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I Guerra Mundial: Christine da Costa: de la recherche d’un ancêtre participant à la I Guerre au besoin de rétablir certaines vérités

Bordeaux Cherbourg Metz Albino de Sousa Cimetière de St Venant

Il y a de cela deux ans, Christine da Costa ne connaissait pas grand-chose à la participation portugaise à la I Guerre mondiale. Partie de la recherche sur un ancêtre qui a participé à la Grande Guerre, elle est devenue une passionnée, entraînant toute la famille et souhaitant rétablir une «certaine vérité» ou l’approcher.

Depuis, quel travail… Elle est en train de faire des recherches sur un domaine de l’histoire de l’engagement portugais jamais traité ou très peu.

 

Christine, pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous parler un peu de vous?

Fille d’émigrés portugais originaires de Pelmá, qui appartient au district de Leiria, je suis née en Région parisienne à la toute fin des années 70. Après une dizaine d’années passées dans le Val-de-Marne, je suis revenue dans l’Essonne où j’ai poursuivi mes études en IUT et Maîtrise de Management et Gestion des PME/PMI. Après avoir occupé différents emplois dans des petites entreprises du secteur privé, j’ai rejoint il y a quelques années l’Éducation Nationale un peu par hasard. Différentes affectations se sont suivies en Inspection Académique, en IEN, et j’ai aujourd’hui un poste dans le service de gestion d’un établissement scolaire.

 

Vous avez un ascendant qui a participé à la 1ère Guerre mondiale. De qui s’agit-il?

Aussi loin que je me souvienne, étant enfant, j’ai toujours entendu dire par mes parents qu’un membre de notre famille avait perdu la vie lors de la Guerre en France. La seule autre information liée était le fait qu’il serait mort à la veille de son départ, alors qu’il effectuait son dernier jour… A défaut d’autres éléments, j’ai souvent imaginé qu’il était peut-être mort peu avant l’Armistice. En réalité, je sais désormais qu’il est mort le 09 avril 1918, à St Venant, après avoir été blessé la veille. Ce jour, tristement célèbre par la Bataille de La Lys ou opération Georgette, était aussi celui prévu pour la démobilisation des troupes portugaises. De la «freguesia» de Pelmá, il serait le seul à ne pas avoir pu regagner le Portugal. Après être passé par le RA 8, il appartenait à la «Companhia» et au «Batalhão» de «Pontoneiros», matricule n° 55.345. La plupart des mobilisés du «concelho» d’Alvaiazere appartenaient au RI 15 de Tomar. Tout cela, je l’ai appris il y a à peine plus d’un an, mais auparavant je ne connaissais même pas le nom de cet aïeul ni son degré de parenté avec moi. Albino de Sousa était l’un des frères de mon arrière-grand-père (un autre a intégré le CEP mais a survécu). Il est parti, à 23 ans, de Lisboa, le 21 avril 1917, pour la guerre en France, alors qu’il était célibataire et n’a donc pas eu de descendance directe. Il aura perdu la vie quasiment un an après avoir quitté sa patrie; où il laissa sa mère veuve et 5 frères et sœurs. D’après son bulletin, il aurait eu pour dernière affectation, un «dépôt mixte». Serait-ce un début d’explication au fait qu’il ait été blessé dès le 8 avril 1918? Il y aurait, selon certaines sources, des bombardements à l’arrière dans les 48h précédant l’offensive… Malheureusement, nous n’avons pas pu encore résoudre cette énigme ni même consulter les archives de l’«Hospital de sangue n°2» de St Venant où il est mort.

 

Depuis quand avez-vous commencé à vouloir en savoir plus sur votre familier? Et pourquoi entamer cette recherche? Pour vous, pour vote famille?

