
Il y a des coïncidences, il y a des anniversaires. Cédric Monteiro est né un 10 juin. Il est né l’année de la Révolution des Œillets, 1974.
Né à Menton, frontière avec l’Italie, Cédric Monteiro incarne un parcours marqué par le travail, la persévérance et l’attachement à ses racines. Fils d’un immigré portugais ayant fui la dictature et la guerre, il a grandi entre les valeurs transmises par sa famille et sa passion pour le football. Après une carrière sportive de haut niveau, il s’est reconverti dans la fonction publique territoriale avant de s’engager dans la vie locale.
Rencontre avec un homme profondément attaché à sa famille, à son territoire et à ses convictions.
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Pouvez-vous nous parler de vos origines familiales ?
Je suis né à Menton le 10 juin 1974. Je suis le fils d’une mère française d’origine italienne et d’un père portugais, né à Folgado, un petit village situé près de Pombal, au Portugal. Mon père a quitté son pays en 1967 pour fuir la dictature et éviter d’être envoyé à la guerre. Il est arrivé en France du côté de Bordeaux avant de rejoindre Menton en 1968 pour participer à la construction de l’autoroute A8, la Provençale. Il a travaillé sur ce chantier majeur qui aboutira notamment à l’ouverture, en 1969, du tronçon à péage reliant Roquebrune à la frontière italienne, première connexion autoroutière internationale payante depuis la France.
Quelle place occupe votre famille aujourd’hui ?
Je suis en couple et père de deux enfants : une fille, Amália, âgée de 24 ans, et un fils de 13 ans, Tiago. La famille est au cœur de ma vie. J’entretiens un lien très fort avec ma famille au Portugal. J’ai passé un nombre incalculable de vacances auprès de mes grands-parents, de mon oncle, de ma tante, de mon cousin et de ma cousine. J’ai également eu la chance de connaître mon arrière-grand-mère, décédée à l’âge de 103 ans. Ces séjours restent parmi les plus beaux souvenirs de mon enfance. J’y ai appris les valeurs qui me définissent encore aujourd’hui : la famille, le travail et le respect. J’appartiens à une génération qui a connu le Portugal d’autrefois et une éducation parfois exigeante, mais qui nous a transmis de solides repères. J’essaie d’y retourner aussi souvent que possible, même si ce n’est jamais assez à mon goût.
Le football a occupé une place importante dans votre parcours. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
J’ai eu la chance de vivre ma passion. J’ai intégré l’AS Monaco, où je suis resté cinq ans. J’y ai disputé trois matchs chez les professionnels avant de poursuivre ma carrière au niveau National 1. J’ai ensuite évolué pendant trois saisons à Mont-de-Marsan, une année à Trélissac, puis six saisons à Angoulême avant de revenir à Menton pour jouer en CFA2. Cette carrière m’a énormément apporté, mais elle a aussi été marquée par des épreuves. J’ai notamment subi trois opérations des ligaments croisés des genoux. Ces blessures m’ont amené à réfléchir très tôt à ma reconversion professionnelle.
Comment avez-vous préparé l’après-football ?
Mon père a joué un rôle déterminant. Avec l’accord de l’AS Monaco, il m’a encouragé à préparer un baccalauréat technique en génie civil, bâtiment et travaux publics. Il me répétait : «Avec ce diplôme, tu assureras ton avenir si le football ne fonctionne pas». Il avait raison. Grâce à cette formation, j’ai pu intégrer l’administration et construire une seconde carrière solide.
Quel a été votre parcours professionnel après le football ?
Je suis revenu vivre à Menton en 2005 et j’ai intégré le Département des Alpes-Maritimes au sein du service des collèges. J’étais chargé de l’entretien, de la maintenance, des travaux neufs et des questions de sécurité de quinze établissements scolaires. J’y suis resté douze ans. Par la suite, le Maire de Cap-d’Ail m’a proposé de rejoindre sa commune comme Chef du service des bâtiments. Aujourd’hui, cela fait quatre ans que j’occupe les fonctions de Directeur des services techniques. Durant ces années, j’ai eu la chance de piloter des projets importants : la construction d’un théâtre, d’une crèche, la réhabilitation d’un groupe scolaire, la rénovation d’un stade de football et, actuellement, le réaménagement d’une plage classée espace remarquable. Ce dernier projet est particulièrement passionnant. Il s’agit d’un lieu exceptionnel, accessible uniquement par la mer ou à pied. Toute la complexité du dossier consiste à préserver au maximum cet environnement naturel méditerranéen tout en le valorisant.
Êtes-vous resté impliqué dans le football après votre carrière de joueur ?
Oui, tout à fait. J’ai été éducateur et entraîneur auprès des jeunes et des seniors pendant sept ans. C’était une façon de transmettre ce que le football m’avait apporté et de rester proche de ce sport qui a tant compté dans ma vie.
Comment êtes-vous venu à l’engagement politique ?
En 2020, on m’a proposé de rejoindre une équipe municipale de la ville de Menton. J’ai été élu dans la majorité jusqu’en 2021, année marquée par le décès du Maire. De nouvelles élections ont ensuite été organisées. À cette époque, deux groupes d’opposition s’étaient réunis : Nouvel Élan pour Menton, dont Sandra Paire était la tête de liste, et le Renouveau Mentonnais, conduit par Louis Sarkozy. Cette union n’a finalement pas perduré et chaque groupe a repris son autonomie. C’est dans ce contexte que je suis devenu Chef de file du Nouvel Élan pour Menton. Pour moi, l’engagement politique est avant tout une manière de participer à l’avenir de sa ville et de défendre une certaine vision du service public.
