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Hugo dos Santos est le lauréat de la Résidence Frontières 2021 au Musée National de l’Histoire de l’Immigration, pour son projet de court-métrage intitulé «Transit».

Ainsi, du 1er février au 30 juillet 2021, il percevra une bourse pour la réalisation de son film et devra organiser des ateliers-rencontres au Musée.

Né à Castelo Branco (Portugal), Hugo dos Santos est arrivée en France à l’âge de 2 ans et demi et a grandi dans la «cité de transit» de Conflans-Sainte-Honorine, ville de la banlieue parisienne, située au confluent de la Seine et de l’Oise. Il est diplômé en Histoire contemporaine et en Cinéma.

Membre actif de l’association Memória Viva/Mémoire Vive, qu’il a présidé pendant une période, il a été Commissaire de l’exposition «Refuser la guerre coloniale», présentée en 2019 à la Maison du Portugal (Cité Universitaire de Paris). Après avoir travaillé dans la production, où il a pu côtoyer des auteurs et des réalisateurs, il a également travaillé dans les archives audiovisuelles de films traitant d’immigration, d’exil, de colonialisme et de luttes sociales. Par ailleurs, il a fait aussi quelques incursions dans le journalisme et à la radio.

 

La résidence, le projet et le choix du thème

«Cette résidence a été créée conjointement par le GREC (Groupe de Recherche en Cinéma), le CNC (Centre National du Cinéma) et le Musée National de l’Histoire de l’Immigration. Son but est d’héberger et d’aider un réalisateur à faire son premier court-métrage, documentaire ou fiction, sur la thématique de l’immigration. Le GREC est la structure qui produit le film et qui dispose d’une somme allouée à cet effet, ce qui me permet de prendre le temps pour filmer et me consacrer entièrement au projet. En échange, outre la réalisation du film, je dois organiser des ateliers au Musée. C’est mon double regard, entre le Portugal et la France, qui m’a porté sur cette thématique. J’ai toujours essayé de travailler avec ce qui me tient à cœur, comme l’immigration, l’exil, les minorités, les luttes sociales» explique Hugo dos Santos.

«J’ai grandi à Conflans-Sainte-Honorine, principalement dans une cité, qu’on appelait seulement ‘cité de transit’. À l’époque je ne me posais pas trop la question de la dénomination du quartier, mais il y avait toujours un doute sur son nom, ce qui était gênant, pour la correspondance administrative par exemple, car on ne donnait pas toujours le même nom à cette cité. Moi je l’appelais plutôt ‘la transit’. Je n’ai appris ce qu’était une cité de transit que beaucoup plus tard, après avoir quitté ce quartier, même si je savais qu’une partie de la population, notamment portugaise, venait du bidonville».

«Cette cité était assez excentrée de la ville, ce qui entraînait un fort sentiment de relégation, non pas dû à une volonté de la mairie ou de quelqu’un en particulier. C’est que la dynamique à l’époque était celle-là, on trouvait un terrain pas cher, libre, et on construisait rapidement des logements de mauvaise qualité pour héberger des gens qui étaient presque à la rue. Comme images de cette cité, – certains parlent d’odeurs – moi je me souviens bien du bruit des routes nationales, des autoroutes, du bruit des voisins en différentes langues. Je me souviens aussi que Conflans était une ville où il y avait beaucoup de brouillard, avec une atmosphère particulière, au confluent de la Seine et de l’Oise» explique Hugo dos Santos.

«Mon ambition est de comprendre et d’expliquer le processus d’intégration dans une ville de banlieue parisienne pas vraiment comme les autres. De produire un récit documentaire raconté par les immigrés eux-mêmes. Pour comprendre un parcours d’immigration, on a besoin de comprendre le territoire, en l’occurrence Conflans-Sainte-Honorine. On a besoin d’appréhender son histoire: la cité de transit existe parce qu’il y a eu des bidonvilles, peuplés à moitié par des Portugais et à moitié par des Marocains, mais aussi par des Français «de souche». Il y avait aussi un autre bidonville, dans de vieilles péniches, occupées presque uniquement par des Français très pauvres, souvent des bateliers déshérités. Conflans est en partie une ville dortoir, mais aussi une ville avec une forte identité, marquée par l’histoire de la batellerie».

«Ainsi, je dois m’atteler à la reconstruction de cette histoire. Ce qui est beau avec le documentaire c’est qu’on doit composer avec la réalité à laquelle on est confronté. Il y a un côté imprévu, d’autant plus que 6 mois c’est court. Après la période de tournage, une fois qu’on a bien structuré le plan tournage, on passe au montage. Et là le but est d’arriver à mélanger des matières assez hétéroclites, des vidéos, des photos, des documents ou des témoignages d’aujourd’hui».

 

L’Association Memória Viva, les archives de la mémoire de l’immigration portugaise et La Contemporaine

Depuis quelques années déjà, l’Association Memória Viva a commencé à constituer, à La Contemporaine (ancienne Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine), située sur le Campus universitaire de Nanterre, un fonds d’archives spécifiquement liées à l’histoire de l’immigration portugaise.

