L’illustrateur portugais Alex Gozblau à Paris: «Comment donner un visage à l’œuvre d’un autre?»

Artiste plasticien, né en 1971, résidant actuellement à Porto, Alex Gozblau a illustré pour la presse, l’édition, le cinéma d’animation, la bande dessinée et le théâtre.

Pour les éditions Chandeigne, il a illustré les couvertures de plusieurs livres, dont le tout récent roman «De la famille», de Valério Romão, ou «Les contes de la montagne», de Miguel Torga. D’autres couvertures sont en projet chez ce même éditeur.

Le mardi 27 mars Alex Gozblau sera présent à la Bibliothèque de la Fondation Calouste Gulbenkian de Paris pour une Master class ouverte à tous. Il parlera du travail de lecteur et d’interprète préalable à celui d’illustrateur: comment donner un visage à l’œuvre d’un autre, comment illustrer sans tout révéler. Le lendemain, associé à la Compagnie Cá e Lá, il sera à la Maison du Portugal (Cité Universitaire de Paris) où il participera à une lecture inspirée des ouvrages cités ci-dessus. En ce même lieu se déroulera, du 28 mars au 28 avril, l’exposition intitulée «Les mots des autres» montrant les œuvres d’Alex Gozblau.

 

Comment votre collaboration avec les éditions Chandeigne est-elle née?

En été 2016, les éditions Chandeigne ont publié le roman «Autisme» de Valério Romão. Comme j’avais déjà illustré la couverture de la version originale parue chez Abysmo, et comme ils ont aimé cette couverture, ils m’ont contacté car ils voulaient l’utiliser aussi pour la version française. Après quelques adaptations nécessaires, à cause du format, le travail a été réalisé et il a plu aux lecteurs. Et quelques mois après, les éditions Chandeigne m’ont demandé de réaliser aussi une couverture pour le livre «Contes de la Montagne», de Miguel Torga. C’est ainsi que de nouveaux projets de couverture ont commencé à surgir…

 

Pouvez-vous nous parler de votre formation et de votre arrivée dans le monde de l’illustration, du design, du graphisme?

C’est une question simple à laquelle je ne sais jamais répondre. Je suis arrivé dans le monde des arts un peu à tâtons. Je n’ai jamais étudié les arts visuels, je suis un autodidacte et je pense que c’est mon goût pour la lecture et les images qui m’a permis de devenir illustrateur. Après, le reste est venu par la nécessité de trouver un métier.

 

Au cours du Master class que vous animerez à la Bibliothèque de la Gulbenkian de Paris, mardi prochain, un des points qui sera abordé est: «Comment donner un visage à l’œuvre d’un autre?». Pouvez-vous déjà nous dire quelques mots sur ce sujet?

Étymologiquement, illustrer signifie illuminer, éclairer, embellir. Or, c’est précisément cela le but de l’illustration: apporter de la lumière, dévoiler, montrer. S’agissant d’une idée, d’un mot ou d’une histoire, c’est-à-dire toutes ces formes qui impliquent une interprétation subjective, le travail de l’illustrateur ne consiste pas à indiquer le chemin au lecteur, mais plutôt à lui présenter une lecture possible. Ainsi, mardi prochain, au cours de la rencontre à laquelle la Fondation Gulbenkian a eu la gentillesse de m’inviter, je parlerai un peu de cela, en partant de mon expérience et en m’intéressant surtout aux couvertures de livres.

 

Quelles qualités ou compétences doit-on avoir pour travailler dans une aussi large palette de disciplines artistiques, comment c’est votre cas?

Je dirais qu’il faut une bonne dose de prise de risque, de la rigueur… et une grande corbeille à papier. Il faut savoir gérer sa capacité à déambuler, à observer ce qui nous entoure, à maîtriser le temps et à savoir trouver ce que l’on attend. Mais il faut aussi essayer d’aller toujours plus loin et trouver un équilibre entre la part qui revient à la création artistique et celle qui revient au travail proprement dit, nécessaire à la concrétisation de l’œuvre. La mémoire aussi est un outil indispensable, sans laquelle la compréhension historique des choses, la connaissance des sources et des références, ou la reconnaissance des codes dont nous avons besoin sont impossibles. Quant à la corbeille à papier, elle est essentielle pour y enterrer toutes les idées formidables que nous pouvons trouver mais qui ne servent à rien et qui ne méritent pas d’être recyclées.

 

Comment peut-on caractériser votre œuvre? Par quels artistes avez-vous été influencé ou quelles sont vos préférences dans le domaine de l’illustration?

Je dirais que je suis plutôt un figuratif. Je ne me sens pas très attiré par ce qui est purement conceptuel, et même mon côté narratif, avec le temps, il s’est atténué. En général j’essaie de capter un moment de tension, soit à travers une scène, soit à travers un portrait. Je fais souvent du piratage, je vole des influences de toutes parts, je copie et j’imite beaucoup. Non seulement dans le domaine des arts visuels, mais aussi dans celui de la littérature, de la musique, du cinéma. Je crois même que je trouve plus d’inspiration dans les domaines extérieurs à l’illustration et au dessin. Il me serait difficile de citer des noms, mais les artistes dont je me nourris sont extrêmement nombreux. En ce moment, je termine un projet qui m’a pris une année entière de travail. En effet, pendant un an, tous les jours, j’ai fait le portrait de quelqu’un qui à un certain moment de ma vie a compté pour moi: des écrivains, des artistes, des réalisateurs, des personnalités historiques, des musiciens, des architectes, un peu de tout. Dans une certaine mesure, ils font tous partie de mon autoportrait.

 

Et on peut les découvrir: www.instagram.com/gozblau/

 

 

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LusoJornal