
À l’occasion des cérémonies de la Bataille de la Lys rendant hommage aux soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) des 18 et 19 avril, nous avons rencontré, à Ambleteuse, l’Ambassadeur du Portugal en France, Francisco Ribeiro de Menezes.
Entre mémoire familiale et responsabilité diplomatique, l’Ambassadeur partage un témoignage à la fois intime et engagé sur l’importance de ces moments de recueillement et de coopération entre les nations.
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Votre grand-père a combattu dans les Flandres et a été fait prisonnier le 9 avril 1918 avant d’être envoyé en Allemagne. Je crois que c’est la première fois que vous venez ici. Quels sont vos sentiments après ces deux jours de commémorations ?
C’est en effet une question à la fois très personnelle et très professionnelle. En tant qu’Ambassadeur du Portugal, j’ai l’honneur et la joie d’être en France. Je ressens profondément la proximité entre nos territoires et les villes de cette région. Le Portugal a laissé une empreinte importante ici, à travers ses hommes et leur histoire. De nombreuses familles ont des racines dans ces lieux. Les liens d’amitié, de solidarité et de coopération entre nos deux pays sont très forts. Sur un plan personnel, il est impossible de ne pas se souvenir, comme nous l’avons fait ces deux derniers jours. Comme moi, beaucoup de familles au Portugal ont des ancêtres qui ont combattu ici, des traces de leur histoire familiale sont gravées dans ces lieux. Ni moi, ni mon frère, Filipe, avons connu notre grand-père. Nous n’avons pas été témoins directs de son histoire, toutefois je ne peux m’empêcher de penser que si mon grand-père en venant faire la guerre et n’ayant pas survécu je ne serais pas né. Il y a donc une dimension profondément personnelle dans ces journées de commémoration.
Est-il important de continuer à parler de l’histoire, de parler de la guerre ?
Je n’ai aucun doute à ce sujet, et pour plusieurs raisons. La première est évidente : elle tient à la qualité exceptionnelle des relations entre la France et le Portugal. Ces rencontres et ces nombreuses commémorations, avec une forte participation des institutions françaises, en sont la preuve. Ensuite, il ne faut jamais oublier ce qu’est la guerre. La guerre tue, elle tue des soldats, comme nous l’avons vu ici, mais aussi des civils. La mémoire de ces événements et sa préservation, doivent servir à rappeler à l’humanité, c’est-à-dire à chacun d’entre nous, la nécessité de réfléchir avant de s’engager dans des conflits aux conséquences incertaines. Dans ce sens, au-delà d’être un lieu de rencontre, ces commémorations sont aussi un véritable hymne à la paix. Et c’est cela qui est essentiel.
Dans vos fonctions d’Ambassadeur, ce type d’événement contribue-t-il à développer de nouvelles relations et coopérations ?
Sans aucun doute. À mesure que je parcours la France et que je découvre ces témoignages, nous élargissons les espaces de coopération. Cela concerne non seulement la mémoire historique et la connaissance mutuelle de nos histoires, mais aussi ce que nous pouvons construire ensemble pour l’avenir.
Ces échanges se développent également entre institutions académiques, centres de recherche, et même dans le domaine de l’édition. Il existe un réel intérêt à publier et partager les travaux produits dans chacun de nos pays, notamment sur la Première Guerre mondiale.
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Cet entretien met en lumière combien la mémoire historique peut être à la fois un vecteur d’émotion personnelle et un levier de coopération internationale. Entre hommage aux générations passées et engagement pour un avenir pacifique, ces commémorations rappellent l’importance de transmettre, comprendre et construire ensemble. Comme le souligne l’ambassadeur, on en ressort «avec un sourire et un cœur fort».






