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Dans ce temple de la musique classique, les abonnés de la Salle Gaveau présents dans la salle ont du être étonnés en entendant, en introduction au concert, une minute de chants de l’Alentejo enregistrés sur place, dans les champs, par Michel Giacometti (1), à qui Duarte voulait rendre hommage.

Et nous, qui avons suivi les prestations de Duarte en France, sommes étonnés de le voir apparaître en costume élégant, fato janota, couleur d’automne, et chevelure plaquée sur la tête au lieu de l’abondance capillaire que nous connaissons. Concession au chic bon genre de la salle? Cela changeait en tout cas du court manteau alentejano ou du gilet habituel.

Mais nous retrouverons le gilet bien vite lors du concert.

Nous appréhendions aussi l’adéquation de l’univers de Duarte, qui exige une forte communication, une complicité avec son public, aux mille places de la belle et austère Salle Gaveau. Nous avions tort de nous inquiéter: il ne fallut à Duarte que quelques fados pour obtenir cette communication, et, au final, la salle entière fut conquise: rappel il y eut, et quel rappel! Là où beaucoup de ses collègues concèdent un, voire deux fados supplémentaires, Duarte en offrit quatre, à la grande satisfaction du public, dont “Estranha forma de vida”, en hommage à Amália.

Avant, des temps forts, il y en eut aussi, un fado en partie a capella où Duarte fait le tour de la salle, chantant sans micro, aidé en cela par la parfaite acoustique de la salle, un poème de son cru (comme beaucoup d’autres dans la soirée) sur la musique du fado CUF d’Alfredo Marceneiro, où Duarte, dans son propre style vocal, recrée avec bonheur le fameux «dividir» du vieux maître et certaines de ses inflexions, le quart d’heure «alentejano» (mon voisin João Rufino, ambassadeur du cante alentejano à Paris, aux anges, y participa depuis sa place), des quadras signées Fernando Pessoa, un fado pechincha (Covers) qui fustige les caricatures de fado qu’on entend parfois, un poème de Duarte en hommage à Rimbaud, entre autres belles choses entendues dans la soirée. Et toujours ce souci de relier intimement tradition et modernité, marque de fabrique de Duarte.

Il serait fort injuste de ne pas associer les musiciens à la réussite de la soirée. D’autant que Duarte leur fait une part qui va au-delà de ce que concèdent beaucoup d’autres fadistes: non seulement il y a le traditionnel morceau purement instrumental, de très belle tenue et longuement salué par le public, mais dans plusieurs fados au cours de la soirée, les musiciens sont invités à prendre des soli entre les couplets chantés. Pedro Amendoeira à la guitare portugaise et Carlos Menezes à la guitare basse sont des valeurs sures bien installées dans le monde fadiste. João Filipe, à la viola, est plus jeune (et joli garçon, m’ont confié deux dames séduites) mais comme dit l’autre «aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années». Trois virtuoses qui s’entendent comme larrons en foire, ce n’est pas si fréquent.

«Etoile montante du fado», est-il écrit dans le programme de la soirée à propos de Duarte. Nous ne serions pas étonnés si la pleine réussite du concert Salle Gaveau constituait un pas de plus dans cette montée. Et si vous avez raté le coche, vous pouvez maintenant en trouver un reflet fidèle, puisque son nouveau cd, «Só a cantar», est disponible en France.

(1) Michel Giacometti (1929-1990), ethno-musicographe français, s’installe au Portugal en 1959 et se consacre pendant 30 années à la collecte et à l’analyse des musiques rurales portugaises. Un travail considérable, recueilli en grande partie dans le musée qui porte son nom, à Setubal.

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