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Printemps Littéraire Brésilien : Littérature et résistance politique à la Sorbonne

LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco

L’amphithéâtre Guizot, à la Sorbonne, était comble samedi dernier lors de la Journée d’études intitulée « Quel Brésil ? Quelle littérature » qui s’y déroulait dans le cadre de la 6ème édition du Printemps Littéraire Brésilien. Après le mot de bienvenue de Leonardo Tonus, Maître de Conférence à la Sorbonne et cheville ouvrière de ce festival littéraire, les participants étaient invités à prendre la parole, notamment Jean Wyllys, très attendu, auteur de « Tempo bom, tempo ruim », défenseur des droits humains et ex-Féputé exilé en Europe.

« Et maintenant, que va-t-on faire ? », tel était le titre de la conférence d’ouverture prononcée par Júlio Ludemir, co-fondateur de la Fête Littéraire des Périphéries (FLUPP), au Brésil, et auteur de nombreux livres sur la violence urbaine. Venu à la littérature après avoir passé son enfance à jouer au foot dans la rue, Júlio Ludemir se consacre notamment à la formation des jeunes écrivains issus des favelas. « Le Brésil vit une tragédie semblable à celle de la dictature militaire des années 1964-84 et personne ne sait ce qui va se passer dans ce pays » – dit-il dans son intervention. Puis, il souligne une plus grande présence, depuis une vingtaine d’années, d’une nouvelle génération dans la littérature brésilienne, surtout des femmes et des diverses « minorités » sociales. « Cette littérature incarne une forme de résistance », affirme-t-il, avant d’ajouter « Marielle existe après sa mort ! ».

En deuxième partie de cette Journée d’études, Fernando Molica et Fred Di Giacomo ont abordé la question « De la fake news à la liberté d’expression ». Fernando Molica est écrivain et journaliste, né à Rio de Janeiro en 1961, organisateur, entre autres, d’une anthologie de reportages intitulée « 50 ans de crimes ». Fred Di Giacomo, né en 1984 dans l’État de São Paulo, est également écrivain et journaliste, créateur de jeux multimédias et auteur de « Desamparo », son premier roman, une fresque sociale sur sa région natale.

Pour Fernando Molica, « toute l’histoire du Brésil est marquée par la fake news, car la société brésilienne vit en crise permanente ». Fred Di Giacomo souligne, quant à lui, le rôle de l’extrême-droite au Brésil dans la diffusion de la fake news dont sont victimes les classes sociales les plus vulnérables. Tous deux insistent sur le monopole des grands médias qui provoque, paradoxalement, les fakes news.

Les professeurs et écrivains Adriana Armony (Université Sorbonne-Nouvelle), Leonardo Valente (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et Ana Kieffer (Université Pontificale de Rio de Janeiro) ont été invités à répondre à la question « Quel avenir pour la recherche ? ». Les trois universitaires ont déploré la très mauvaise situation matérielle et financière dont souffre la recherche au Brésil. Par ailleurs, pour Adriana Armony et Ana Kieffer, il est urgent de prendre en compte les nouvelles recherches et « lutter contre l’auto-promotion du discours académique ». Rappelant « la misère de la recherche universitaire dans le secteur public », Leonardo Valente considère, quant à lui, qu’actuellement « on vit dans un climat de résistance, où beaucoup de chercheurs font du bénévolat ».

C’est ce même sentiment de résistance qui se dégage des interventions de Cristina Judar et de Raimundo Neto dans l’avant-dernière partie de cette rencontre intitulée « Ecrire la peur, écrire sous la peur ». Pour Cristina Judar, née à São Paulo, auteure de nouvelles, scénariste et une des éditrices de la revue d’art et culture LGBT Reversa Magazine, « il faut faire connaître les voix encore peu entendues des femmes brésiliennes, notamment celles de la ‘périphérie’ ». Raimundo Neto, né dans le Nordeste brésilien, évoque son émigration vers São Paulo, encore enfant, ainsi que les vexations et discriminations vécues à l’école. Pour lui, « l’écriture est un moyen de chercher l’humain » et de donner la possibilité, à travers la littérature, de créer un dialogue avec les « minorités » marginalisées.

Enfin, c’est avec beaucoup d’émotion dans sa voix et dans son expression, que Jean Wyllys, ex-Député fédéral, exilé depuis janvier 2019, auteur de « Tempo bom tempo ruim » (une réflexion sur les droits humains, les conflits sociaux et raciaux au Brésil) monte à la tribune pour clôturer cette Journée d’études.

Citant José Saramago, qui voyait la littérature comme « un instrument contre l’ignorance et la misère », il exprime tout d’abord sa solidarité avec le Printemps Littéraire Brésilien. Puis il évoque son propre parcours : né en 1974 dans une famille pauvre de l’État de Bahia, élu Député du Parti Socialisme et Liberté en 2010 et militant, au Parlement, pour la défense des droits des « minorités » ethniques et culturelles, ainsi que des personnes LGBT. Cette période fut le « tempo bom ». Avant l’arrivée du « tempo ruim », avec « les manipulations des élites économiques et politiques, et aussi d’une partie des classes moyennes, qui aboutissent au coup d’État politique contre les Gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff » et l’élection de Jair Bolsonaro. Pour Jean Wyllys, ce Président, « outre que dans le passé il a défendu la torture, est un personnage raciste, homophobe, incompétent et dépourvu de toute dimension culturelle ». Dénonçant l’assassinat de Marielle Franco par des groupes d’extrême-droite, ainsi que les insultes et les humiliations dont il fut victime lui-même, craignant pour sa vie, il explique sa démission du Parlement brésilien et son exil : « Je ne peux pas agir pour le bien de mon pays en étant mort ».

C’est sous les applaudissements nourris de l’assistance que s’est achevée cette Journée d’études à la Sorbonne.

 

 

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