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Haut lieu de l’histoire de France, la Basilique de Saint Denis accueilli, ce 22 juin, un concert «Fado aujourd’hui» avec deux grandes stars du genre, Ana Moura et António Zambujo. Deux stars qui n’ont pas craint, ces dernières années, de s’affranchir des règles du fado traditionnel, et même, souvent, du fado lui-même. Ce que confirmera le concert de Saint Denis.

Sur la scène, à gauche (côté jardin pour les théâtreux), la «bande à Zambujo», quatre musiciens emmenés, à la guitare portugaise, par Bernardo Couto. A droite (côté cour), la «bande à Moura», cinq musiciens, conduits par Angelo Freire, l’un des «monstres» de la guitare portugaise. Au centre, les deux vedettes. En arrière-plan, l’Orchestre National de Bretagne, surplombé par sa chef, Fiona Monbet, qui est aussi violoniste virtuose, aussi à l’aise dans la musique classique que dans le jazz, ce qui est rare.

Le fado avec un orchestre «classique», ce n’est pas fréquent, mais pas non plus nouveau. Plusieurs grands noms du fado s’y sont essayés. Le résultat fournissait une qualité musicale très convenable, mais ne produisit jamais de moment fort dans l’histoire du fado. D’une façon générale, le fado avec un grand orchestre, qui connut une certaine mode au Portugal dans les années 40/50, dans la lignée des fados chantés dans les théâtres ou dans les émissions radiophoniques, n’a pas engendré de chefs d’œuvre. Les enregistrements qui nous restent de grandes stars du fado, Amália Rodrigues, Carlos Ramos et quelques autres, permettent de comparer leurs versions avec grands orchestres et avec les seules guitares du fado. Le résultat est généralement sans appel: la chanteuse, ou le chanteur, se sent beaucoup plus libre, son inspiration plus forte.

Le concert de Saint Denis s’est inscrit, en partie dans ce cadre général. En partie seulement, car tant António Zambujo qu’Ana Moura ont inclus dans le programme, chacun, quatre chansons avec leurs seuls musiciens (dont un, pour Zambujo, en solo, un autre avec le violon délicat de Fiona Monbet), plus un duo Zambujo-Moura sur lequel nous reviendrons. A l’applaudimètre, ce furent d’ailleurs ces moments qui eurent le plus de succès. C’est probablement injuste pour l’Orchestre de Bretagne, qui produisit une jolie prestation, et l’on percevait le bonheur de ses musiciens qui échappaient ce soir-là au répertoire classique dont ils sont familiers. Je retiens pour ma part notamment cette chanson d’Ana Moura, jazzy, rappelant l’ambiance Sinatra de la grande époque. En fermant les yeux, on oubliait le cadre religieux, sublime bien sur, de la basilique, et l’on se croyait dans un film américain des années 40, dans ces luxueux cabarets hollywoodiens où un grand orchestre accompagnait Judy Garland ou Sinatra tandis que Humphrey Bogart et Lauren Bacall rejoignaient James Cagney dans la salle). Merci à Ana Moura et Fiona Monbet pour ce moment.

Ana Moura et António Zambujo avaient choisi des succès de leurs répertoires (entre autres ‘Sou do fado’, ‘Desfado’, ‘Dia de folga’ pour Ana, ‘Amapola’, ‘Amor de antigamente’ pour António). Peu de fados traditionnels, mais retenons notamment l’impeccable ‘Fado cravo’ d’Ana qui clôtura le concert. Et, juste avant, ce duo que nous évoquions précédemment, où Ana et António se partagèrent ‘Flagrante’, pilier du répertoire «zambujenho», dont les paroles dues à la très espiègle Maria do Rosário Pedreira, racontent de lestes galipettes, peu courantes dans un lieu aussi austère qu’une basilique. Jolie pirouette.

Au final, une belle soirée, très «pro», avec de grands artistes. Un seul regret: la portion congrue laissée à des guitaristes de la classe de Bernardo Couto et Ângelo Freire, souvent peu audibles lorsque le grand orchestre entre en scène.

 

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