José Almeida Santos, de soldat du CEP à Vice-Consul du Portugal à Boulogne-sur-Mer

Parmi les soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) qui choisirent de rester en France après la I Guerre mondiale, le parcours de José Almeida Santos est sans doute l’un des plus remarquables. Arrivé en France comme militaire, il y fonda une famille, mena une brillante carrière professionnelle et représenta officiellement le Portugal pendant plus de vingt ans comme Vice-Consul à Boulogne-sur-Mer.

Son histoire illustre le destin de ces Portugais dont la guerre a profondément changé la vie, tout en créant un lien durable entre la France et le Portugal.

José Almeida Santos naît le 4 décembre 1895 à Paranhos, dans la commune de Seia, au Portugal, fils de José d’Almeida Santos et de Maria José.

Il embarque à Lisboa le 14 mars 1917 avec le Corps Expéditionnaire Portugais. Affecté au Quartier Général, au service de subsistance, il n’est pas directement engagé dans les combats mais assure une mission essentielle pour le fonctionnement de l’armée.

Son dossier militaire révèle également la rigueur de la discipline militaire de l’époque. On y trouve six sanctions disciplinaires, parfois pour des motifs qui paraissent aujourd’hui anecdotiques. Ainsi, le 27 mai 1918, il est puni de dix jours de consigne pour avoir porté un pantalon trop long, puis, le 5 juillet 1918, une nouvelle sanction lui est infligée parce que son pantalon est jugé… «trop lisse». Une autre punition lui est adressée pour ne pas s’être présenté lors du chargement d’un camion de matériel à destination du front.

Après l’Armistice, il se présente en avril 1919 à la Délégation portugaise de Paris-Plage (Le Touquet), obtient une licence de fin de campagne de 90 jours et s’installe quelque temps à Ambleteuse, avant un passage à la Délégation portugaise d’Hendaye en juillet 1919. Il part au Portugal après la fin de la Grande Guerre, mais revient juste après. Il est rentré au pays pour notamment annoncer son mariage par terres de Flandres.

Un mariage à l’aube d’une nouvelle vie

Le 13 septembre 1920, à sept heures du matin, José Almeida Santos épouse, à Ambleteuse, Anna Prudence Emira Ponchel, née le 20 avril 1892 dans cette commune. Au moment du mariage, il habite au 44 rue de la Paix, à Boulogne-sur-Mer, et exerce la profession d’employé de commerce.

Le couple aura deux filles : Alice Madeleine Anna d’Almeida Santos, née le 18 mai 1921 à Boulogne-sur-Mer, qui épousera le 8 mai 1946 Georges Jacques André Descotes-Decantelle et décédera en 2017. De cette union naîtra un garçon et une fille. La deuxième fille du couple José Almeida Santos et Anna Prudence Emira Ponchel est Lina Alcina d’Almeida Santos, née le 24 mai 1923, à Boulogne-sur-Mer, décédée en 2003.

Anna Ponchel s’éteindra le 3 décembre 1980, à Boulogne-sur-Mer, à l’âge de 88 ans.

Une carrière au service du Portugal

Au fil des années, José Almeida Santos gravit les échelons de la vie professionnelle jusqu’à devenir directeur d’imprimerie.

Mais c’est surtout son engagement au service du Portugal qui marquera durablement son parcours.

Succédant à Ruy O’Connor Shirley Pereira, il exerce les fonctions de Vice-Consul du Portugal à Boulogne-sur-Mer de 1955 à 1976, année où le poste est supprimé à la suite de la réorganisation du réseau diplomatique portugais après la Révolution des Œillets.

Les annuaires administratifs indiquent qu’à partir de 1979, les ressortissants portugais du Nord et du Pas-de-Calais doivent désormais s’adresser au Consulat du Portugal à Lille.

La distinction de Chevalier de l’Ordre militaire du Christ, qui lui est décernée le 7 octobre 1953, laisse penser qu’il exerçait déjà des responsabilités diplomatiques avant même sa nomination officielle comme Vice-Consul.

Au cours de sa carrière, José Almeida Santos reçoit plusieurs décorations, parmi lesquelles : la Médaille du combattant portugais de la I Guerre mondiale ; la Médaille du comportement exemplaire ; la Croix de l’Ordre militaire du Christ (1953) ; la Médaille du combattant de l’Europe (1968) ; ainsi qu’une distinction de la Mutualité du Pas-de-Calais.

Au-delà de ses fonctions administratives, José Almeida Santos cultive une véritable passion pour la photographie.

En 1930, il obtient le Premier Prix du concours photographique organisé par la Ville de Boulogne-sur-Mer sous le patronage de Photo-Touring, à l’occasion du centenaire de la Révolution de Juillet de 1830.

Cette commémoration rappelait les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui provoquèrent la chute de Charles X et l’avènement de la Monarchie de Juillet, un événement majeur de l’histoire politique française.

Le cas de José Almeida Santos soulève une question intéressante.

Parmi les dix soldats portugais qui se marient à Ambleteuse entre 1918 et 1920, toutes les signatures figurant sur les registres d’état civil présentent une écriture particulièrement soignée, très différente de celle que l’on retrouve habituellement chez une grande partie des soldats du CEP.

Cette observation laisse penser que ces militaires appartenaient à une catégorie relativement instruite. Les fonctions exercées semblent confirmer cette hypothèse : plusieurs étaient caporaux ou sergents, d’autres occupaient des postes administratifs ou de commandement nécessitant une bonne maîtrise de l’écriture et des connaissances plus importantes que la moyenne des soldats mobilisés.

Une mémoire familiale toujours vivante

Plus d’un siècle après son arrivée en France, l’histoire de José Almeida Santos continue de vivre grâce à ses descendants, des arrière-petits-fils entretiennent cette mémoire. Laurent Sangiovanni, arrière-petit-fils, vivant à Boulogne-sur-Mer, s’est rendu à plusieurs reprises à Paranhos, le village natal de son arrière-grand-père. Il a pû y rencontrer des membres de la famille Almeida, notamment António, frère de l’arrière grand-père José Almeida Santos, blessé pendant la guerre coloniale en Afrique, ainsi que son épouse Amélia.

En 2025, accompagné de ses enfants, Laurent Sangiovanni est retourné à Paranhos afin de transmettre cette histoire aux nouvelles générations. Informé qu’Amélie était hospitalisée à Seia, il est allé lui rendre visite, illustrant ainsi la permanence des liens tissés il y a plus d’un siècle entre cette famille franco-portugaise et sa terre d’origine.

Le parcours de José Almeida Santos résume à lui seul une page méconnue de l’histoire de l’immigration portugaise en France. Soldat du Corps Expéditionnaire Portugais, époux d’une française, haut fonctionnaire consulaire et personnalité reconnue de Boulogne-sur-Mer, il incarne ces hommes qui ont construit un pont durable entre les deux pays.

Aujourd’hui encore, les voyages réguliers de ses descendants à Paranhos montrent que l’histoire ne s’est pas arrêtée avec la disparition des premiers témoins. Les liens familiaux, les souvenirs et les rencontres continuent d’entretenir cette mémoire commune entre la France et le Portugal, donnant à cette aventure humaine une étonnante actualité.

Une histoire que les arrière-petits-enfants, Laurent Sangiovanni et Thomas Descostes essayent de faire vivre, ayant comme préoccupation de la transmettre à la génération suivante.

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