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Rencontre avec l’auteure et dessinatrice de BD Luli Penna

LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco

À l’invitation de Leonardo Tonus, responsable du Département d’Études Lusophones à l’Université de la Sorbonne Paris IV, Luli Penna, auteure et dessinatrice de BD, était présente mercredi dernier au premier cours de Master de Littérature Brésilienne de cette rentrée universitaire, axé sur le thème des «Migrations et déplacements territoriaux».

Au cours de cette rencontre, qui était ouverte au public, Luli Penna a notamment présenté sa BD, ou roman graphique, intitulé «Sem dó», dont l’histoire se déroule à São Paulo, dans les années 1920, au moment des grandes immigrations.

Cette «novela gráfica» fait d’ailleurs partie de la bibliographie proposée dans le cadre du Master car, souligne Leonardo Tonus, «elle permet d’interroger les nouveaux textes littéraires concernant la migration et le drame des réfugiés, une des plus grandes catastrophes humanitaires contemporaines».

Outre cette thématique, «Sem dó» permet d’aborder également une période clé de l’histoire du Brésil, celle qui fait la transition entre la fin de l’esclavage et le début du «modernisme», avec l’arrivée du monde industriel et une forte accélération de la vie urbaine, provoquant un immense déséquilibre social qui caractérise encore aujourd’hui la société brésilienne.

Née à São Paulo en 1965, Luli Penna est diplômée en Lettres. Après une inscription en doctorat elle se tourne vers l’illustration et collabore dans plusieurs journaux, revues et maisons d’édition, avant de revenir à l’écriture et devenir auteure de BD. Plusieurs de ses dessins ont été publiés dans des revues féminines et dans le journal Folha de São Paulo, où elle a créé la série hebdomadaire «Aqui na Esquina».

Accueilli avec beaucoup de succès dans la presse, «Sem dó» (éd. Todavia, 2017) – littéralement «sans pitié» – est l’histoire romantique et tragique de Lola et Sebastião, dans São Paulo des années 1920. Afin de coller au mieux à la réalité de l’époque, l’auteure a conçu ce roman graphique en noir et blanc, sans bulles et un strict minimum de textes, et avec des plans rappelant les films muets du début du XXème siècle.

Initialement, le projet de Luli Penna était de raconter l’arrivée à São Paulo de son grand-père et de sa grand-tante, architectes de renom, d’origine espagnole. Elle a interrompu son script le jour où une de ses cousines lui a raconté l’histoire peu ordinaire de deux de ses grand-tantes, deux sœurs presque anonymes qui vivaient dans un milieu répressif, où le poids des conventions sociales représentait un obstacle infranchissable dans leur vie quotidienne. «J’ai alors eu envie d’écrire sur ces femmes, Lola et Pilar, qui ne voulaient pas se résigner ni se soumettre», affirme Luli Penna.

Dans «Sem dó», São Paulo nous est présentée comme un personnage essentiel, une mégapole qui se développe à un rythme démentiel dans tous les compartiments de la société. Avec, néanmoins, des coutumes et des valeurs de l’intérieur qui persistent, notamment à l’égard des femmes. Lola travaille comme femme de ménage dans une famille bourgeoise de São Paulo, ce qui lui donne une certaine autonomie, mais aussi provoque la jalousie de sa sœur. Un beau jour, sur le chemin de son travail, elle croise le jeune Sebastião, qui vient d’arriver à São Paulo. On ne sait qui il est, d’où il sort, ni ce qu’il fait. On sait qu’il est Noir. Une folle passion naît entre eux. Lola commence à manquer à son travail, elle découvre le cinéma, elle s’intéresse aux nouveautés culturelles (elle reçoit la revue Klaxon, une référence dans le mouvement moderniste brésilien), elle ment à sa famille pour aller voir son amoureux. Son comportement est considéré comme transgressif. Elle ne parvient pas à réaliser ses rêves et ses projets, ni à concrétiser ses désirs. Le drame est alors inévitable.

Se servant magistralement des documents de l’époque (annonces publicitaires, articles, objets divers), reconstituant minutieusement et avec un étonnant réalisme la vie urbaine au début du XXème siècle, et faisant à la fin de sa BD un rapprochement avec une période plus récente de l’histoire du Brésil, Luli Penna nous offre ici non seulement une histoire passionnante, mais en même temps elle nous donne une autre vison de la réalité: un monde en expansion permanente et brutale, qui, – sans pitié -, nous conduit inéluctablement vers une impasse.

 

 

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