Paris : «Justiça Cega» de Sara de Castro interroge les failles de la justice au Théâtre de la Ville


Dans le cadre des «Chantiers d’Europe 2026», le Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt accueille les 29 et 30 juin la création portugaise «Justiça Cega» («Justice aveugle»), de la metteuse en scène et autrice portugaise Sara de Castro. Présenté pour la première fois en France, ce spectacle en portugais surtitré en français plonge le spectateur au cœur d’un procès où le silence devient l’élément le plus troublant du drame.

Les télévisions, radios, presse ce 21 mai annoncent que Marine Rousseau et Marc Ballabriga, mère et beau-père de Zacharie et Barthélémy, retrouvés mardi à Alcácer do Sal, ont été arrêtés environ 48 heures plus tard à Fátima, à environ 200 kilomètres de l’endroit où les enfants avaient été localisés. Le couple est soupçonné de violences domestiques ainsi que d’exposition et d’abandon de mineurs, dans une affaire qui choque le Portugal et la France.

Dans la pièce «Justice aveugle» sur scène, une femme reste muette tandis que magistrates et avocates débattent autour du «plus épouvantable» des crimes : celui d’une mère accusée d’avoir tué son enfant.

Inspirée d’un fait divers réel, mais aussi du mythe antique de Médée, «Justiça Cega» explore les mécanismes du jugement, les préjugés sociaux et la manière dont la justice construit ses récits.

«Parler peut vous porter préjudice». Cette phrase pourrait résumer toute la tension de cette œuvre théâtrale à la fois politique, intime et profondément contemporaine.

Entre enquête judiciaire et tragédie contemporaine, la pièce interroge : Qui a le droit de parler dans un tribunal ? Que signifie le silence d’une accusée ? Comment la société juge-t-elle les femmes lorsqu’elles transgressent les normes maternelles ?

Le spectacle croise plusieurs références, du mythe grec de Médée à la figure latino-américaine de La Llorona, pour questionner les limites du système judiciaire et la violence symbolique exercée sur les femmes.

Sara de Castro une figure montante du théâtre portugais

Née à Lisboa en 1975, Sara de Castro est actrice, autrice, metteuse en scène et pédagogue. Formée à l’Escola Superior de Teatro e Cinema, elle développe depuis plusieurs années un théâtre engagé, centré sur les voix féminines, les récits marginalisés et la mémoire collective.

Elle a longtemps collaboré avec la compagnie expérimentale portugaise O Bando, avant de fonder en 2019 sa propre structure artistique, Dentro do Covil.

Son travail mêle souvent recherche documentaire, écriture chorale et réflexion politique.

Avec «Justiça Cega», Sara de Castro confirme une démarche artistique exigeante qui refuse les réponses simples et place le spectateur face aux zones grises morales et sociales.

Sur la scène du Théâtre de la ville, les 29 et 30 juin, il y aura Ana Brandão, Ana Ribeiro, Carla Galvão, Teresa Coutinho, Gaya de Medeiros et Ema de Castro Silva.

Emmanuel Demarcy-Mota et le lien franco-portugais du Théâtre de la Ville

La présence de cette création portugaise au Théâtre de la Ville n’est pas anodine. Depuis 2008, le théâtre parisien est dirigé par Emmanuel Demarcy-Mota, figure majeure du théâtre européen, profondément attachée au Portugal.

D’origine franco-portugaise, Emmanuel Demarcy-Mota est le fils de Richard Demarcy, homme de théâtre français, et de Teresa Mota, comédienne portugaise issue d’une famille d’artistes. Ce double héritage culturel nourrit depuis toujours son ouverture aux créateurs lusophones et son engagement en faveur des échanges artistiques européens.

Sous sa direction, le Théâtre de la Ville a multiplié les collaborations avec des artistes portugais et développé une programmation attentive à la diversité des langues et des cultures.

Le metteur en scène entretient également une relation forte avec l’univers de Fernando Pessoa, dont l’œuvre, marquée par la multiplicité des voix et des identités, résonne avec sa propre vision du théâtre. L’attention portée à la langue, au doute, à l’altérité et aux fractures intérieures rejoint plusieurs thèmes chers au grand poète lisboète.

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