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Ça y est! On nous déconfine ou plutôt nous sommes déconfinés, pas vraiment, pas complètement, selon la couleur, rouge ou verte, selon le jour, selon l’âge, selon la classe scolaire, voire selon la classe sociale, selon l’adresse dans l’hexagone, et selon quelques autres critères essentiels, comme la qualité de notre état de santé. Des «selon» multiples et à redéfinir, s’ajoutant au tableau de référentiels publié par l’autorité gouvernementale, chaque jour, qui nous prête encore vie. Ainsi, dès le 11 mai, nous ne serons plus assignés à résidence, jusqu’à nouvel ordre. Un soulagement, certes, mais lourd d’incertitudes et interrogations.

Cette première étape du déconfinement acte la levée progressive des boucliers. Soit, mais il est fortement conseillé de les garder proche de soi, au cas où le virus, lui, ne désarme pas. Bien entendu, il ne désarmera pas malgré les efforts stratégiques contradictoires mis en œuvre. Attention, pas de discriminations, la République dont les gardiens actuels ont beaucoup tergiversé, recommandent aux verts comme aux rouges de se masquer dans l’espace public. Avant tout, dans les transports publics où ce sera une obligation sous peine de verbalisation. Ailleurs, la verbalisation, ce sera encore selon…). Ceci dit, nous aurons les mains mieux lavées que d’habitude et, réjouissons-nous, sans contrôle répressif. Les sols seront désormais marqués, comme les places où s’assoir bien signalées pour nous séparer suffisamment afin d’éviter tout postillon menaçant. En somme, la circulation du virus ne devrait pas être délirante, mais l’humanité, elle, pourrait vite délirer à nouveau.

Étant donné le manque d’anticipation avérée du Gouvernement français sur le danger bien présent sur son sol, dès fin d’année 2019, début 2020 – d’autres auront été plus volontaristes comme le Gouvernement portugais qui déplore un millier de décès (1) pour près de dix millions et demi d’âmes -, son incapacité à s’approvisionner en masques, en gel décontaminant et autres outils fort utiles, en temps de guerre sanitaire, beaucoup d’entre nous se sont débrouillés hardiment avec les tissus et les élastiques disponibles et les gouttes d’eau de javel salutaires.

Le retour de l’État? Épisode après épisode, les preuves ne sont pas très affirmatives, excepté des mesures économiques indispensables, sur la base de quelques milliards (les caisses n’étaient pas vides), soutenus par quelques autres milliards communs à l’UE, afin de ne pas aggraver la chute vertigineuse du PIB. Le PIB, sacro-saint indicateur qui fournit une mesure de l’activité économique d’un pays donné, sur une année civile, tout en ignorant sciemment un certain nombre de données éclairantes sur la réalité des inégalités économiques et sociales, capables d’impacter à la baisse ou à la hausse ce pourcentage. Pourtant, dans les analyses, d’autres indicateurs importants manquent à l’appel pour engager une transition sanitaire, écologique et sociale, telle l’emprunte carbone et l’indicateur de santé sociale. Affaire à suivre, de près, de très près…

Quand l’Ordre national des Pharmaciens s’expriment et d’autres ordres pour dire leur souffrance à fournir les premiers de tranchées, très exposés, en masques, Monsieur Philippe, en prévoit désormais cinq millions destinés aux plus fragiles alors que les mêmes Ordres compétents réclament 150 millions de pièces hebdomadaires pour faire face au risque épidémique. Et les autres, plus loin, néanmoins exposés dans d’autres tranchées? C’est simple, disponibles en libre distribution et payant, bien entendu, à 98 centimes d’euros le masque, par lot de cinquante. C’est selon les enseignes et les promotions! Précisons qu’une carte de fidélité est requise pour être prioritaire et tout le monde n’en est pas détenteur. C’est simple, oui, et sans carte de fidélité? Le temps de l’obtenir? De plus, le niveau demande est tel qu’il va laisser beaucoup de concitoyens sans protection encore trop longtemps. Ensuite, au sujet de la stratégie des tests? Les 700 mille tests hebdomadaires préalablement annoncés? Ce n’est pas pour tout le monde, seulement celles et ceux qui accusent des symptômes incontestables ou sur le point d’appeler le 15. Stratégies «à la carte», selon…, malgré l’effort des Collectivités locales d’en commander et d’en distribuer gratuitement.

Pourtant, tous ces «selon» cumulés comme des warnings, le SARS-COV-2 va continuer à circuler, plus ou moins frustré – ce sera selon le degré de civisme de chacun – et, donc, contaminer. En somme, beaucoup d’incertitudes et d’interrogations qui expliquent une piètre confiance mesurée ces jours-ci vis-à-vis d’un Gouvernement, peut-être, encore capable de sauver son honneur et dont les marcheurs qui ne marchent plus – confinement oblige – ne doivent pas rater les dernières marches jusqu’au printemps 2022.

