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Fado: Le triomphe d’Ana Moura au Grand Rex

Dyam / Rui Antunes Dyam / Rui Antunes Dyam / Rui Antunes Dyam / Rui Antunes Dyam / Rui Antunes

Le Grand Rex (2.800 places) affichait complet plusieurs jours à l’avance pour accueillir ce 1er février Ana Moura. Rare affluence pour une artiste étiquetée «fado», emplissant une salle vite conquise par la belle Ana.

Car Ana Moura est une très belle dame. Ça aide, mais ne suffit pas. Ana Moura a une voix unique, ce qui est le plus important. Elle est entourée d’excellents musiciens, entraînés par ce jeune «monstre» de la guitarra qu’est Ângelo Freire. Et présente un récital concocté pour satisfaire tous les goûts, depuis le club des frappeurs dans les mains, très présents et qui empêchent parfois de pleinement savourer les subtils et brillants accompagnements de la guitare d’Ângelo Freire, jusqu’aux plus exigeants amateurs de fado castiço, même si ceux-ci estiment toujours que dans le fado d’aujourd’hui, il n’y en a jamais assez.

Les amoureux de «world music» y trouvent aussi leur compte, et même les fervents de la chanson française, puisque Ana Moura entame son concert par «La vie en rose», en français et sans accent, une performance pour une non-francophone. Une belle version, cela dit, très cabaret, de cette «Vie en rose», musicalement plus proche, parmi celles enregistrées naguère, de Marlène Dietrich ou même Louis Armstrong que d’Edith Piaf ou Amália Rodrigues.

La, donc, très belle Ana Moura, paraît sur scène dans une longue robe au dentelles noires, qu’elle troquera plus tard pour un lamé rouge, jupe fendue façon vamp hollywoodienne, dont l’écrivain humoriste P.G. Wodehouse aurait probablement estimé qu’«elles soulignaient plus qu’elles ne cachaient» la fluidité de sa silhouette. Fluidité qu’elle soulignera par une science consommée de la scène et du mouvement, nous rappelant ces vers du célèbre poème «Le conte de l’île»:

«Elle chaloupe, elle ondule, telle un frêle esquif

Envoutée par les vents, effaçant les récifs».

La voix, surtout, ce voile si rare dans le fado qui rappelle, en plus apaisé, celui de Billie Holiday dans le jazz ou d’Elza Soares dans le samba. Une voix qui fait entrer Ana Moura dans le club très fermé de celles qu’on reconnaît immédiatement. Il y eut naguère Amália, bien sur (dont on retrouve aujourd’hui la puissance chez Mariza ou Katia Guerreiro), Ercília Costa (dont la cristallinité est présente chez Cristina Branco), Maria Tereza de Noronha, la limpidité, Herminia Silva, la fantaisie, plus près de nous Mísia (dont l’âpreté caractérise aussi Carminho), quelques autres sans doute. Et le voile mystérieux et sensuel d’Ana Moura. Pas étonnant d’ailleurs si Mísia, la pionnière de ce qu’on nomme parfois, peut-être exagérément, le «nouveau fado» cite spontanément Ana et Carminho si on lui demande qui sont ses cadettes en fado préférées. Elle y ajoute Ricardo Ribeiro «car il n’y a pas que les femmes qui chantent le fado!»

Les musiciens (les mêmes qu’à Créteil en octobre) sont au top: Ângelo Freire en tête, les autres guitaristes, Pedro Soares et André Moreira (basse), João Gomes (claviers) et Mário Costa (batterie). Même si on peut toujours s’interroger sur l’utilité de la présence des claviers dans les concerts d’Ana Moura. Et les arrangements au cordeau. Même si celui de la version de l’un des deux ou trois fados issus du répertoire d’Amália, chanté par Ana avec l’âpreté qui convenait, fut envahi par une guimauve de clavier: on passait alors d’un chant d’amour blessé à une bluette musicale. Dommage, tout le reste est quasi parfait.

Le répertoire, éclectique donc, avec plusieurs thèmes de son dernier album (les très allègres «Dias de folga» ou «Fado dançado», le superbe «Moura encantada», sur le «Fado cravo» d’Alfredo Marceneiro, «Ninharia» sur le «Fado Carlos da Maia», superbement chanté aussi malgré les claviers, «Tens os olhos de Deus», de Pedro Abrunhosa, genre slow de l’été…), des succès plus anciens («Desfado» dans le genre allègre, «Os meus olhos são dois círios», sur la musique du «Fado menor», un bijou d’interprétation, l’inévitable «Vou dar de beber à dor», qui déclencha, comme tous les fados allègres, le très vif enthousiasme du club des frappeurs dans les mains. Et en rappel, le tout aussi inévitable «Sou do fado», qui fit beaucoup pour lancer la carrière d’Ana Moura, et toujours chanté avec une magnifique impétuosité contenue.

Immense artiste, grande fadiste, Ana Moura va présenter son spectacle dans plusieurs villes de France. A ne surtout pas manquer!

 

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