, libérer les énergies voraces capitalistes, sans buts essentiels exceptés gaver les offshores de moins en moins mal cachés et inutiles à l’humanité, aucune régulation nécessaire! Outre les vents vociférant, les tempêtes ravageuses ou les canicules à brûler la peau et la gorge, a contrario les Gilets Jaunes, elles et eux, les petites gens, grâce auxquelles nos vies sont nourries et soignées sans faille, malgré tout, au péril du risque de la contamination, avait déjà crié leurs inquiétudes profondes. Inquiétudes justes et justifiées sur leurs conditions de vie, entre autres du monde médical, et sur les nôtres de conditions bien plus fragiles qu’en apparence, celle de notre commune humanité en warning. La sentence n’a pas tardé…

L’expérience de ce temps d’arrêt planétaire ne doit pas passer par nous en vain, sans éradiquer nos habitudes égocentriques, sans gifler notre imagination, au nom du progrès humain, à redéfinir? Dans la solitude high tech la plus aboutie? Sans les autres? Ces jours-ci, nous éprouvons une douleur réelle d’être privés de nos proches, c’est bien la preuve que notre hyper connectivité ne console en rien l’absence des affects vécus. Faire le deuil de nos morts aimés est une épreuve inouïe de souffrance, celle des vivants que nous aimons l’est davantage encore, telle la séparation physique est sidérante. Des semaines, des mois, à ne pas saluer en se serrant la main, enlacer, embrasser, se parler, proches les uns des autres, sans peur d’un petit salaud invisible à l’œil qui menace la chance, toutes nos chances, d’aller jusqu’au bout de la connaissance de soi, des autres et de la beauté qui habite toujours ce monde.

«Ce n’est pas une vie, ça!». Dans cette errance confinée, privés de la voix des autres, de leurs mains, de leurs gestes, de leur empathie, de nos disputes mêmes, de la réciprocité qui nous rend à nous-mêmes, l’espoir de vivre mieux ensemble reprend toute sa force. Qui sait? En considérant mieux toutes celles et ceux dont c’est le lot quotidien, depuis la naissance ou presque, séparés des autres, de nous et qui vivent souvent en comptant les jours, pour cause de grand âge, de handicap notamment visible ou non. On compte les jours ensemble jusqu’à nos retrouvailles, en musique, en concert, en folklore, en fêtes d’anniversaire ou de mariage, en fête des voisins, au bureau, sur les chantiers, au café, chez les commerçants, en meeting politique?

«Enseigne-nous à bien compter nos jours,

Afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse». (3)

Ensemble, lorsque nous aurons bien compté ces jours longs, patients ou impatients, inquiets mais espérant, qui décrètent solennellement (sans ordonnance présidentielle) que nous appliquions plus de cœur à la sagesse, alors ces jours-là, derrière nous, nous respecterons sans nul doute ce beau décret universel. Plus de cœur à la sagesse, l’esprit suivra, pour vivre la joie de se retrouver, nombreux et vivants, nos morts à jamais blottis au fond de notre cœur, là où est leur vrai tombeau (4) d’ailleurs, pour finir par nous ramener tous, enfin, à notre commune humanité et à des jours heureux, sans avoir plus jamais à les compter.

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Notes:

(1) https://books.google.fr/books/about/Le_Nouveau_Rapport_de_la_CIA.html?id=rRLYDwAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y

(2) Erri De Luca, écrivain, traducteur et poète italien.

(3) Psaume 90 cité dans le texte Contagions de Paolo Giordano, écrivain italien, publié aux éditions du Seuil.

https://www.calameo.com/read/005979625d140008ddc18?authid=4PKPf5EqldpJ

(4) Expression de Jean Cocteau, artiste, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français du XXème siècle.

 

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