Rappelons que La Contemporaine (bibliothèque, musée et centre d’archives) est en Europe l’un des plus importants fonds d’archives liées à l’histoire contemporaine. Elle possède un pôle à Nanterre et un autre, qui regroupe les collections iconographiques, à l’Hôtel des Invalides, à Paris.

«Nous avons voulu faire ce travail parce que nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas de fonds dédié à l’histoire de l’immigration portugaise en France, et au Portugal non plus. Et aussi parce qu’au moment où je suis arrivé dans cette association, en 2008, il y avait une génération un peu plus âgée que moi qui manifestait de l’intérêt pour la transmission de cette mémoire. Mais nous ne pouvions pas faire ce travail mémoriel dans le cadre uniquement de notre association, notamment pour ce qui était de la conservation des archives. Nous avons donc commencé à récolter et à trier des archives assez conséquentes que nous avons déposé à La Contemporaine. On y trouve à la fois des photographies, des entretiens, des vidéos, des documents administratifs, des journaux».

«Nous avons commencé par récolter les archives des membres de Memória Viva, comme Vasco Martins, Albano Cordeiro ou António Oneto, plus proches, qui nous ont légué un gros fonds d’archives personnelles ou des archives militantes, des journaux, d’avant et d’après 1974. Mais il y a aussi des archives que nous traitons actuellement et qui viennent d’autres personnes qui ne faisaient pas partie de l’association, comme José Terra ou Daniel Lacerda. Ces fonds ont été remis à La Contemporaine et sont déjà accessibles au public. On peut les trouver sur la base de données de La Contemporaine» explique Hugo dos Santos.

«Aujourd’hui nous avons de plus en plus de promesses de dons. La difficulté majeure est de pouvoir traiter toutes ces archives, car nous fonctionnons sans financements spécifiques. Nous avons besoin de main-d’œuvre, des jeunes intéressés par ce type de travail. Ces fonds ne peuvent pas être traités à la va vite, il faut prendre le temps de discuter avec les donateurs, essayer de comprendre comment ils ont constitué leurs archives et quel était leur parcours».

 

L’exposition «Refuser la guerre coloniale» – ou l’exil parisien des insoumis, réfractaires et déserteurs portugais de 1961 à 1975

«Cette exposition est constituée d’objets, d’extraits de films, d’entretiens, de photographies, d’archives sonores et papiers, de caricatures, d’affiches, de vinyles. Elle ne se limite pas à rendre compte d’une histoire qu’on aurait déjà écrite ou étudiée, elle participe à la construction de cette histoire. D’après l’historien Miguel Cardina au moins 200.000 insoumis portugais ont fui la guerre coloniale en Afrique. Mais quand on parle d’insoumis, il peut s’agir aussi de jeunes qui partaient avant leur service militaire, et qui n’avaient pas forcément un engagement anticolonial fort. C’étaient des milliers de gens qui voyaient que c’était une guerre injuste ou une guerre qui ne les concernait pas, ou bien une guerre perdue d’avance. Ce refus massif de la guerre coloniale a été l’un des moteurs de l’immigration portugaise en France».

«Cette question est de plus en plus abordée au Portugal, grâce à nous, à ma génération, à des historiens qui commencent à s’intéresser à cette matière, en France et au Portugal, et qui la rende publique. Et aussi grâce aux anciens déserteurs et réfractaires, très actifs à l’époque, et pour certains encore aujourd’hui, pas tant avec une volonté de gloriole, mais pour remettre sur la table un passé colonial, pour expliquer quelle a été leur expérience, quelle a été la dureté du retour, car l’amnistie n’a pas eu lieu tout de suite. On pourrait citer par exemple le film de Ivo Ferreira, ‘Cartas da guerra’. Je voudrais profiter pour rappeler l’existence de l’Association des Exilés Politiques Portugais 61-74, qui a eu un travail actif dans le cadre de cette exposition et de cette mémoire».

L’AEP 61-74 a publié récemment «Exílios.1» et «Exílios.2», deux livres abondamment illustrés et avec de nombreux témoignages d’exilés et de déserteurs).

 

Le projet ECOS – Exílios, contrariar os silêncios

«ECOS – Exils, contrecarrer les silences» est un projet qui réunit une équipe pluridisciplinaire autour de la mémoire de l’exil portugais en Europe, à partir de documents et de témoignages qui montrent les parcours entrepris par des milliers de Portugais dans les années 60 et 70, fuyant la dictature, la répression, la prison, la guerre coloniale et la pauvreté.

Ce projet est construit à la fois par des gens au Portugal, en France et au Danemark. Un de ses axes s’adresse à un public scolaire, à travers des activités soit autour du cinéma ou du théâtre, soit à partir de témoignages ou d’expositions.

On peut contacter l’association Memória Viva ou directement le site ecosexilios-cria.org.

Signalons la sortie du n°11-12 de la revue Exils et Migrations Ibériques, sur «Les Portugais et la guerre d’Espagne», coordonné par Marie-Christine Volovitch-Tavares et Cristina Clímaco.

 

Veja a entrevista completa AQUI.

 

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