Alexandra Masson, maire de Menton, est d’extrême droite. Votre engagement politique vous conduit-il à vous opposer fortement à cette force politique ?
Je ne suis affilié à aucun parti politique, ce qui me confère une totale liberté de parole et d’action. Mon seul engagement a toujours été envers ma ville. Le Rassemblement national a toujours accordé une importance symbolique à Menton en raison de sa position de ville frontalière. Les Mentonnais ont fait leur choix démocratiquement, mais nous n’avons pas les mêmes sensibilités ni la même vision de l’avenir de la commune. Mon opposition est avant tout fondée sur des différences de projet, de méthode et de conception de la vie locale. Je souhaite défendre une ville ouverte, attachée à son identité tout en restant tournée vers le dialogue et le vivre-ensemble.
Cet engagement politique est-il lié à vos valeurs familiales ? Votre père d’origine portugaise a-t-il été impliqué dans des associations ?
Oui, mon engagement trouve certainement ses racines dans les valeurs que mes parents m’ont transmises et, par ricochet, dans mes origines. J’ai toujours eu envie de défendre une communauté portugaise souvent discrète, marquée par cette mentalité consistant à ne rien demander et à se débrouiller seule. Je souhaitais contribuer à faire découvrir les valeurs et la culture portugaises dans une logique de partage et d’ouverture aux autres. Je défends également la culture mentonnaise et la qualité de vie que nous avons ici. Menton conserve un esprit de village, avec un certain caractère et une forme de fierté qui me rappellent parfois les Portugais. Mon père a toujours été impliqué dans le tissu associatif, notamment sportif. Par ailleurs, mon grand-père maternel a été Maire d’un village situé au-dessus de Menton pendant plus de quinze ans. L’engagement public fait donc partie de mon histoire familiale.
Parlez-nous des Portugais de Menton.
Mon père a probablement été parmi les premiers Portugais à s’installer durablement à Menton. La proximité de Monaco a constitué un véritable appel d’air pour l’immigration portugaise, notamment en provenance du nord du Portugal, autour de Guimarães et Braga. Aujourd’hui, la communauté portugaise représente environ 3.000 personnes dans le secteur. Elle est particulièrement dynamique et structurée autour d’associations. L’une des plus connues est l’Association folklorique des Portugais de Monaco (AFPM), créée en 1996 sous la Présidence de José da Costa. Son objectif est de rassembler les Portugais autour d’événements culturels et festifs, mais aussi de faire découvrir la culture portugaise au plus grand nombre. Le festival international de folklore portugais, organisé chaque année, illustre parfaitement cet esprit de partage et de transmission.
Participez-vous à des manifestations organisées par la communauté portugaise ?
J’y ai toujours participé, mais davantage comme participant que comme organisateur. J’ai toujours aimé prendre part à ces moments de convivialité qui permettent de maintenir les liens avec nos racines et de faire découvrir notre culture.
Avez-vous appris ou parlez-vous le portugais ?
J’ai appris le portugais principalement lors de mes vacances au Portugal. Je le parle, même si je reconnais qu’il me manque parfois du vocabulaire. Comme ma mère est française, nous parlions uniquement français à la maison. Je pratique donc surtout la langue lorsque je retrouve des amis portugais ou lorsque je me rends au Portugal.
Vos enfants se sentent-ils aussi un peu portugais ?
J’ai essayé de transmettre à mes enfants les mêmes valeurs que celles qui m’ont permis d’avancer dans la vie : le respect, la famille et le travail. Ce sont des valeurs profondément ancrées dans la culture portugaise. Oui, mes enfants sont très fiers de leurs origines. Ma fille porte le prénom d’Amália, en hommage à la grande chanteuse Amália Rodrigues. Mon fils, passionné de football, est naturellement sensible à cette culture sportive portugaise. Il admire comme beaucoup Cristiano Ronaldo. Son parrain est également un ancien joueur du Benfica, Manuel dos Santos. Je crois que c’est avant tout l’éducation qui permet aux enfants de s’approprier et de revendiquer avec fierté leurs origines.
Le prochain Mondial approche. Votre cœur battra-t-il aussi pour le Portugal ?
Vous savez, quand vous êtes en France, vous êtes le Portugais. Et lorsque vous êtes au Portugal, vous êtes le Français. Alors oui, je soutiendrai les deux équipes. En tant qu’ancien footballeur, l’essentiel est de voir ces grandes nations aller le plus loin possible tout en proposant un beau football. La France comme le Portugal possèdent des générations exceptionnelles de joueurs. C’est un privilège de pouvoir admirer autant de talent. Alors, allez la France… et vive le Portugal !
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Du chantier de l’autoroute A8 construit par son père aux projets structurants qu’il conduit aujourd’hui pour les collectivités locales, le parcours de Cédric Monteiro témoigne d’une même volonté : bâtir, transmettre et s’engager. Porté par les valeurs héritées de son histoire familiale, enrichi par une carrière sportive exigeante et animé par le sens du service public, il poursuit son chemin avec la même fidélité à ses racines portugaises et à son territoire mentonnais.






