Né de parents portugais originaires de Trás-os-Montes, Alexandre Fernandes grandi à Toulouse, là où il est né il y a 34 ans, avant de s’installer dans la région parisienne, où il exerce aujourd’hui le métier de comédien, la dernière pièce dans laquelle il a joué étant «Les caprices d Marianne» d’Alfred Musset, au théâtre Le Guichet de Montparnasse.
Entre attachement à ses racines, découverte progressive de son identité culturelle et passion pour le théâtre classique, il évoque son parcours, son rapport au Portugal et sa récente expérience dans la transmission artistique auprès des jeunes générations.
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Alexandre Fernandes, vos deux parents sont d’origine portugaise ?
Oui, des deux côtés de ma famille. Mes parents sont originaires de la région de Trás-os-Montes, plus précisément d’un petit village situé près de Miranda do Douro.
Conservez-vous un lien fort avec le Portugal aujourd’hui ?
Oui, tout à fait. J’y suis allé pratiquement chaque été depuis mon enfance, parfois même en hiver. Cette année sera la première où je ne m’y rendrai pas. Je parle portugais et j’essaie de maintenir ce lien vivant.
Vous avez notamment participé à des rencontres organisées par Cap Magellan. Qu’en retenez-vous ?
J’y ai participé à deux reprises, à Braga, puis à Santa Marta de Penaguião. Ces expériences m’ont permis de rencontrer d’autres jeunes d’origine portugaise et de nouer quelques amitiés. Mais surtout, elles ont provoqué chez moi une réflexion plus profonde sur mon identité. Je me souviens particulièrement d’un moment à Braga. Après une soirée entre participants, je me suis retrouvé seul sur une terrasse à observer la jeunesse portugaise autour de moi. J’ai ressenti quelque chose de très fort. Moi qui ai grandi en France, je me suis toujours identifié à la jeunesse française. Pourtant, en regardant ces jeunes Portugais, j’ai eu l’impression de contempler une part de moi-même que je connaissais mal. J’ai trouvé cela profondément beau.
Votre rapport au Portugal a-t-il toujours été aussi positif ?
Non. Lorsque j’étais enfant, j’avais une relation plus compliquée avec cette partie de mon identité. Pendant longtemps, le Portugal se résumait pour moi au village familial. J’en avais une image assez limitée, parfois même négative. C’est lorsque mes parents m’ont fait découvrir Porto et Lisboa que j’ai pris conscience de la richesse culturelle du pays. Plus tard, au lycée, j’ai commencé à apprendre le portugais. À partir de 17 ou 18 ans, mon regard a changé. Je suis passé d’une logique de comparaison à une logique d’union et d’affection envers cet héritage.
Pensez-vous que cette double culture a influencé votre personnalité ou votre travail artistique ?
Oui, je le crois. Elle influence ma manière d’être avec les autres et ma façon de percevoir le monde. Il y a dans la culture portugaise une forme de mélancolie particulière, quelque chose de joyeusement triste ou de tristement joyeux. Cette sensibilité me nourrit certainement dans mon travail d’artiste.
Quel a été votre parcours scolaire avant de devenir comédien ?
Je n’étais pas un excellent élève, même si j’ai obtenu un baccalauréat littéraire. Mes deux parents sont enseignants. Après le bac, j’ai suivi une licence de lettres modernes, puis une licence d’études théâtrales. Je me suis rendu compte que ce qui me passionnait dans la littérature, c’était avant tout le rapport aux mots. J’avais besoin de m’exprimer. Le théâtre s’est alors imposé naturellement.
D’où vous vient cette passion pour la scène ?
Je crois qu’elle vient en grande partie des femmes de ma famille : ma mère, mes tantes, mes grand-mères. Elles avaient une façon extraordinaire de raconter des histoires et de faire vivre les récits. Cette tradition orale a probablement joué un rôle important. Dans les familles portugaises, notamment celles marquées par les générations ayant connu la dictature et l’analphabétisme, la transmission passait beaucoup par la parole. Je pense que c’est là que se trouve une partie de mon héritage théâtral.