Cette crise n’en est qu’à ses débuts et si l’État est de retour, c’est certainement très provisoire, celui-ci pourrait s’absenter. Si la crise sanitaire occupe notre quotidien et limite nos libertés, ce qui risque de l’être encore de longs mois, il faut se mobiliser afin de se battre contre certaines idées mainstream qui accablent nos droits, à nouveau plus que menacés. La déflagration économique aura de graves conséquences, à laquelle les États ont répondu afin d’éviter faillites et fermetures massives, à court terme. Par le passé, tel ne fut pas le cas car le politique a privilégié l’économie, lors d’autres épidémies, comme celle de la grippe de Hong Kong, en 1968. À rappeler, un nombre considérable de morts, sans tous avoir été comptés, d’ailleurs, sans mesures de sécurité sanitaire particulière car la cadence de la croissance des 30 Glorieuses prévalait sur toutes considérations éthiques. Aujourd’hui, la vie n’a pas de prix et les citoyens refusent ce type de fausse fatalité d’où des décisions radicalement différentes et les choix de lock down, selon les États. Ainsi, il faudra s’opposer à toute régression sur les droits sociaux. En ce sens, la réforme de l’assurance chômage doit être abrogée, sous peine de condamner des millions de personnes à la pauvreté, dans l’après Covid-19 immédiat (réduction drastique des indemnités chômages, quel que soit le temps cotisé). L’économie doit donc servir le politique, le contraire est une perversion qui a causé assez de dégâts tangibles dans l’histoire humaine, pour se laisser convaincre par de nouvelles sirènes de l’austérité ou pire.

Enfin, la tempête politique gronde. Ce temps de tous les dangers posent des questions majeures à l’économie, à nos sociétés et à nos démocraties. On doit changer. Le monde doit changer mais on change quoi et, d’ailleurs, on change qui? L’humain sait et doit changer. Une crise est aussi un moment propice, celui du jugement et de la décision pour en revenir à son étymologie grecque (krisis).

L’État doit être à la hauteur des enjeux et prendre de meilleures décisions, jusqu’ici a minima, en France, en particulier, dont les tergiversations, au moins, ont permis de baisser d’un ton de son arrogance légendaire. Seul un État-résilience, nourri d’un État-providence peuvent assurer la régulation, si décriée et toujours remise en cause, à chaque conquête de progrès. Innovons pour rendre aux citoyens toutes les chances de transformer le plomb en or, l’épreuve en bonheur. Notre monde reste inégalitaire et violent, comme nos réflexes les plus primaires n’ont pas disparu. Être citoyen reste aussi très difficile. Est-ce que c’est parce que c’est difficile qu’il faille renoncer? En ces circonstances, davantage? Pourquoi choisir d’abord ce qui est bon pour nous collectivement avant de s’occuper de soi-même? Peut-être parce que comme Merleau-Ponty, nous pensons que «le rapport au vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou bien ce n’est pas au vrai que nous allons». (2)

Trois petits jours pour finir de se préparer, dit le Premier Ministre. C’est peu pour retrouver la confiance en l’autorité publique d’autant que la solidarité a fonctionné, sans que l’État prouve sa bienveillance pleine et entière, les quartiers populaires ou quartiers dits QPV (3), au premier chef, ont anticipé sur tout pour assurer subsistance et liberté, comme les villages les plus isolés, sans fibre, pour se parler et s’organiser. Pas d’illusions faciles, les discours sur le chaos dont nous serons les coupables sont tout trouvés et déjà bien ficelés. Ne tombons pas dans le piège déjà tendu, par le passé, aux peuples, pour se courber sous le poids des intérêts à payer… Jamais l’égalité juridique n’aura autant été louée face à aux inégalités réelles abyssales qui se creusent. Face à cette contradiction insupportable comme tant d’autres, le combat s’annonce rude. Sans vous, sans les citoyens, sans des espaces de dialogue permanent sur tout ce qui touche à la vie, c’est-à-dire, à la politique, de sales idées gagneront, élections après élections.

En démocratie, les citoyens eux-mêmes détiennent la clé d’un destin confisqué, c’est selon, tantôt par un pouvoir, tantôt par un virus, tous deux mortels. Seul un dialogue constant, contradictoire et riche, nourri des citoyen.nes, rappellera au pouvoir qu’il est parce qu’il doit servir l’intérêt général et non celui de quelques-uns comme ce même dialogue rendra l’espoir de bien répondre à quelques questions essentielles ensemble: quelle France voulons-nous être, quelle Europe voulons-nous être, quelle humanité voulons-nous être? É agora ou nunca.

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(1) htpps://www.dgs.pt/em-destaque/relatorio-de-situacao-n-067-08052020.aspx

1.114 décès au 8 mai 2020.

(2) «Éloge de la Philosophie». Maurice Merleau-Ponty, 1953.

(3) Quartiers prioritaires de la politique de la ville.

 

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