Opinion: Hommage au mouvement associatif portugais de France


Chers ami(e)s, chers compatriotes,

Avant tout, je tiens à remercier du fond du cœur celles et ceux qui ont préparé cette soirée magnifique de Folklore portugais avec tant de dévouement et de passion. Obrigada à la Ville de Nancy d’abriter le Festival, merci à Monsieur le Consul du Portugal pour le Grand Est, Luís Brito Câmara, d’être de la fête et obrigada à la quarantaine de bénévoles qui feront des dizaines de kilomètres ce soir pour nous servir à table.

À l’association O povo do Minho de Nancy, à sa Présidente Claúdia Miranda, ma plus grande gratitude, o meu grande obrigada! Quel honneur et quel bonheur de témoigner du passage de relai qui s’accomplit de la première génération d’immigrés à la deuxième puis à la troisième d’une façon aussi créative. Ça y est, tout le monde y revient! À quoi? À puiser dans les racines communes, à sonder l’âme portugaise à travers la culture populaire infiniment riche, par le folklore notamment en revivant les jours de nos grand-parents et parents avant le Salto.

Ce soir, j’aimerais parler d’un trésor trop discret: Vous, le mouvement associatif portugais de France, celui du Grand Est!

Depuis plusieurs décennies, des milliers de femmes et d’hommes, souvent partis de rien, ont bâti – de leurs mains, de leur temps, de leurs économies – un réseau d’associations unique au monde: des cercles culturels, des fanfares et groupes de folklore, des équipes de football, des chorales, des fédérations, des comités de fête. Un réseau qui se régénère d’une nouvelle énergie, d’une nouvelle «main d’œuvre» de plus en plus qualifiée sur le fond et la forme, tant sur l’organisation que sur la qualité des prestations, un réseau fait de descendants et de leurs conjoints et amis français ou d’autres nationalités qui honorent ce que le Portugal a du plus précieux: «o conviver», son modèle «du vivre ensemble», là où en France, celui-ci est si mal en point.

Ces associations ont tenu les familles ensemble, fait vivre et perdurer la langue, transmis les pas de danses, les chants sans qu’ils soient écrits, la musique sans connaître le solfège, la cuisine sans recettes référencées et publiées, la foi aussi «se Deus quiser» si ce n’est en Dieu, en quelque chose qui nous transcende. Celles-ci ont été une belle école de la fraternité, où générosité et solidarité ne sont pas une légende mais un héritage vivant.

Surtout, ce que je veux saluer ce soir, c’est la transmission. Trois, quatre générations désormais se succèdent aujourd’hui dans ces associations. Des enfants et petits-enfants de migrants clandestins dirigent des groupes folkloriques, organisent des «festas», font danser par milliers «nas rusgas» comme on dansait autrefois dans les villages du Minho. Ce n’est pas de la nostalgie – não é «saudade»: c’est une fidélité vivante, réinventée à chaque génération, un lien spirituel au Portugal ancré dans le présent et qui dit beaucoup de l’avenir en commun que nous espérons avec le pays de nos ancêtres.

Ce travail, cet engagement, il faut le dire: il est toujours sacrificiel. C’est du temps pris sur sa vie de famille, ses amis, sur son repos, ses loisirs, sur sa propre tire-lire. Et pourtant, sans ce sacrifice, il n’y aurait pas de Communauté, au sens le plus noble – il y aurait seulement et beaucoup d’individus isolés et dispersés.

Et voilà pourquoi cet exemple est si précieux aujourd’hui. Dans un moment où la France est traversée par l’inquiétude, la colère, parfois la violence, où chacun se replie sur soi, se méfie de l’un et de l’autre, se sépare, il y a une communauté portugaise ouverte à toutes et tous – immigrée, et sa descendance, devenue française pleinement – qui rappelle simplement, par ses actes, ce que veut dire le mot fraternité. S’entraider. Accueillir, toujours. Transmettre. Fêter ensemble. Vivre ensemble: Conviver!

En ce sens, vous êtes, mes ami(e)s, mes compatriotes, une leçon vivante de fraternité. Merci de la donner à notre pays, à la France, à l’Europe et au monde entier où vous vivez aussi.

Bem haja Nancy, Guimarães, Uckange, Talange, Liverdun, Genebra!

Viva a Comunidade portuguesa! Viva Portugal!

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Nathalie de Oliveira

Ex-Deputada na Assembleia da República
Ex-Maire-Adjointe de Metz

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