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Isa de Castro, fadista minhota donc: son nom ne nous était pas inconnu, mais, lors de précédents passages en France, elle était, convenons-en, passée sous nos radars, moins perfectionnés sans doute que ceux de la police nationale, encore que, eux aussi, connaissent des bugs.

Aussi, lorsque Dona Josefa, l’avisée patronne de La Belote, sympathique estaminet parisien, nous prévint de sa venue, nous déclenchâmes, à l’instar de la police nationale, mais toujours avec moins de moyens, et surtout pas dans le but de dénicher un coupable, une enquête. Plusieurs vidéos sur youtube, malgré des conditions techniques pas toujours optimales, nous convainquirent que ‘essa moça’ ne manquait pas de qualités.

Quelques coups de fil à des musiciens d’ici qui eurent l’heur de l’accompagner, et cela suffit, en un vendredi soir de cet automne maussade, pour partir, avec seules armes ou bagages, un stylo, un carnet et deux oreilles, vers La Belote, afin de poursuivre l’enquête.

Rapide procès-verbal de la dénommée Isa de Castro, interrogée, avec bienveillance évidemment, par nous-même: Isa de Castro est bien de Braga. Sa passion pour le fado date de son enfance. Sa mère chantait le fado, et toute la famille en écoutait souvent. Les mères portugaises, bien plus que les pères, font beaucoup pour la transmission du fado: sujet de réflexion.

C’est donc tout naturellement qu’elle se tourna vers ce genre musical plutôt que pour le rap, comme le font tant de jeunes filles aujourd’hui, ou le rancho folclórico, comme le font encore bien des jeunes filles aujourd’hui.

Ses influences? Amália bien évidemment, comment y échapper? Sujet de réflexion.

Mais aussi, plus original, une autre De Castro: Ada, 84 ans aujourd’hui, qu’elle n’a pas pu entendre ‘ao vivo’ (moi si, privilège de l’âge dont on se passerait parfois) mais seulement par le disque: une merveilleuse fadiste. Bonne pioche, Isa! Et côté messieurs, Carlos Ramos, autre grande figure fadiste, dont les nombreux succès («Não venhas tarde», «Canto o fado»… demeurent, un demi-siècle plus tard, au répertoire de bien des fadistes).

Isa a commencé sa carrière professionnelle il y a une dizaine d’années, se produisant surtout dans le nord du Portugal (car oui, il y a aussi du fado au nord du Portugal) mais aussi dans divers pays européens: la France (la preuve) mais aussi l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse. Vaste sujet de réflexion: comment et par quels canaux les interprètes du fado contribuent à sa diffusion dans le monde? Votre journal préféré pourrait se pencher sur la question.

Le répertoire enfin: du solide, de l’Amália, forcément de l’Amália, eut écrit Marguerite Duras (“Nem as paredes confesso”, “Fadinho Serrano”, “Da janela ao meu peito”, “Havemos de ir a Viana”…), mais aussi “Ser fadista”, une marcha, un pechincha, le fado Loucura, un inévitable malhão, un e encore moins inévitable «Casa Portuguesa»).

Il n’est pas facile pour ces artistes, qui sont dans leurs tournées accompagnés par des musiciens souvent chaque soir différents, avec des répétitions, s’il y en a, limités à quelques instants, d’introduire des musiques ou des arrangements différents du répertoire traditionnel. Problème que n’ont pas les stars du fado, tournant avec leurs propres musiciens.

Isa de Castro s’acquitta avec bravoure de cette condition, belle présence, belle apparence, avenante, voix juste et compasso impeccable, accompagnée par les guitaristes «maison» Manuel Corgas et João Filipe, renforcés par la guitarra de Lino Ribeiro. Jolie et sympathique soirée.

 

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