Le joli concert de Carminho (et de Fado Clandestino) au Théâtre Gérard Philipe de Champigny

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Pas toujours facile d’assurer une première partie d’un concert où se produit une vedette. Le trio Fado Clandestino a relevé avec aisance et élégance ce défi devant le public, nombreux, du Théâtre Gérard Philipe de Champigny-sur-Marne, conquis par la présence en scène, une sincérité faite d’émotion et teintée d’humour de la vocaliste Lizzie, et par la précision parfaite et chaleureuse des musiciens, Nucio Sá, brésilien installé de longue date à Lisboa, savant et poète de la musique, à la guitarra, et «notre» Nuno Estevens, lisboète qui passa cinq années en France et y apporta beaucoup à la scène fadiste parisienne, à la viola.

Lizzie aime la poésie, en écrit, en français ou en portugais, dont elle nous donna un exemple, en portugais, beau texte sur l’exil sur la musique de la marcha de Alfredo Marceneiro pour conclure leur prestation. Auparavant, les textes de Charles Baudelaire, Louis Aragon, Fernando Pessoa, sur des musiques de fados traditionnels, sans oublier La prière (de Francis Jammes) immortalisée par Georges Brassens, ni un Fado da sina dans une version très personnelle de ce fado créé et immortalisé par Hermínia Silva en 1946. Une bien belle première partie!

Nous avions entendu Carminho en juillet, dans un sympathique concert en plein air à Pierrefitte, et savions que le répertoire de cette soirée serait assez semblable, dans le cadre confortable du Théâtre Gérard Philipe. Ce fut le cas, la principale innovation étant la présence, en plus d’André Dias (guitarra), Flávio Cardoso (viola) et Tiago Maia (viola baixa), de Pedro Giraldes (guitare électrique et pedal steel).

Nous n’étions pas convaincus de l’utilité d’introduire l’électronique dans le fado, comme c’est aujourd’hui une sorte de mode (Mariza et Ana Moura entre autres). Reconnaissons à Pedro Giraldes une discrétion que n’ont pas toujours ses homologues, ses interventions ayant de fait apporté çà et là quelques touches de couleur bienvenues.

Carminho, elle, avait conservé son éclatant sourire et sa bonne humeur de juillet, son français toujours aussi hésitant («c’est charmant, non?», dit-elle au public, qui était bien d’accord, ou bien, présentant un fado: «si lui vient, c’est avec amour et des fleurs, si pas fleurs, pas vient»), son talent pour faire monter l’émotion, avec âpreté si nécessaire, et son allégresse communicative, allant presque jusqu’à la danse, ce qui est périlleux si on porte des talons aiguille, vraiment aiguille, de dix centimètres, dans les chansons reprenant des thèmes du folklore ou la marcha de Alfama.

Dans les divers entretiens que Carminho nous a accordés au cours des huit dernières années, il est un mot qui revient tel un leitmotiv: liberté. Depuis son «le fado ne me prend pas, il me libère» de 2013, elle s’est peu à peu libérée, jusqu’à aujourd’hui écrire de plus en plus les poèmes qu’elle chante, composer à l’occasion des musiques, devenir son propre producteur. Une soif de liberté qui se conjugue avec sa fidélité à la musique du fado, à ce qu’elle doit à Amália Rodrigues, dont elle s’inspire parfois dans sa façon d’estilar, et à sa mère, Teresa Siqueira, elle-même fadiste de talent et un temps dirigeante de la Taverna do Embuçado (une «taverna» très chic!), où grandit la petite Carminho, diminutif de Maria do Carmo qui ne l’a jamais quitté. Carminho est repartie dans ses tournées. Elle reviendra, c’est sûr, et nous y serons.

Un grand merci, au passage, à José Tavares, grand ordonnateur de ce Festival de Marne dans lequel ce concert s’inscrivait, et qui eut le bon goût de le programmer.

 

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LusoJornal