Mes parents qui, jusque-là, n’avaient que très peu d’informations, ont pu obtenir son bulletin individuel à la suite du Centenaire et de la mise en ligne de nombreuses archives. Lorsqu’ils me l’ont remis à Noël 2018, ce fut le début des recherches, mais je n’avais pas idée de jusqu’où cela me mènerait. Tout aurait pu s’arrêter là si nous avions trouvé sa sépulture conformément à ce qui est indiqué sur son bulletin et dans les différentes archives… mais le fait est que sa tombe, n°19, à St Venant, était introuvable. A Richebourg, aucune trace de lui non plus! Qu’avait-il pu donc se passer pour que personne ne puisse nous dire ce qu’il était advenu de son corps? De nature très curieuse et persévérante, j’ai voulu en savoir plus et me suis lancée dans toutes les pistes que j’ai pu trouver. Il s’agissait à la fois de rétablir la vérité sur cette situation qui peut sembler si surprenante; apporter une réponse à ma famille au sens large et notamment à mes parents pour qui cela serait un aboutissement à 71 et 72 ans (durant toute leur jeunesse ils en ont entendu parler sans pouvoir en savoir plus); et de mémoire pour tous ceux qui ont perdu la vie durant ces trop nombreux conflits. D’autant plus que la participation portugaise à la Grande Guerre est bien méconnue, comme pour d’autres petites armées d’autres nations. A l’école, je me souviens avoir appris que le Portugal était considéré comme neutre lors de la 1ère Guerre mondiale. Ce fut beaucoup d’émotion aussi pour d’autres membres de ma famille plus éloignée de pouvoir arriver jusque-là et avoir au moins ces débuts de réponse. Seul regret pour certains: ne pas avoir pu le savoir du vivant de leurs parents qui étaient les neveux d’Albino de Sousa. Ma famille, ainsi que d’autres proches, curieux et passionnés, me suivent, et m’encouragent, bien sûr dans cette aventure. M’aident aussi dans la mesure de leurs possibilités.

 

Par vos recherches, vous arrivez à la conclusion que votre familier serait resté au cimetière de Saint Venant?

Les archives que j’ai pu consulter, britanniques comme portugaises (Processo do cemitério de St Venant: parecer, assento, relatório…), arrivent à la même conclusion: 7 militaires du CEP ont effectivement été exhumés du «Plot IV» de St Venant dans sa partie gérée par la CWGC. Or, ce sont au minimum dix Portugais qui y auraient été inhumés d’après leurs bulletins. La seule explication rationnelle, à ce jour, est que les 3 autres y seraient tout simplement restés; juste à côté des emplacements de ceux qui sont partis! Et pour cause, lors du passage de la CPSG dans ce cimetière, le 21 août 1919, seules 3 sépultures portugaises étaient visibles. Un autre ne portait sur sa plaque qu’une date de mort… et les 3 autres étaient «devenus» britanniques, malgré eux, durant l’absence des portugais. Pour être précise, 2 avaient reçus une signalisation en tant qu’«UBS» pour «Unknown British Soldier» ou soldat britannique inconnu et le 3ème portait la mention d’un Capitaine dénommé Cooke qui, en réalité, se trouve un peu plus loin dans l’autre allée. Pour parvenir à exhumer ces 7 et les transférer vers Richebourg, il a fallu procéder à plusieurs exhumations pour vérification. Mais voilà, tous n’ont pas pu être identifiés et c’est ce qui s’est passé pour Albino de Sousa, Francisco Pinto Vidigal et José Henriques Cordeiro (Silva). De mon point de vue, voilà ce qui pourrait vraisemblablement expliquer l’impossibilité de l’identification de certains: l’urgence du 09 avril 1918, date à laquelle St Venant aurait été bombardée dès 4h15 du matin et où le CEP devait être relevé, le passage suivi du décès à l’hôpital (avec un enterrement en tenue de «civile» et non en tenue militaire avec les éventuels éléments d’identification…). Selon l’AHM, voici les noms de ces 7 soldats qui auraient pu être identifiés et qui auraient donc une tombe au Cimetière militaire portugais: Manuel Viriato Massano, Manuel Resende, José dos Santos, Brás Bento d’Almeida, José Antunes Sereno, António da Silva Gomes et José da Silva. Une dernière chose au sujet de St Venant et des 9 inconnus qui se trouvent dans le «Plot IV». Alors que les registres actuels indiquent qu’ils sont tous britanniques, les tombes, elles, ne le précisent pas. Il se trouve que selon les documents britanniques des années 20, et d’après les exhumations qui ont été faites pour vérification, il était impossible d’identifier ces hommes tout comme leur nationalité. Comment sont-ils «devenus» britanniques entre-temps?

 

C’est du manque de certitude sur le lieu de sépulture de votre familier qui vous a conduit à aller plus loin et à créer un site que vous alimentez suite à vos recherches?

