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Projection du film «Capitaines d’Avril» (et bien plus que ça) à SciencePo Lille

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À l’occasion des 45 ans de la Révolution des Œillets, qui initia la démocratie au Portugal, le Comité France-Portugal Hauts-de-France, représenté par Jaquelina Fonseca, a organisé, sous l’impulsion de Benoît Guittet et en partenariat avec Sciences Po Lille, une projection débat qui a mis en lumière le devoir de mémoire et le besoin de démocratie, notamment dans un climat où l’on assiste, à la veille des élections européennes, à une montée des extrêmes en Europe. «Un moment riche en échanges, en expériences vécues, merci à tous les participants, au Consul honoraire du Portugal en Belgique, Bruno Joosdeter Beerst, d’avoir honoré de sa présence ce moment très symbolique, Pierre Mathiot, Directeur des Sciences Po Lille et David Ribeiro, entrepreneur de Tourcoing, mécène de la soirée», c’est ainsi que Bruno Cavaco, Consul honoraire du Portugal évoque sur les réseaux sociaux la belle soirée du 25 Avril que quelques-uns d’entre nous avons vécu à Science Po Lille.

En prélude à la soirée, Jaquelina Fonseca nous parle du 25 Avril et rappelle que c’est en 1986 que le Portugal adhère à la Communauté Européenne, une bonne manière de définir son appartenance, même si ce bout à l’extrême de l’Europe a toujours été un pays de conquérants, de découvreurs, un pays dont ses frontières ont été bien au-delà des mers.

Tant avant qu’après la projection du film de Maria de Medeiros, «Capitaines d’Avril» le débat entre les présents a été très riche, avec notamment le partage du vécu de quelques-uns des spectateurs.

Benoît Guittet, auditeur à Sciences Po, a évoqué ses vacances en 1974 et 1975 au Portugal, les années révolutions. Bruno Joos de ter Beerst sortait de boîte quand il est tombé nez à nez avec une Révolution qui ne connaissait pas encore son nom et dont tout un peuple dira… pas un non, mais un oui massif… une révolution presque pacifique, un coup d’État militaire dont les rares tirs, la seule arme utilisée du camp d’en-face, provoquera un nombre de morts qu’on comptera sur les doigts d’une main.

Bruno Joos de ter Beerst aurait de quoi écrire un livre sur son 25 Avril: il n’était pas encore majeur en 1974, mais savait, son père lui avait ordonné de ne jamais parler de politique pendant le régime de Salazar. La révolution, la bienvenue, a ramené toutefois quelques inquiétudes, n’allions pas passer du S de Salazar au S de Staline, d’un dictature à une autre dictature? Les étrangers au Portugal ont toutefois été vite rassurés, le nouveau Gouvernement révolutionnaire annonçant que les étrangers seraient respectés, on a toutefois assisté à l’exile des grandes familles de riches portugais, riches qui reviendront du Brésil et d’ailleurs, ils vont re-prospérer.

Bruno Joos de ter Beerst évoquera un certain chaos dans la décolonisation, son père et un associé vont construire des maisons préfabriquées, on montera une maison en moins d’une semaine. Maisons pour l’accueil de toute une population partie à la hâte d’Angola, du Mozambique… «os Retornados».

Le papa de Bruno Joos de ter Beerst a participé à sa manière à la Révolution du 25 Avril. Il avait une propriété longue de presque un kilomètre dans laquelle il cultivait, avec ses 10 ouvriers, des œillets qui étaient exportés par avion vers l’Iran. Ses œillets rouges prirent le pas sur les autres couleurs… la dame qui en sortant du restaurant, après avoir fait le ménage, avec des œillets rouges sous ses bras, aura eu son influence sur le nom et sur la couleur d’une révolution. Le père de Bruno Joos de ter Beerst quittera le Portugal en 1978 et vendra son affaire en 1980.

Après avoir fait la rencontre avec la Révolution, Bruno Joos de ter Beerst rentrera à la maison, il en ressort le lundi direction le bistro du village, il y parlera du seul sujet de conversation du moment: la Révolution.

À la fin de son témoignage, de son vécu, qu’il a partagé en début de soirée du 25 Avril 2019, il nous dira avec une voix sincère et émue: «ça a été une expérience que je n’oublierai jamais… un pays où j’ai vécu mes belles années de jeunesse».

La projection du film «Capitaines d’Avril» débuté… presque 2 heures.

“Capitaines d’Avril” est sorti en salle juste avant que nous soyons rentré dans le siècle actuel. Personnellement nous ne l’avions pas encore visionné: un beau film, un beau témoignage, un bout de notre histoire contemporaine, Maria de Medeiros a su nous tenir en haleine du début à la fin du film.

Les phrases qui vont suivre sont des phrases choisies, ce sont des phrases ou dialogues entendus. Nous allons les écrire volontairement sans commentaire et sans guillemets:

Les premières images: la guerre… des morts par terre… un soldat enlace sa fiancée, un dernier bisou sur un quai de gare… Le Capitaine qui sait, qui prépare quelque chose dit aux soldats: demain ton problème sera résolu.

On réveille tout une caserne… on croit à un entraînement de nuit surprise… adorables bambins qui pensent partir en colonie de vacances. En tant que militaires vous avez promis fidélité… oui mon Capitaine, nous avons promis fidélité au peuple portugais et à sa volonté. Nous sommes dans un État des plus retardataires, il faut changer: ceux qui veulent m’accompagner qu’ils viennent avec moi, les autres qu’ils gardent la caserne, qu’ils aillent au lit. Nous osons ici tout de même un commentaire: heureusement qu’à l’époque le téléphone portable n’existait pas… un déroulement de la sorte, de nos jours, ne serait pas possible… à quoi une Révolution peut tenir!!!

Il faut arrêter ce qui se passe dans les colonies, un seul mot: Révolution.

Des soldats rentrent dans une station de radio, l’animateur surpris et contraint dit: «encore un jour où nous avons la chaire de poulet, chaque jour il y a des choses extraordinaires»… Grândola Vila Morena passe à l’antenne, on ne peut plus revenir en arrière, une Révolution est en marche.

Une Révolution est en marche, une Révolution respectueuse, elle arrive sur Lisboa, elle s’arrête aux feux rouges, un Commandant dira: c’est pour protéger les civils. Le Capitaine rentre dans le Ministère: c’est la première fois que je rentre dans un Ministère et elle sera sans doute la dernière.

Le peuple se rassemble dans la Praça do Comércio.

Des documents sont brûlés à la hâte, un effacement de traces. Marcelo Caetano demande au militaire: quel est votre programme? Marcelo quitte le pouvoir et les lieux, après avoir transmis symboliquement la gouvernance à Spinola. Marcelo est conduit dans un char à l’aéroport.

Marcelo dira au Capitaine, avant que la porte de l’avion se referme: merci pour la manière respectueuse dont j’ai été traité, bonne chance.

Question d’un journaliste témoin de la Révolution à un militaire: qui est le responsable? Réponse du miliaire: nous, tous ensemble.

La prison s’ouvre. Questions du journaliste à un prisonnier: pourquoi, pourquoi? Réponse du prisonnier: l’important c’est le moment que nous vivons, un moment auquel je ne sais pas encore quel nom donner.

Rideau. Le film se termine.

Rideau sur une dictature.

Rideau qui s’ouvre sur un lendemain encore incertain, mais libre. On l’appellera «La Revolução dos Cravos».

Élodie et son père, José Pereira, nous chantent «Grândola, Vila Morena».

Presque un demi-siècle s’est passé: si loin… si près!

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