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Lors du Festival de l’Imaginaire de 2017, Marco Oliveira nous avait enchantés lors de ses deux concerts au Théâtre de l’Alliance française. C’est donc avec gourmandise que nous prîmes, ce dernier vendredi, le chemin du Théâtre du Garde-chasse, superbe édifice de style Napoléon III. On se dit que les gardes-chasse de ce temps-là avaient la belle vie. Et nous eûmes, nous aussi, la belle vie, ce soir-là.

Petit rappel: Marco Oliveira est un tout jeune trentenaire (il est né à Lisboa en 1988), a remporté à 10 ans le premier prix de la Grande nuit du fado à Lisboa, catégorie juvénile, et a récidivé à 16 ans (catégorie adultes). Il est aussi un éminent guitariste (à la viola) passé par le Conservatoire, compositeur et auteur, féru de poésie, amateur de cinéma, de littérature, de jazz, de musique brésilienne et surtout amoureux fou de sa ville, Lisboa, dont il recherche avec constance les liens avec le fado: «Lisboa a fait le fado, mais le fado fait aussi Lisboa».

Il a une énorme admiration pour les grands anciens, qu’ils soient disparus ou en activité: Alfredo Marceneiro en premier lieu, dont il chantera trois musiques lors du concert, l’une sur un poème de José Saramago en introduction, les deux autres sur les paroles chantées par le maître, «A viela» et «Amor é água que corre» en fin de concert. Mais aussi Carlos do Carmo, Beatriz da Conceição, Fernando Maurício, Maria da Nazaré, Amália bien sûr, d’autres encore, sans oublier celles et ceux de la génération actuelle, dont son ami Ricardo Ribeiro, avec qui il s’est produit à diverses reprises sur des projets musicaux originaux.

Son concert inclut en conséquence, à parts à peu près égales, des fados traditionnels et des créations, dont quelques musiques par lui écrites. Parmi celles-ci, une valse, «Dans Paris», dont il avait donné l’an dernier une version instrumentale, mais dont il propose aujourd’hui une version chantée sur des paroles françaises du chanteur et poète français Didier Sustrac, écrites (et joliment) pour lui. Et aussi «Canção da fé», aux paroles ironiques et charmantes sur une musique très bossa nova. Ou encore le poème de Guillaume Apollinaire mis en chanson par Léo Ferré, dont il livre une version intimiste. Marco Oliveira aime le registre de l’intimité, la suavité plus que l’éclat, un peu dans le registre d’António Zambujo au niveau vocal. Et cette suavité est contagieuse et donne aux spectateurs une certaine vision du bonheur, à condition d’admettre que le bonheur inclut aussi des moments de mélancolie, pardon, de saudade.

Côté fado traditionnel, en sus des fados de Marceneiro, on remarque notamment un fado Lopes (le plus rapide des fados tradis) dans la version d’un autre grand fadiste disparu, Manuel de Almeida, et qui permet d’apprécier plus encore les qualités de musicien de Marco et celles de son compère Miguel Amaral, à la guitare portugaise.

Nous avons mis en exergue quelques-uns des titres proposés par Marco Oliveira lors de cette soirée, mais il serait juste de les citer tous. Il est rare en effet de trouver chez un fadiste à la fois un tel respect des racines et de l’histoire du fado et une énergie créative qui permet aussi au fado d’aborder de nouveaux rivages sans se trahir.

Até logo, Marco!

 

 

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