Initialement, c’est effectivement du manque de certitude de son lieu de sépulture que sont nées mes démarches. Les différentes réponses, que j’ai pu recevoir, plus surprenantes les unes que les autres, n’ont fait que m’inciter plus encore à aller jusqu’au bout. Ainsi qu’à créer, en février 2019, un site internet pour partager le résultat de mon travail, aider d’autres familles et faire évoluer cette situation bien moins limpide qu’on ne voudrait nous le faire croire. Mais avant d’arriver aux conclusions exposées ci-dessus, il a fallu remuer ciel et terre, ne rien lâcher, «creuser», démontrer, relancer, justifier, insister, bousculer les certitudes des uns et autres… se battre, en somme pour convaincre qu’il fallait absolument reprendre cette histoire du début!

 

Quel but poursuivez-vous avec vos recherches?

Mon but, d’une manière générale, est autant de rendre hommage à tous les concernés, que de répondre aux familles laissées, sans motif valable, dans l’impasse. Comme je l’ai écrit, il y a plus d’un an, au Portugal, je souhaitais les inciter à ouvrir leurs archives car j’étais convaincue depuis le début que quelque chose ne «collait» pas. Je continue et continuerai à répéter qu’il reste énormément à faire à ce sujet et que tous ne sont pas à Richebourg (et, par extension, Boulogne et Anvers).

 

Quelles sont vos sources?

Au tout début de cette histoire, lorsque nous n’avions aucune réponse concrète, et pas de traces d’Albino de Sousa, ni à St Venant, ni à Richebourg, il a fallu trouver seule des moyens d’avancer. J’ai été surprise de constater qu’il existe encore tant de traces écrites à ce sujet et j’ai donc frappé à toutes les portes qui ont bien voulu s’ouvrir: Mairies et Services d’état civil en France comme à l’étranger, anciens combattants, associations, les musées et leurs partenaires, archives départementales, Memorial Gen Web, Mémoire des Hommes forum pages 14-18, Western Front Association, Denkmalprojekt, Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge et archives allemandes telles que les Totenlisten, Commonwealth War Graves Commission avec par exemple les Graves Registration Report, Arquivo do Exército, Arquivo Histórico Militar… A ce jour, seule me manque la consultation des archives britanniques du fait du confinement actuel.

 

Quelles sont les difficultés de vos recherches?

Pour mener à bien mes recherches, je suis confrontée à plusieurs types de difficultés. La première est la distance: de la région des Hauts-de-France et des autres lieux de sépulture, des archives aux Portugal, des archives britanniques… Mais, au fond, les seuls véritables problèmes que j’ai rencontrés sont le déni, le manque de volonté et de sérieux, l’irrespect et même la désinvolture. Seule m’a vraiment heurté une fois, mais une de trop, la remise en cause de mon intégrité. Mais je ne m’étendrai pas ici sur ce qui m’a été écrit à tort. Il faut bien imaginer que la seule réponse qui est systématiquement apportée aux familles comme la mienne est que tous les Portugais sont à Richebourg. Et, si non, il s’agirait alors de portés disparus. La vérité est toute autre et bien, bien plus complexe que cela. Mais encore faudrait-il bien vouloir l’admettre et laisser surgir la réalité. Je suppose que nous n’avons eu jusque-là que la version ou «vérité» officielle, diffusée par le Gouvernement de l’époque. A force de la transmettre de génération en génération, il me semble que tout cela a été pris pour argent comptant et répété années après années, de toute bonne foi ensuite, sans que personne ne vienne mettre à mal (ou du moins vérifier) ce que j’appellerai, personnellement, une «légende», un «mythe» pour ne pas dire une immense tromperie. Autre élément non négligeable pour les familles dans notre cas et à la recherche de compléments: il est impossible à l’heure actuelle d’avoir un véritable registre du Cimetière qui indiquerait la date d’arrivée à Richebourg, le ou les lieux des inhumations précédentes dont en cimetière de concentration britannique avec le nombre effectif de transferts, etc…

 

Selon vous, si à l’époque le suivi des corps entre les différents cimetières et Richebourg avaient été fait plus correctement, il y aurait dans ce Cimetière moins d’inconnus. Pouvez-vous nous explique pourquoi?

