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Opinion: Le devoir de mémoire pas en question, mais il pose des questions

LusoJornal / António Marrucho LusoJornal / António Marrucho LusoJornal / António Marrucho

On commémore ces jours-ci les 75 ans de la libération du tristement célèbre champ de déportation d’Auschwitz (le 27 janvier).

Nombreux ont été les articles que nous avons écrit dans LusoJornal en rapport avec le thème du «devoir de mémoire». Nous écrivons, nous réfléchissons sur notre démarche, nous nous posons des questions du comment aborder le thème.

Pour essayer de voir un peu plus claire, d’avoir d’autres points de vue que le nôtre, nous avons assisté mercredi 22 janvier, à l’Université de Lille, à une conférence sur le thème de «La transmission de la mémoire».

Cette conférence était organisée, conjointement, par l’université nordiste, le laboratoire CRPMS (EA 3522) de l’Université de Paris et la délégation territoriale Nord de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD-DT59).

Des historiens, des médecins, des témoins, des chercheurs ont abordé le thème du devoir de mémoire lors des différentes tables rondes de la journée: «La transmission de la mémoire: transmettre quoi, comment, pourquoi?», «Transmission de la mémoire du massacre d’Ascq: une mémoire collective?», «La transmission singulière des traumatismes» et pour finir «La transmission de la mémoire de la déportation».

Les thèmes traités ne sont pas en rapport direct avec le Portugal, quoique…

Encore récemment, par la lecture d’un écrit de Jorge Viaud, nous nous sommes fait la réflexion que: beaucoup existe encore à dire, à découvrir sur la participation des troupes portugaises à la 1re Guerre Mondiale, notamment sur le nombre de pertes de l’Armée portugaise. Pourquoi y a-t-il des oublis? Est-ce volontaire? Pourquoi parmi ceux qui ont participé à la guerre très peu se sont exprimés?

Les personnalités qui ont parlé pendant la conférence, l’on fait sur des bases de constats, d’expériences vécues ou expériences recueillies, toutefois, les chercheurs, des témoins, continuent à se poser énormément de questions sur le thème de la transmission de la mémoire.

Soixante-quinze ans sont passés et pourtant les traumatismes sont encore bien présents. Des psychologues continuent à traiter le mal provoqué par la déportation, consultations qui sont parfois faites à de petits enfants de déportés.

Ce constant permet d’introduire le sujet sur la transmission du devoir de mémoire de la conférence. La transmission questionne: est-ce toujours un bien, le fait de transmettre?

Qu’on veuille ou pas, la question se posera toujours et il ne faut pas remonter très loin pour que, nous-mêmes, qui n’avons pas eu à subir ou nos familles, l’horreur de la déportation, nous nous la posions. L’horreur du 11 septembre, de Charlie Hebdo, du Bataclan, ne sont-ils pas en nous? Ces évènements n’ont-ils pas changés certaines de nos habitudes? Ne sentons-nous pas certaines peurs, qui, n’étaient pas en nous auparavant?

Les Allemands, les nazis, n’étaient-ils pas des gens comme nous? Des études ont conduit à la conclusion; qu’ils n’avaient pas une psychologie spécifique, et pourtant, beaucoup d’entre eux ne sont-ils pas devenu des barbares?

Pourquoi des Allemands, qui étaient réservistes, ont-ils massacré 1.500 hommes et femmes? Quel besoin de massacrer alors que, théoriquement, en tant que réservistes, ils devaient garder une certaine neutralité, rien ne les obligeant à se conduire ainsi.

Les nazis, c’est l’exemple du basculement et la preuve que tout être humain, tout groupe humain peut devenir dangereux. Ces dernières années n’avons-nous eu la preuve de cela, avec les jeunes qui sont parti au Moyen Orient?

Des maux provoqués, des maux subis.

Comment la peur, l’instinct de mort, les maux du fascisme, de la barbare se transmettent-ils?

La meilleure des thérapies n’est-elle pas le devoir de Mémoire?

Même si la question restera toujours posée, l’Association des Amis pour la Mémoire de la Déportation s’est donnée comme devise: «défendre, pérenniser, transmettre». Transmettre oui, mais transmettre quoi?

De nos jours quand on parle de transmettre, on pense au virus, ces derniers jours au virus chinois, on pense à la transmission de maladies, à la transmission de patrimoine.

Oui, transmettre quoi? Transmettre des valeurs… c’est une réponse qui nous paraît logique. Transmettre la mémoire de la déportation est-ce une transmission de valeurs?

Dans la réalité, on ne se transmet jamais tout. Les déportés n’ont pas tout transmis. Qu’ont-ils transmis et qu’ont-ils pas transmis? Dans un même parcourt de 2 déportés dans un même champ on pourra avoir deux récits différents: l’un va vous parler de la souffrance, l’autre, peut-être, de la solidarité.

La déportation est le mal «absolut». Mais comment pérenniser et parler du mal absolut? Parler de ce mal, en prendre connaissance, est-ce un gage qu’il ne se reproduira plus? Pourquoi est-il bon de transmettre le souvenir d’un mal qui est parfois oublié? En voilà des questions…

Effectivement, la question du devoir de mémoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

En voilà encore des questions: Si l’on transmet, à qui doit-on le transmette? Est-on légitimes à transmettre?

Cette dernière question se pose d’autant plus que les «témoins» ont témoigné et n’étaient pas, la plus part du temps, dans la démarche de la transmission.

Virginie Linhart s’est posée, dans son ouvrage, la question du pourquoi «le jour où mon père s’est tu».

Nombreux ont été les enfants qui se sont posé la même question que celle de Viginie.

On arrive à la fin d’une étape de la transmission, les témoins, par l’âge sont en train de nous quitter, de disparaître. Comment va-t-on pouvoir continuer à transmettre et sous quelle forme?

Écrire un article sur le devoir de mémoire, peut poser problème. Parler d’une conférence et transmettre ce qui s’y est dit, peut aussi poser question. Ai-je été neutre dans ce que j’ai écrit? Ne transmettons-nous pas, n’écrivons-nous pas en fonction de notre sensibilité, de nos propres valeurs?

Le présent article a essentiellement posé des questions. Des questions, en fin de compte, qui vous sont également posées à vous, cher lecteur, chère lectrice, qui m’avez lu jusqu’au bout.

Les chercheurs, les témoins pendant la conférence, organisée à l’Université de Lille, nous ont posé de nombreuses questions. Ils ont aussi donné quelques réponses. Cela sera l’argument d’un autre écrit de notre part.

Nous pouvons, dès à présent, apporter une réponse. Oui, il est essentiel de transmettre. La transmission de la mémoire, est un des devoirs de l’homme, toutefois n’utilisons pas le mot d’«obligation» sous peine de créer des traumatismes, autant dans celui qui transmet que dans celui qui reçoit.

L’ensemble des questions qui ont été posées, nous font réfléchir sur le pourquoi d’autant de zones d’ombre sur la participation des troupes portugaises à la 1re Guerre. Que nous reste-t-il à faire? Les presque 50 ans de salazarisme on tût à jamais les témoins. Peu de choses et de souvenirs personnels des témoins portugais de la 1ère Guerre ont passé de génération en génération. Malgré cela, il nous reste, à nous Portugais où d’origine, des combats à mener.

Le Devoir de Mémoire en est un.

Préparons-nous à ce combat, engageons-nous.

 

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