Joseph Balidar, le Corsaire portugais qui défia la Royal Navy – un aventurier venu de nulle part

L’histoire maritime regorge de figures mystérieuses (lire ICI), mais rares sont celles qui possèdent l’aura romanesque d’Antonio Balidar, Corsaire redouté dans toute la Manche au début du XIXe siècle.

António José Pereira Baladares ou Valadares ou Valadarès est né le 27 août 1782 à Guimarães (Portugal), également connu sous le nom d’Antoine Joseph Preira ou par le nom de guerre Balidar, Corsaire d’origine portugaise mais opérant dans la Manche sous pavillon français pendant les guerres napoléoniennes.

António José Pereira Valadares – nom à la portugaise – était fils de António Pereira et Rosa Joaquina. Il s’est marié le 18 juillet 1810 à Dieppe, à Aimable Rose Démarigny, née à Dieppe le 4 février 1790 et décédée le 6 novembre 1865 à Paris, dans le 3ème arrondissement.

Par le mariage, Antoine Joseph Balidar, reconnaîtra trois enfants nés avant mariage : Stéphanie Balidar, née le 04 mars 1808 à Rouen et Adélaïde Marie Antoinette Balidar baptisée le 24 avril 1808 à Cherbourg, toutes deux décédées au moment du mariage – Stéphanie et Adelaide seraient probablement des jumelles – et Alexandrine Rose Balidar, née le 26 juin 1809. Un quatrième enfant verra le jour le 8 janvier 1813 à Dieppe, Antoine Adolphe Constant Preira, qui deviendra, pus tard, comme son père, Capitaine de bateau.

On sait que le 9 août 1809, Antoine Joseph Balidar acquiert un immeuble à Guillaume Dafresne, tailleur d’habits, au 21 Grande Rue, à Dieppe.

Joseph Balidar a choisi la France comme patrie d’adoption où il a combattu sous les couleurs françaises avec une fidélité absolue.

C’est grâce aux écrits d’Édouard Corbière, marin, écrivain et père du célèbre romancier Tristan Corbière, que nous connaissons aujourd’hui les exploits extraordinaires de cet aventurier des mers. Édouard Corbière consacra plusieurs pages admiratives à celui qu’il considérait comme l’un des plus intrépides corsaires de l’époque napoléonienne.

La raison principale de son engagement au service de la France est expliquée dans le Journal du Havre. Jeune soldat portugais, Joseph Balidar a combattu tout d’abord contre les troupes françaises pendant l’invasion de la péninsule Ibérique. Fait prisonnier, puis conduit en France, il change progressivement de camp.

Joseph Balidar détestait la politique anglaise, qu’il considérait responsable d’une partie des souffrances de son pays, le Portugal. Par désir de combattre les Anglais, il choisit alors de servir à bord des corsaires français de la Manche. C’est dans cette nouvelle carrière maritime qu’il acquiert sa grande réputation.

Ainsi, il devient serviteur de la France, moins par trahison envers son pays, que par opposition aux Anglais et par admiration progressive pour les Français. Joseph Balidar était connu pour sa loyauté et sa générosité : il épargna même un navire ennemi après avoir reconnu un ancien ami français. Édouard Corbière, insiste sur son attachement sincère à la France, qu’il considérait comme une «patrie adoptive», même si celle-ci ne l’adopta jamais officiellement.

Lorsque Joseph Balidar prend, en 1808, le commandement du petit corsaire Le Point du Jour, rien ne laisse imaginer la légende qui va naître. Son bâtiment est minuscule, faiblement armé : un seul canon de deux livres et quelques petits pierriers. Pourtant, entre les mains de Joseph Balidar, ce modeste navire devient rapidement une menace constante pour les navires britanniques.

Le regard qui commandait les hommes

Édouard Corbière dresse un portrait fascinant du corsaire. Joseph Balidar n’était pas un géant. Au contraire, il était plutôt petit de taille, mais son visage et surtout son regard imposent immédiatement le respect.

Ses yeux noirs, extrêmement expressifs, semblaient capables à eux seuls de commander un équipage entier. Édouard Corbière raconte que ses hommes lui obéissaient «à l’œil et au pouce». Le Capitaine lui-même plaisantait parfois en affirmant que ses véritables épaulettes de commandement se trouvaient dans ses yeux.