Il y aurait probablement moins d’inconnus à Richebourg si le Portugal avait été représenté entre l’Armistice et la création puis l’arrivée de la CPSG datée au milieu de l’année 1919. Pendant ce temps, nombre d’informations ont dû être perdues pour les Portugais. J’en veux pour exemple le cas de St Venant où 3 membres du CEP ont été considérés comme britanniques durant l’absence des Portugais. L’autre difficulté aurait été la dépendance de l’Armée portugaise qui se trouvait sous commandement britannique. Après-guerre, quand il a fallu organiser les sépultures définitives de nos compatriotes morts pour leur patrie, les Portugais n’auraient pu prendre seuls leurs décisions. Le manque de moyens, financiers, matériels et humains, de la CPSG n’aurait fait qu’accroître ces difficultés.

 

Il y aurait, selon vous, des soldats portugais enterrés en dehors de Richebourg, Boulogne-sur-Mer et Anvers? Quels sont ces autres Cimetières?

Il ne fait absolument aucun doute, pour moi, qu’il reste des sépultures identifiées et non identifiées de Portugais en dehors de Richebourg, Boulogne et Anvers et dont le Portugal a eu connaissance, à l’époque (comme d’ailleurs plus récemment). Le plus terrible est que la fameuse liste de 1937 (Relação dos Militares Portugueses sepultados nos Cemitérios de Richebourg l’Avoué, Boulogne s/Mer e Antuérpia) indique que certains ont été ramenés vers Richebourg alors qu’ils sont tout simplement restés en place. Cette liste est le seul document proposé aux familles en recherche d’une sépulture. Elle est présentée comme le document de référence, comme une sorte de registre du Cimetière… mais elle est à manier avec précaution. Lorsqu’au commencement je me suis aperçue que le nom de mon aïeul n’y figurait pas, je me suis lancée dans l’étude approfondie de cette liste vieille de 8 décennies: de longues soirées très instructives et à l’origine d’innombrables démarches. On y apprend donc qu’officiellement il ne resterait que 3 militaires en Grande Bretagne, 2 en Espagne et que tous les autres, pour qui cela était possible, auraient été ramenés (c’est bien sûr sans compter les disparus, ceux qui n’étaient pas identifiables et les éventuelles erreurs plus que compréhensibles…). On en voudrait pour preuve les listes détaillées des cimetières d’origine en France mais aussi en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Une étude approfondie permet de se rendre compte que le nombre de ces cimetières est bien moins élevé qu’il n’y paraît. Faute de progression dans la recherche de mon familier, j’ai voulu vérifier ces informations et explorer d’autres pistes. Après avoir découvert qu’ils étaient plus que trois en Grande-Bretagne, je suis partie du côté des Pays-Bas et quelle surprise cela a été de me faire confirmer, il y a plus d’un an, grâce à l’aide précieuses de John Stienen à La Haye, qu’en réalité… aucun portugais n’aurait jamais été exhumé là-bas, contrairement à ce qu’indique notre fameuse liste de 1937! De fil en aiguille, je suis partie, avec le soutien de Krzysztof Menel et de son amie historienne Alicja Marinkiewicz, vers la Pologne, et plus précisément à Czersk, ville conquise alors par l’Allemagne… où se trouveraient encore 3 Portugais; en dépit des informations truquées de la liste de 1937 qui indique qu’il y aurait des exhumations de Portugais en ce lieu. Plus récemment, il m’a indiqué qu’un autre Portugais se trouverait dans ce pays, au Cimetière militaire polonais de Stargard, ville allemande en 1918. Par la suite, à l’été 2019, je suis revenue vers la Belgique après un simple échange sur Facebook avec Patrick Rapoye, collaborateur volontaire du Musée In Flanders Fields d’Ypres. S’en sont suivies une belle collaboration et une rencontre pour établir la liste des membres du CEP décédés et initialement enterrés en Belgique. En plus des 7 restés à Anvers, au moins un 8ème se trouverait à Evere, Bruxelles, dans un caveau familial car ayant des origines belges. Pourquoi ne trouve-t-on pas de données sur cette personne et sa sépulture? En parallèle, je poursuis l’approfondissement de mes investigations en Allemagne où il doit y avoir aussi bien à faire. Pour revenir vers la France, souvenons aussi de ceux qui y seraient mais hors Richebourg, Boulogne et Salomé qui en compte 2 anonymes. Tout près, à Bauvin, dans la partie allemande du cimetière, un soldat dénommé «Silver» ou «Sivar» selon les sources. 3 autres aussi en Province: à Bordeaux, à Cherbourg et à Metz, ville en territoire allemand en 1918. Peut on dire combien de soldats portugais sont mort pendant la 1ère Guerre, combien de disparus, combien de connus, combien d’inconnus? A mon niveau, et à défaut de sources sûres, je ne m’engagerai pas sur le nombre de chacun des concernés. Et je doute, d’ailleurs, qu’en l’état actuel des choses, quelqu’un puisse affirmer avec certitude absolue quels seraient les listes exactes de noms et quels seraient les nombres définitifs. Pour cela, encore faudrait-il avoir le décompte et la liste précise de ceux qui ont été enrôlés, de ceux qui ont une sépulture en plus de ceux recensés officiellement… Et là aussi, il me semble que le flou est encore bien grand.

