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Marco Oliveira est un jeune homme avenant, l’air d’un étudiant sage, à la barbe de trois jours bien entretenue. Il est accompagné par deux excellents musiciens aux looks de rockers, Miguel Amaral à la guitare portugaise (par ailleurs compositeur, et pianiste classique apprécié, comme quoi le look peut être sinon trompeur, du moins incertain) et José Penedo, excellent contrebassiste.

Enfant encore, il accompagnait ses parents dans les maisons de fado et fut subjugué par cette musique et peut-être plus encore par les poèmes qu’il entendait.

Rencontrer Marco Oliveira convainc vite de deux choses: son insatiable curiosité et une solide suite dans les idées. Nous y reviendrons.

 

Le concert

Marco Oliveira le commence par une longue et fine introduction en solo de viola (c’est un musicien accompli, qui a étudié au Conservatoire) à son premier fado, «Gaivotas na terra», le beau poème de Mascarenhas Barreto sur une musique d’António dos Santos. Le décor est planté et Lisboa apparait.

Marco Oliveira nous le confiera plus tard: l’une des choses qui le fascinent dans le fado est son lien avec Lisboa, comment le fado décrit, écrit Lisboa, et comment Lisboa créé et inspire le fado. D’où son attrait pour l’œuvre d’Alfredo Marceneiro et des poètes qu’il a chantés (Linhares Barbosa, Henrique Rego, Silva Tavares, Carlos Conde…), dont il souligne la diversité sociale qui donne des visions de Lisboa différentes en quelque sorte synthétisées dans l’interprétation de «Tio Alfredo».

Autre référence magistrale, Carlos do Carmo et son «Um homem na cidade», avec les poèmes d’Ary dos Santos, puis le souci constant de Carlos do Carmo de valoriser de nouvelles générations de poètes.

Car l’excellent musicien qu’est Marco Oliveira est aussi un fou de poésie, et poète lui-même, il interprètera lors de son concert plusieurs de ses textes, de belle facture. «En 2013, j’avais participé à un concert tout près de Paris. Après le concert, j’ai fait une longue promenade, jusqu’à l’aube, à la recherche de la poésie de Paris». Lors de cette promenade, il a conçu une valse, «Dans Paris», qu’il nous livrera en solo de viola pendant le concert, et sans doute rencontré les fantômes des poètes de Paris, puisqu’il nous chantera «Avec le temps» (Léo Ferré) et «Le pont Mirabeau» (Guillaume Apollinaire, sur une musique d’un compositeur… portugais), dans une séquence du concert un peu «hors fado» (mais où s’arrête le fado?), où il s’accompagne avec sa seule viola, et où entre aussi une bossa nova élégante avec un brin d’ironie, «Canção de fé», qui se termine à… Paris (paroles et musique de Marco Oliveira car, figurez-vous, que ce musicien, poète, est aussi compositeur).

 

Fado

Marco Oliveira (le musicien-poète-compositeur est bien sur chanteur) l’interprète dans un registre vocal proche de celui d’António Zambujo, que nous avons vu souvent à Paris. Pas de mélismes, peu d’estilar, presque à l’opposé de celui de son grand ami Ricardo Ribeiro (ils ont conduit ensemble un projet de la Fondation Gulbenkian sur le baroque et le fado). Une voix très juste, caressante ce qu’il faut, un compasso impeccable.

Quelques compositions originales de Marco et un bataillon de fados traditionnels, soit dans leur texte le plus connu («Vielas de Alfama», chanté par Max, «Amor é água que corre», chanté par Alfredo Marceneiro, «Quero tanto aos olhos teus», écrit et chanté par Manuel de Almeida) soit avec des textes signés par Marco, par exemple sur les fados triplicado, menor, Pedro Rodrigues.

Au total une vingtaine de titres, le public ne sent pas le temps passer, le concert s’achève, les artistes saluent, le public dit qu’il en voudrait encore, les musiciens reviennent pour le rappel de coutume, saluent à nouveau. Le public redit qu’il en voudrait encore. Mais c’est fini.

Restent dans les têtes, en quittant le théâtre, de bien jolies musiques et de bien belles paroles. Merci donc à Marco, Miguel et José. Marco est en train de préparer un nouvel album (sortie prévue début 2018) et pense revenir à Paris l’an prochain. D’ores et déjà, bem-vindo, Marco!

 

 

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