Contrairement à de nombreux officiers de l’époque, Joseph Balidar ne cherchait pas à afficher un luxe particulier à bord. Il s’habillait comme ses marins : simple gilet rond et large pantalon bleu. Pourtant, personne ne pouvait ignorer qui commandait le navire. Sa présence, son énergie et son autorité naturelle suffisaient.

Cette discipline exceptionnelle joue un rôle essentiel dans les nombreux combats qu’il mène contre des adversaires, souvent bien supérieurs en nombre et en armement.

Le coup d’éclat de Roscoff

Le 15 juillet 1808 marque véritablement le début de la légende Joseph Balidar.

Ce jour-là, Le Point du Jour est mouillé devant Roscoff. Une grande partie de l’équipage se trouve à terre, entre l’île de Batz et le port breton. À bord, Joseph Balidar ne dispose même pas d’une dizaine d’hommes lorsqu’on signale l’approche de deux navires anglais.

Le premier est le Goodrick, une lettre de marque lourdement armée de canons, caronades, pierriers et espingoles. Le second est un brick charbonnier précédemment capturé par les Français puis repris par les Anglais.

Face à une telle supériorité, beaucoup auraient choisi la prudence. Joseph Balidar, lui, décide immédiatement d’attaquer.

Grâce aux avirons du Point du Jour, le petit corsaire s’approche rapidement de ses ennemis sous les regards inquiets des habitants du littoral breton. Toute la population suit les événements depuis la côte.

Joseph Balidar commence par reprendre le brick charbonnier, qui amène rapidement son pavillon britannique après quelques coups de canon. Mais le plus difficile reste à venir : l’affrontement avec le Goodrick.

Le combat est violent. La fumée des tirs recouvre bientôt la mer. Puis les navires disparaissent à l’horizon.

Le lendemain, la nouvelle provoque la stupeur : Joseph Balidar est rentré triomphalement à Saint-Malo avec les deux prises anglaises. Le Goodrick transportait une cargaison précieuse de sucre, café, thé, tabac et vins fins.

La victoire fait immédiatement de Joseph Balidar un héros des côtes bretonnes.

Des funérailles qui marquent toute une ville

Mais cette victoire a aussi un prix humain.

Trois jours après le combat, Roscoff organise les funérailles solennelles d’un marin du Point du Jour tombé durant l’affrontement. Toute la population assiste à la cérémonie religieuse.

Édouard Corbière évoque un moment profondément émouvant : les corsaires de Joseph Balidar suivent le cercueil de leur compagnon dans un silence total, leur chef marchant en tête du cortège. Derrière l’image brutale des hommes de mer apparaît alors une fraternité puissante et un profond respect pour ceux qui tombent au combat.

L’abordage du lougre jersiais

Durant l’hiver 1808-1809, Joseph Balidar prend le commandement d’un nouveau corsaire : L’Embuscade.

À cette époque, un lougre de Jersey bloque les approvisionnements de l’île de Batz. Joseph Balidar décide de mettre fin à cette menace.

Une nuit, il appareille discrètement avec une centaine d’hommes renforcée par des marins recrutés à Roscoff et sur l’île de Batz. Avant de partir, il annonce simplement qu’il va «enlever à l’abordage ce méchant lougre».

Le combat se déroule dans l’obscurité. Depuis la côte, les habitants aperçoivent les éclairs des canons illuminer la nuit.

À l’aube, L’Embuscade revient presque démâtée. Les voiles sont déchirées, les agrès détruits. Le navire anglais, pourtant armé de douze caronades et de deux cents hommes, a été contraint de fuir.

Pendant l’affrontement, Joseph Balidar s’était lancé le premier à l’abordage. Armé de ses pistolets et de la crosse de ses armes, il combat au corps à corps avec une violence impressionnante.

Emporté par la bataille, il ne remarque même pas que les deux navires se sont séparés sous l’effet des vagues. Il se retrouve seul à bord du bâtiment ennemi avant de réussir à rejoindre son propre corsaire à la nage.