 

Selon des recherches en cours, on émet l’hypothèse qu’il y aurait plutôt autours de 4.500 soldats portugais morts pendant la 1ère Guerre mondiale. Qu’en pensez-vous? Pourquoi un si grand différence entre ce qu’on citait jusqu’à présent et les 4.500 ? (1)

N’ayant, pour le moment, pas pu consulter personnellement ces listes, je ne peux que m’interroger et émettre des hypothèses. Ce qui me semble pour le moins probable, c’est que tous ne figureraient pas sur la base malgré ce qui est régulièrement affirmé. A titre d’exemple, parmi d’autres, pourquoi ne trouve-t-on pas sur la base le nom de Levy Domingos enterré pourtant en Grande-Bretagne? La date de mort serait-elle un motif d’écart entre ces chiffres qui vont du simple au double? Par exemple, on pourrait imaginer que certains sont morts en rentrant en Portugal ou dans les jours /semaines qui suivent et qu’ils figurent sur une liste et peut-être pas sur une autre… La différence s’expliquerait-t-elle par une prise en compte distincte des différents corps d’armée? Certaines statistiques ne dénombrent peut-être que l’Armée de Terre quand d’autres incluraient également la Marine… Qu’en est-il aussi des civils décédés, hommes ou femmes, qui ont contribué à l’effort de guerre, du «Corpo dos trabalhadores», de ceux qui seraient venus des anciennes colonies portugaises, des disparus, réels ou volontaires dont on a perdu la trace… Autant de pistes supposées et à explorer. Seul un pointage minutieux permettra de faire toute la lumière sur ces écarts.

 

Avez vous des statistiques sur les soldats morts pendant à Bataille de La Lys, avant et après? Ainsi que des statistiques sur les causes des décès?

Concernant les soldats morts durant la Bataille de La Lys, j’ai pu consulter le document du SEEC dénommé «Relação das praças falecidas por efeito do combate de 9 de Abril de 1918». De même pour les «oficiais». On y dénombre respectivement 56 et 14 individus; dont Albino de Sousa et ses 2 camarades «perdus» à St Venant. Pour nombre de ceux qui ont disparu le 09 avril 1918, et pour lesquels on a trouvé les corps plus tardivement, on a dû considérer qu’ils étaient morts à cette date; sans pour autant en avoir la certitude. De même, à mon avis, pour les causes de mort. On peut observer de nombreuses divergences entre les informations reportées sur les bulletins et celles figurant sur les pierres tombales et/ou la liste de 1937.

 

Actuellement on peut dire qu’on traverse une pandémie, en 1919 il y a eu la Grippe espagnole. A-t-on des indications, statistiques sur les soldats morts après l’Armistice, des suites de cette grippe?

