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Sandra da Silva Pereira, Elue PCF Front de Gauche à Villejuif, n’a pas été convaincue par les mesures d’Emmanuel Macron, et soutient les gilets jaunes.

Rappelons qu’Emmanuel Macron, Président de la République, s’est exprimé sur la crise des Gilets Jaunes, et a cédé sur quelques points, en augmentant le SMIC de 100 euros pour ceux qui touchent le salaire minimum, en défiscalisant les heures supplémentaires, en abordant une prime de fin d’année qui serait donnée par les entreprises sous le régime du volontariat mais qui serait défiscalisée, ou encore l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois.

Sandra da Silva Pereira, française d’origine portugaise de 41 ans, assistante de direction division internationale, s’est exprimée dans nos colonnes, rappelant l’essence du mouvement et que les revendications n’avaient pas reçu d’écho auprès du Président.

 

Que pensez-vous du mouvement Gilets Jaunes?

Je pense que c’est un mouvement rafraîchissant et qui bouscule les politiques car innovant dans sa construction. Les gilets jaunes remettent en cause, d’une certaine façon, les partis politiques, les syndicats… Ils ne se sentent plus ou pas représentés par eux. En ce qui concerne les élus et leur représentativité, c’est la même chose. Nous ne pourrons plus faire comme avant, nous devrons collectivement répondre à l’exigence de plus de Démocratie et ce à tous les niveaux, du local au national. Il nous faudra bien changer nos pratiques. Dans un autre domaine, de part la diversité des gilets jaunes, les revendications initiales se sont élargies et couvrent presque tous les domaines de la société: l’écologie, la santé, l’école, le handicap, la fiscalité, la place des services publics, et surtout la Démocratie. Il s’agirait presque d’un choix de société ou pour le moins la volonté de changer de cap; un cap plus juste, plus solidaire… Ce qui a changé aussi, c’est d’avoir pu entendre la violence sociale s’exprimer: les fins de mois, voire les débuts de mois compliqués, et le ras le bol de l’injustice fiscale. Et pour une fois, c’est un «je», un «nous» qui s’expriment et pas le «ils». Ils ont pris la parole, ceux que l’on n’entendait jamais, ceux que l’on ne voyait pas, que l’on n’entendait pas dans les médias. Et toutes ces difficultés, économiques et sociales qui étaient cachées parfois par pudeur, ont éclaté au grand jour car la cocotte était pleine, trop pleine. Le mouvement des gilets jaunes a permis la re-politisation des citoyens et c’est une bonne chose.

 

Que faut-il faire pour arrêter le mouvement? Que le gouvernement cède encore? Ou que le mouvement assouplisse ses revendications?

Seuls les gilets jaunes peuvent prendre cette décision. Dans ce mouvement, il existe une grande volonté de plus de Démocratie, que la parole de chacun soit prise en considération et pèse sur les décisions. Il faut donc construire et imaginer d’autres relations au pouvoir, les gilets jaunes ont d’ailleurs des propositions à ce sujet. Pour ma part, je les soutiens et si je peux me permettre en tant que salariée, je suis moins même «une» gilet jaune mais vous me posez ces questions en tant qu’élue, et comme telle, je me dois d’écouter leurs revendications et respecter leurs choix. Je ne peux décider à leur place, même si politiquement nous avons -nous aussi- des propositions et pour beaucoup, les mêmes. Pour ma part, les assouplissements, comme vous dites, ne font pas le compte; pour autant, seuls les gilets jaunes décideront des suites à donner et du clap de fin.

 

Que pensez-vous des mesures du Président?

Elles sont bien insuffisantes et à entendre un grand nombre de gilets jaunes, elles semblent ne pas avoir répondu à leurs attentes ni revendications. Et je partage leur avis. Le Président n’a pas répondu à trois questions centrales: celle de l’écologie, car même si les taxes carbones ont été supprimées, cela ne règle pas la question de la transition écologique, du «qui paie» ? On ne peut pas, d’un côté, avoir voulu augmenter les taxes carbones pour les automobilistes et, de l’autre, avoir fait le choix de privatiser la SNCF qui aura pour conséquence de supprimer des petites lignes, par exemple. Celle du pouvoir d’achat, pour le coup, il s’agit d’un tour de passe-passe. Par exemple, Le SMIC n’augmentera pas ! Les 100€ seront payés par l’Etat, donc nous via la prime d’activité qui n’est pas perçue par tous les salariés. De plus cette augmentation était prévue, il ne fait que l’accélérer. Rien pour les autres salaires, rien pour les salaires des fonctionnaires, rien pour les minimas sociaux… Et surtout il ne touche pas aux plus riches en refusant de supprimer l’ISF, et refuse ainsi de répondre à la question soulevée par les gilets jaunes, celle de l’injustice sociale. Celle de la Démocratie, pourtant il s’agit maintenant d’une revendication centrale des gilets jaunes. Le Président nous annonce uniquement un débat qui devrait être décentralisé dans les communes. Mais comment cela s’organisera-t-il ? Des villes du Val de Marne, comme Villeneuve Saint Georges, ont déjà mis en place des cahiers de doléances. Vous voyez bien qu’il s’agit, pour le moment, de la volonté d’un maire. Il faudra bien parler aussi de la méthode et du fond car il ne faudrait pas que surgisse une nouvelle inégalité, celle de pouvoir ou non s’exprimer en fonction d’un maire enclin ou peu à mettre en place ces remontées de revendications. Et la question qu’il faut se poser, et la réponse n’est pas simple, c’est quels espaces (physiques ou virtuels) pour s’exprimer, échanger, débattre ? Car aujourd’hui nous constatons aussi que là où certaines collectivités essaient de créer des espaces de Démocratie Participative, ceux-ci ne sont pas toujours accaparés par le plus grand nombre et dans une large diversité. Il nous faut là aussi être innovant et collé à cette exigence de plus de transparence et surtout que chacun puisse être acteur des décisions, cette question est centrale. Sans parler bien sûr du changement à opérer sur nos institutions.

 

Est-ce suffisant pour stopper le mouvement Gilets Jaunes?

Seuls les gilets jaunes peuvent répondre à cette question. Pour autant, pour ma part, ces annonces ne me semblent pas à la hauteur des enjeux et des revendications portées.

 

Serge Tenani
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