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Cultura

 

Nous avons connu dans un passé récent des soirées ‘Cantar Amália’. Le concept: des vedettes du fado viennent du Portugal et chantent des fados du répertoire d’Amália Rodrigues. A Paris, on y ajoutait une chanteuse ‘locale’ (Cláudia Costa, Mónica Cunha, Tereza Carvalho). Cette fois, le concept était repris (sans cette fois d’invitée locale) et légèrement modifié: ce n’était pas seulement ‘Cantar Amália’ mais plus globalement ‘Amar Amália’.

On va voir comment ça s’est passé, devant un public conquis d’avance, car la magie d’Amália fonctionne encore.

 

Le plateau proposé avait une allure certaine. Trois figures reconnues dans le panorama fadiste: Sara Correia, Marco Rodrigues, déjà entendus à Paris voici quelques mois, et Cuca Roseta. Un grand nom de la chanson portugaise, qui s’adonna parfois au fado dans sa longue et riche carrière: Paulo de Carvalho. Et une vedette de la chanson, populaire au Portugal, mais inconnue dans le domaine du fado, Aurea, qu’on aurait plutôt attendue dans une soirée ‘Amar Céline Dion’.

Tous auront déclaré leur flamme à la mémoire d’Amália, tous auront chanté Amália, qui expliqua franchement que si son admiration pour Amália était immense, il n’eut jamais l’occasion d’écrire ou composer pour Amália, ni de chanter son répertoire.

Quatre chansons chacun, accompagnés par le trio habituel de guitares (soulignons l’excellent Sandro Costa à la guitare portugaise et le placide Marino de Freitas à la viola baixa), plus un claviériste, un batteur, et, pour Aurea, un musicien maniant un synthétiseur et une guitare électrique.

 

Sara Correia ouvre la soirée. En force, avec quatre titres chantés par Amália, dont trois au moins emblématiques: ‘Amor marinheiro’, ‘Estranha forma de vida’ et ‘Maria Lisboa’, le quatrième moins connu, ‘Só à noitinha’. Sara Correia a choisi de mettre en valeur sa puissance vocale, au détriment peut-être de sa capacité de fluidifier et sensibiliser son chant. Mais le public adore, et le plus important n’est-il pas d’apporter du bonheur?

Marco Rodrigues lui succède, dynamique comme toujours, avec un premier titre un peu beaucoup «ta ta boum boum boum» sans grand intérêt mais qui chauffe l’ambiance, puis deux fados dont un ‘menor do Porto’ de bonne facture, et pour finir un ‘Senhor fado’ qui ravira les amateurs de taper dans les mains. Marco Rodrigues a fait le job, et c’est le principal.

C’est Aurea, blonde, forcément blonde, qui lui succède et va reprendre, elle aussi, des succès d’Amália. ‘Come que voz’, d’abord, dont les accompagnements soulignés par le clavier et le synthétiseur ne favorisent pas la profondeur fadiste du poème, puis ‘Solidão’. Accompagnée par la seule guitare électrique, Aurea nous en présente une version très sensible, certes beaucoup plus ‘cabaret’ que fado, mais très touchante, et en symbiose avec une guitare elle aussi inspirée. Un joli moment. ‘Barco negro’ suivra, poème tragique transformé en une sorte de samba joyeuse. On veut bien que la musique originale vienne du Brésil (écrite par le sambiste Caco Velho), mais même le poème original brésilien (‘Mãe preta’, censuré à l’époque au Portugal) n’avait rien de particulièrement festif. Contresens donc, mais il y a du rythme, et ça passe. Et enfin un ‘Que perfeito coração’ manquant de garra, mais Aurea, belle voix cela dit, n’est pas accoutumée aux aspérités fadistes. Merci en tout cas pour son ‘Solidão’, et pour son sourire.

Cuca Roseta, jeune quadra, fait partie de ces fadistes qui ont ajouté à leurs qualités vocales la mise en valeur de leurs avantages plastiques. Il n’est pas si loin le temps où notre regrettée et si talentueuse consoeur au sein de notre rédaction Maria Fernanda Pinto s’offusquait de voir Ana Moura se présentant sur scène nombril à l’air. Depuis, les robes ultracourtes de Gisela João, les robes hypermoulantes de Mariza et le fait que les trois fadistes féminines de la soirée, et donc Cuca Roseta aussi, aient suivi la voie tracée par Ana Moura, et abandonné, comme tant d’autres, le xaile traditionnel, sont des signes que le monde change, et c’est parfois tant mieux.

Cuca Roseta fut repérée au début de sa carrière par le guitariste Mário Pacheco, Directeur du ‘Clube do fado’, l’une des plus prestigieuses maisons de fado de Lisboa. Comme le fut à la fin de sa vie Amália Rodrigues, et aujourd’hui la grande et trop méconnue ici Aldina Duarte, et maintenant aussi Carminho ou Duarte, Cuca Roseta, en plus de ses talents d’interprète, est une parolière de talent, talent qu’elle a mis en sourdine pour mieux célébrer lors de cette soirée Amália Rodrigues. Elle nous offrit une superbe ‘Rua do Capelão’, digne, quoique personnelle, de celle de la reine Amália. Rappelons que ‘A rua do Capelão’ ne fut pas créée par Amália, mais fut la chanson du premier film parlant du cinéma portugais (1931), interprétée par une fadiste bien oubliée, Dina Tereza. Rendons à César…

Suivirent un ‘Tiroliroliro’ oubliable, sauf pour le gang de tapeurs dans les mains, une version en français et quasi sans accent (chapeau) de ‘La vie en rose’, qu’Amália chanta aussi, et un ‘Foi Deus’ de haute volée: c’est que Cuca Roseta est une sacrée fadiste, nombril ou pas.

Il revint à Paulo de Carvalho, légende de la chanson portugaise, de clore la soirée. ‘Os meninos de Huambo’, ce bel hymne à la liberté, chanté a capela et repris par la salle, commença son intervention; beau moment d’émotion. S’il n’eut pas l’occasion de collaborer avec Amália, il travailla avec l’un de ses poètes préférés, José Carlos Ary dos Santos. Ils offrirent à Carlos do Carmo plusieurs de ses succès, dont ‘O Cacilheiro’, repris ce soir-là dans une ébouriffante version jazzy, pas fado certes, mais si proche de l’esprit: un grand moment encore. Moins réussie sa version de ‘Lisboa menina e moça’, en rock, un peu mou, faisant perdre à cette musique la légèreté que la version fado lui donnait. Qu’importe, le public salua un long moment la troupe, continua à applaudir plus longuement encore en espérant son retour, qui n’advint pas. Mais il avait passé un sacré bon moment.

 

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