Inévitablement, il est tentant de faire un rapprochement entre ce que l’on appelle la Grippe espagnole d’après-guerre et la pandémie qui se propage actuellement. Le problème des statistiques de l’époque est de savoir quelle est la part de vérité et de mensonge dans les différents documents disponibles. Après avoir examiné les bulletins de ceux présents au Cimetière militaire, voici les approximations que je peux donner (hormis pour ceux dont la date de mort ne figure pas, au nombre d’environ 130): une grande majorité serait morte avant le 09/04/1918 (environ un millier), quelques 580 entre le 09/04 et le 10/11, 03 autres le jour même de l’Armistice et enfin plus de 160 après la fin de la guerre qui ont, pour partie, survécu à la guerre, à la captivité mais pas à la grippe sur le chemin du retour. La prudence est tout de même de mise puisque ces données ne concernent que ceux présents à Richebourg, Boulogne et Anvers, et sous réserve de manipulation des informations par les autorités de l’époque. N’oublions pas non plus d’inventorier ceux qui ont été exhumés au Portugal: que ce soit après un première inhumation en France (probablement pour les familles qui ont pu assumer la charge financière d’un rapatriement) ou suite à un retour pour raisons de santé (physiques après blessures, ou mentale quand ils ont dû être considérés comme «incapaz de todo o serviço»).

 

Comment jugez-vous l’état du Cimetière portugais de Richebourg?

Je n’ai moi-même visité le Cimetière portugais de Richebourg pour la première fois qu’en mars 2019. Bien évidemment, il est naturel de faire la comparaison avec les autres cimetières militaires, qu’ils soient britanniques, français, allemands… S’il est incontestable, à mon avis, qu’il y a énormément à faire pour les tombes de tous ces martyrs (illisibles pour la plupart), la comparaison ne peut aller, à mon avis, bien plus loin. Je peux concevoir que les moyens financiers du Portugal ne soient pas les mêmes que ceux des britanniques mais il doit aussi s’agir de choix. Ce qui me surprend plus encore est que des choses, bien moins onéreuses que le remplacement des tombes, n’aient pas déjà été faites: comme une simple liste recensant l’intégralité des concernés. On pourrait ajouter également un plan précis du cimetière, des marqueurs pour les carrés et les allées.

 

Un appel, une remarque?

J’aimerai très sincèrement ajouter que ces recherches ont été l’occasion d’une très belle aventure humaine. De très belles rencontres de personnes voulant simplement faire connaître l’histoire du CEP, apporter leur aide, aussi passionnées que désintéressées, des découvertes historiques mais aussi de lieux, des échanges dans différentes langues et des coopérations à travers l’Europe… Tout n’est bien sûr pas rose, loin de là, mais j’en garderai le positif. L’occasion aussi de transmettre tout cela à mon conjoint, Aymeric, d’origine française, et à mes enfants de 10 et 12 ans, Enora et Matias, qui ont contribué, à leur mesure, à faire vivre la mémoire de ces soldats. Un grand hommage aussi à faire à tous les dévoués qui n’ont aucune racine portugaise, pas de membre de leur famille concerné… et qui font parfois bien plus que les Portugais ou lusodescendants eux-mêmes! Je pense ici notamment à Lionel Dellaleau, passionné, qui fait tout cela bénévolement en plus de gérer les différentes pages sur Facebook. L’occasion aussi de le remercier pour la balade en secteur portugais avec ma famille. Je pense à quelques autres aussi préparent actuellement un excellent travail pour les Portugais. Si j’avais un appel à faire, ce serait au Portugal pour permettre à tous de progresser dans l’éclaircissement de ces mémoires si singulières.

 

Vous êtes en train de travailler sur une cartographie et photomontage. Pouvez-vous nous dévoiler ce travail?

Lorsque j’ai créé mon site, il y a plus d’un an, j’avais l’envie profonde de «réunir», en un seul «lieu» et à ma manière, toutes les victimes portugaises du front des Flandres. Pour autant, je n’oublie pas celles de l’Afrique, en Angola, au Mozambique… et les victimes indirectes… Pour les rassembler, je pensais établir une liste de tous ceux qui n’ont pu regagner leur patrie (les morts avec ou sans sépulture connue où qu’elle soit, les disparus et ceux dans une situation similaire à celle de mon aïeul). En attendant, j’ai déjà préparé une carte avec différents lieux de sépulture de portugais ainsi qu’une sorte de «photomontage» pour agrandir virtuellement le Cimetière de Richebourg et les regrouper tous ainsi.

 

Lien pour le site animé par Christine da Costa:

https://cep100ansapres.monsite-orange.fr/index.html

(1) Le travail entrepris par l’historien Georges Viaud apporte des informations importantes, entre autre, sur le nombre de soldats portugais morts pendant la première Guerre Mondiale:

https://fr-fr.facebook.com/georgesviaud.historien/

 

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