Vous avez ensuite intégré les cours Jean-Laurent Cochet, à Paris. Pourquoi ce choix ?
Parce que cette école accordait une place centrale aux textes et à la littérature. C’était exactement ce que je recherchais. J’y ai étudié pendant trois ans et j’ai eu la chance d’avoir Jean-Laurent Cochet comme professeur durant ma première année. Cette formation m’a apporté des bases solides, notamment à travers l’étude des grands auteurs classiques : Molière, La Fontaine, Baudelaire, Rimbaud… C’était extrêmement formateur.
À quel moment vous êtes-vous considéré comme comédien professionnel ?
Pendant longtemps, j’ai eu du mal à me sentir légitime. Pour moi, tant que je ne vivais pas financièrement de ce métier, je ne pouvais pas me définir comme comédien. C’est à partir de 2018-2019, lorsque j’ai commencé à être rémunéré pour mon travail artistique, que j’ai assumé pleinement cette identité professionnelle.
Vous êtes plutôt attiré par le théâtre classique ?
Oui, clairement. J’aime beaucoup le répertoire classique. Récemment, j’ai joué dans «Les Caprices de Marianne» de Musset, ainsi qu’une adaptation de «Dr Jekyll et Mr Hyde». Mais j’essaie également de découvrir des auteurs plus contemporains, comme Jean-Luc Lagarce.
Y a-t-il des rôles dont vous rêvez ?
Deux principalement : Hamlet et Cyrano de Bergerac. Même si je suis encore jeune pour certains aspects du rôle de Cyrano, je trouve que c’est un personnage absolument fascinant.
Vous enseignez également le théâtre aujourd’hui. Qu’est-ce que cette expérience vous apporte ?
C’est probablement la grande découverte de cette année : le plaisir de transmettre. J’interviens auprès d’adolescents et de collégiens. J’ai notamment travaillé avec des élèves de cinquième dans un collège de Gennevilliers autour de textes de Molière. Beaucoup de ces jeunes ont un rapport parfois complexe à la langue française. Pourtant, nous avons assisté à de véritables révélations. Voir ces élèves s’approprier les textes et prendre confiance est une expérience extraordinaire. Finalement, je retrouve un peu le métier de mes parents, mais à travers ma propre passion.
Cette expérience pédagogique influence-t-elle votre travail de comédien ?
Je pense que oui. En observant mes élèves, je prends conscience de certaines difficultés ou de certains mécanismes que l’on retrouve aussi chez les acteurs. Cela m’aide à clarifier ma propre pratique, même si je continue encore à explorer cet aspect.
Vous pratiquez également la musique. Quel rôle joue-t-elle dans votre parcours ?
J’ai étudié la clarinette pendant de nombreuses années et je joue également de la guitare. Cependant, aujourd’hui, je me considère avant tout comme un comédien qui utilise la musique lorsque cela sert le spectacle. Par exemple, dans «Les Caprices de Marianne», mon personnage, Coelio, jouait de la guitare. Dans certains spectacles jeune public, la clarinette m’a également permis d’interagir différemment avec les enfants. La musique reste un outil précieux au service du théâtre, toutefois je ne me considère pas comme musicien, mais plutôt comme un comédien qui peut faire de la musique.
À Paris, plusieurs portugais dirigent des théâtres, le Festival d’Avignon est dirigé par un portugais. Cela vous dit d’un jour aller à Avignon ?
Évidemment que j’aimerais y aller un jour en tant que comédien.
Des projets au niveau du théâtre ?
Oui. On se prépare pour jouer l’année prochaine la pièce «Vie et mort» de Per Paolo Pasolini.
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Entre ses racines portugaises, son amour des mots et sa passion pour la scène, Alexandre Fernandes construit un parcours artistique profondément nourri par la transmission. Comédien, pédagogue et amoureux du théâtre classique, il revendique aujourd’hui pleinement cette double appartenance culturelle qui façonne son regard sur le monde et enrichit son travail. Une trajectoire où l’art devient autant un moyen d’expression qu’un pont entre les générations et les cultures.