Cette scène contribue largement à construire sa réputation quasi légendaire.

L’homme qui commandait même depuis la mer

En 1809, l’armateur dieppois Quenouille aîné, lui confie le commandement du Pourvoyeur, un corsaire plus puissant encore.

C’est à cette époque qu’a lieu l’un des épisodes les plus célèbres de sa carrière.

Alors que le navire appareille dans la baie de Lannion, Joseph Balidar grimpe sur le bastingage pour transmettre ses ordres avec son porte-voix. Soudain, il chute à la mer.

L’équipage croit d’abord assister à une catastrophe. Sauver un homme tombé à l’eau depuis un navire en mouvement est extrêmement difficile.

Mais Joseph Balidar garde son sang-froid. Tout en nageant, il continue à donner calmement ses ordres au porte-voix afin que son équipage réalise la seule manœuvre capable de le sauver.

Quelques minutes plus tard, il remonte à bord et reprend tranquillement sa pipe, comme si rien ne s’était produit.

La victoire contre le John Bull

Quelques mois plus tard, Joseph Balidar réalise un nouvel exploit.

Le bateau de guerre britannique John Bull, armé de dix caronades et escortant plusieurs navires marchands, croise alors dans la Manche. Malgré l’infériorité de ses forces, Joseph Balidar décide une nouvelle fois d’attaquer.

Le combat est terrible. Les bordées anglaises frappent durement le corsaire français, mais Joseph Balidar réussit à approcher suffisamment pour lancer l’abordage.

Ses hommes se ruent sur le pont du navire britannique et capturent finalement le John Bull après avoir infligé quatorze morts à l’équipage ennemi.

Du côté français, un seul marin est tué.

Joseph Balidar s’empare ensuite du convoi marchand avant de rentrer triomphalement à Dieppe.

De corsaire à aventurier des Caraïbes

Grâce à ses nombreuses prises, Joseph Balidar devient riche. Il mène alors une existence fastueuse et flamboyante. Édouard Corbière raconte même qu’il fit remplacer la balustrade de fer du balcon de son hôtel particulier par une balustrade d’argent.

Mais la paix de 1814 met progressivement fin à la guerre de course française. Pour un homme comme Joseph Balidar, habitué au danger et à l’aventure, l’inaction devient impossible.

En 1815, Joseph Balidar affronta des douaniers, les roua de coups et leur vola leurs armes. Condamné à dix ans de prison, il s’enfuit en Amérique centrale, où il prend part à la guerre d’indépendance du Mexique.

Sous pavillon insurgé, il reprend la mer. Pour certains, il demeure corsaire. Pour d’autres, il est désormais devenu pirate.

Des Capitaines français affirment l’avoir rencontré des années plus tard au large du Mexique, continuant à pratiquer la guerre de course là où elle existait encore.

L’un d’eux rapporte un épisode révélateur. Joseph Balidar aurait pu facilement capturer son navire, mais après avoir reconnu un ancien compatriote français, il se serait contenté de lui lancer : «Continue tranquillement ta route. Dis dans ton pays que j’aimerai toute ma vie les Français et la France».

Une légende entre la France et le Portugal

Joseph Balidar disparaît ensuite dans les brumes de l’histoire maritime. Aucun document ne permet aujourd’hui de connaître précisément la date ni le lieu de sa mort.

Mais son souvenir demeure vivant dans les récits des corsaires de l’Empire.

Portugais d’origine, devenu héros des côtes françaises, aventurier des Caraïbes et personnage presque mythique, Joseph Balidar incarne à lui seul toute l’épopée romantique de la guerre de course au début du XIXe siècle.

Son histoire rappelle aussi les liens anciens qui unissent le Portugal et la France à travers les destins d’hommes venus chercher, loin de leur terre natale, une nouvelle patrie et une nouvelle vie.

Une petite maison sur l’île de Batz, autrefois un corps de garde douanier, est aujourd’hui connue sous le nom de Maison du Corsaire, car Joseph Balidar aurait utilisé ce corps de garde comme escale lors de ses campagnes de chasse aux navires anglais pendant la période de la Révolution puis de l’Empire.

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