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Les fados qui racontent des histoires d’amour, souvent tristes mais pas toujours, sont innombrables. Les romans d’amour qui avancent au rythme du fado sont probablement peu nombreux et c’est ce défi que relève Alexandra Vieira dans son premier roman.

Alexandra Vieira est une jeune quarantenaire et son héroïne, Christine, jeune trentenaire. Elle fut longtemps professeur de français en collège, comme son héroïne, elle s’est prise de passion pour le fado en le découvrant au regretté Lusofolie’s, de l’ami João Heitor, comme son héroïne. Mais la ressemblance s’arrête là, nous jure Alexandra Vieira. Le reste de l’histoire, c’est du roman. Elle se permettra au passage, dans le chapitre où Christine découvre le fado au Lusofolie’s, un amusant portrait, assez ressemblant, à la fois narquois et bienveillant, de João Heitor, «un vrai personnage de roman», dit-elle.

Ajoutons que la découverte du fado par Alexandra Vieira fut amplifiée par sa fréquentation de l’Académie de fado et par le fait qu’elle vit avec un violiste de fado, lui aussi ancien de l’Académie, et participait régulièrement, avant la pandémie, à des soirées de fado vadio.

Christine est donc prof’ de français, mariée dès sa jeunesse à Gilbert, cadre gagnant bien sa vie, très pris par le travail. Elle voudrait un enfant, qui ne vient pas, elle s’ennuie un tantinet, peut-être un peu plus qu’un tantinet (on appréciera dans le premier chapitre une description cocasse d’une scène de rentrée dans la salle des professeurs du collège), tout en restant attachée à Gilbert. On craint un instant une nouvelle version de bovarysme, mais Alexandra Vieira saura éviter le piège.

Et voilà qu’à la rentrée scolaire, un jeune étudiant, Ruben, est embauché à son collège. Il est aimable, amical, séduisant en diable. Peu à peu, une sympathie réciproque s’installe. Ruben, étudiant portugais vivant en France, joue de la guitare (portugaise) et fait découvrir le fado à Christine en l’invitant à une soirée de fado (où? au Lusofolie’s bien sûr). Au fil des chapitres, avec une progression joliment dosée, la sympathie va évoluer vers un amour partagé. Nous n’en dirons pas plus sur la suite de l’intrigue. Cette évolution est accompagnée, à chaque fin de chapitre, par le texte (en entier ou en partie) d’un fado qui traduit aussi l’évolution de l’histoire. On y retrouve des classiques du fado (entre autres le ‘Fado Loucura’, ‘Eu já não sei’, ‘Valeu a pena’ et bien entendu ‘Júlia Florista’) mais aussi des textes plus récents, dont le ‘Corpo interdito’ de Fernando Campos de Castro, enregistré récemment par la jeune et talentueuse fadiste Sandra Correia.

Née de parents portugais, passionnée de littérature dès son plus jeune âge, Alexandra Vieira nous explique qu’elle vit avec joie sa «totale biculturalité» franco-portugaise, une source d’«enrichissement intellectuel et social», même si son parcours universitaire et professionnel (elle est professeure certifiée de français) la conduit à s’exprimer en français dans sa production littéraire, mais elle n’exclut pas de traduire son livre en portugais.

Son roman a connu une longue maturation: «dans une première version, c’était uniquement centré sur une histoire d’amour entre deux personnes d’âges différents, que j’ai réécrite plusieurs fois, sans que j’en sois satisfaite. En fait, c’est la découverte du fado, qui me laissait un peu indifférente pendant mon enfance ou mon adolescence, qui a constitué un déclic. Outre les soirées de fado, je me suis mise à l’étudier plus en profondeur, son histoire, ses thématiques».

Un mot sur son éditeur, Plumes de Marmotte, une jeune maison créée il y a à peine deux ans, qui a accueilli et accompagné son projet avec beaucoup d’implication et d’empathie. Un livre qui se lit avec plaisir. Il se dit que les vacances (qui s’approchent) sont une période propice à la lecture. Profitez-en!

 

«Júlia Florista», par Alexandra Vieira

Editions Plumes de Marmotte

14,90€, en librairie ou sur le site de l’éditeur

 

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