

Les cérémonies commémoratives du 108ᵉ anniversaire de la Bataille de La Lys se sont déroulées le week-end dernier, en présence du Ministre portugais de la Défense, Nuno Melo, et de la Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées, Alice Rufo, ainsi que de nombreuses autres personnalités civiles et militaires.
Nous publions ci-après le discours prononcé dimanche matin par François-Xavier Lauch, Préfet du Pas-de-Calais, devant le premier monument construit après la fin de la I Guerre mondiale en l’honneur du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP).
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«C’est évidemment avec gravité et émotion que nous nous réunissons ici à Ambleteuse pour ce 108ᵉ anniversaire de la Bataille de la Lys. La Ministre chargée des Armées françaises était à Richebourg hier ; nous étions ce matin à Boulogne-sur-Mer, trois lieux symboliques pour cette Bataille de la Lys, survenue dans les premiers jours d’avril de l’année 1918, dans ce contexte tragique de la I Guerre mondiale.
Vous le savez, sur ces terres du nord de la France et de la Belgique, des milliers de soldats portugais, 55.000, ont écrit l’un des chapitres les plus héroïques et les plus douloureux de l’histoire européenne.
Ils sont venus d’ailleurs, engagés au cœur d’un conflit d’une violence inouïe. Ils ont fait preuve d’un courage et d’un sens du devoir exemplaires aux côtés des combattants alliés. Ce front occidental, que le Pas-de-Calais représente en partie, était alors un immense champ de ruines où chaque mètre de terrain conquis ou défendu se payait au prix du sang.
Vous le savez aussi, en ce début du mois d’avril 1918, l’armée allemande lança une offensive majeure, sans doute l’une de ses dernières, alors que les Alliés se renforçaient, dans le but de rompre leurs lignes et d’atteindre les ports stratégiques de la Manche, où s’opéraient les débarquements de troupes.
C’est face à cette attaque d’une brutalité extrême que les forces alliées et les soldats portugais opposèrent une résistance déterminée. Parmi elles, les 1ʳᵉ et 2ᵉ divisions d’infanterie portugaise, placées sous le commandement du général Gomes da Costa, furent engagées en première ligne dans un secteur particulièrement exposé, choisi d’ailleurs par les troupes allemandes comme un prétendu point de faiblesse.
Ces hommes étaient venus de toutes les régions du Portugal. Ils portaient en eux l’espoir d’une paix sans doute prochaine, la conviction de défendre des valeurs universelles sur lesquelles nous sommes invités à réfléchir aujourd’hui : la liberté, la paix, la dignité humaine, la solidarité entre les peuples et cette idée européenne encore balbutiante.
Le 9 avril 1918, alors qu’ils étaient depuis plusieurs mois sur ces lignes – vraisemblablement bien plus longtemps que d’autres troupes alliées en première ligne – ils furent surpris par l’ampleur de l’offensive, alors qu’ils étaient déjà très éprouvés dans un climat qui ne ressemblait en rien à celui de leur pays d’origine.
Ils ont tenu dans des conditions extrêmes, sous la pluie, dans la boue, sous les bombardements incessants, les attaques au gaz, ces orages d’acier. Ils opposèrent une résistance farouche. Leur sacrifice permit de ralentir la progression ennemie et de protéger des positions stratégiques essentielles : les ports de Dunkerque, de Calais et de Boulogne.
Les bilans furent lourds, tragiquement lourds. Plus de 7.000 soldats portugais – chiffre que nous retenons usuellement – furent tués, blessés ou portés disparus en quelques semaines. Mais pour l’Europe, ce fut une démonstration éclatante de courage et de fidélité à une cause déjà commune.
Certains noms, que j’ai cités tout à l’heure à Boulogne-sur-Mer, demeurent aujourd’hui encore comme les symboles de cet engagement de la nation portugaise. Des officiers, des soldats, connus ou anonymes, qui ont fait le choix du devoir au péril de leur vie.
Ici, à Ambleteuse, loin de la ligne de front, nous sommes au cœur de la mémoire, Monsieur le Maire, car c’est ici que les blessés furent accueillis et soignés, dans cet hôpital de la Croix-Rouge portugaise.
Vous l’évoquiez, Monsieur le vice-Président de la Croix Rouge : ils y reçurent les soins et l’attention des infirmières volontaires, des personnels soignants, des membres de la Croix-Rouge, mais aussi des habitants d’Ambleteuse, qui ont incarné une autre forme de courage : celui de sauver, de soulager et d’accompagner.
La présence, en 1917, du Président Bernardino Machado témoigne de l’importance de ce lieu, devenu symbole de fraternité entre nos peuples.
Ce monument est également le symbole de cette fraternité, ce beau mot qui fait partie de notre devise républicaine. Et ce qui est remarquable, ce que nous ressentons aujourd’hui, c’est que cette solidarité, plus d’un siècle après, ne s’est pas éteinte, bien au contraire.
Avec les commémorations du centenaire, elle s’est renforcée dans ce département. Nous en parlions avec Monsieur le Consul Honoraire tout à l’heure. La Croix-Rouge portugaise, vous le savez, a poursuivi son action auprès des populations locales une fois la guerre terminée, notamment lors de l’épreuve de la grippe espagnole, ici même, sur ce terrain derrière nous.
En reconnaissance, le mémorial, à ma droite, fut érigé juste après la guerre. Il rappelle à jamais, gravé dans cette pierre, le lien indéfectible entre le Portugal et cette terre du Boulonnais.

Ce monument, lorsque vous l’observez, est sobre, digne, mais il nous parle encore aujourd’hui. Il nous rappelle que, dans les heures les plus sombres, les nations peuvent et doivent se rassembler, s’entraider, faire prévaloir l’humanité sur la barbarie, la paix sur la guerre.
Se souvenir de la Bataille de la Lys, de ce qu’il s’est passé à Boulogne-sur-Mer, de ce qu’il s’est passé ici à Ambleteuse, ce n’est pas seulement honorer les morts – même si nous le faisons évidemment aujourd’hui – c’est aussi comprendre le prix de la paix.
Je m’adresse ici aux jeunes présents : comprendre le prix de la paix, c’est mesurer ce que nous devons à ces soldats portugais. C’est aussi comprendre la fragilité des équilibres du monde et la responsabilité qui est la nôtre de transmettre cette mémoire aux générations futures.
Le sacrifice des soldats portugais nous engage. Leur mémoire nous oblige.
Et en ce jour de recueillement, la République française rend hommage à ces soldats tombés pour la liberté – pour notre liberté. Elle réaffirme son attachement indéfectible à la paix, à l’amitié entre les peuples, aux valeurs qui fondent notre destin commun et à l’ambition européenne.
Vive la mémoire des combattants de la Lys, vive la mémoire des sauveteurs d’Ambleteuse, vive l’amitié franco-portugaise, vive le Portugal et vive la France.






