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L’immigration portugaise en France des années 1920: l’exemple des Mines de charbon de Lens

Archives Nationales du Monde du Travail à Roubaix

Avec les propos du présent article nous pensons pouvoir apporter une petite pierre à l’histoire de l’immigration portugaise en France en abordant en détail, un fait migratoire.

Même si nos propos paraissent longs, le sujet sera loin d’être épuisé. Nous apportons ici une réflexion, un constat, après une quarantaine d’heures de recherches intenses et systématiques.

Les données que nous avons réunies ont pu être collectées grâce à la consultation des Archives Nationales du Monde, à Roubaix.

Ces archives sont une véritable mine pour les chercheurs.

On parle souvent de l’immigration portugaise venue en France dans les années 1960-1970, avec raison, car étant la plus massive. Toutefois, on a des traces de l’arrivée de quelques milliers de Portugais dès les années 1920.

L’étude que nous avons menée est un des exemples sur cette immigration portugaise vers la France au début du XX siècle.

Nous avons eu accès à presque 27 mille fiches de mineures qui ont travaillé dans la Compagnie de Lens et qui sont nés avant 1900.

Parmi les presque 27 mille, nous avons repéré 91 mineurs d’origine portugaise.

À notre demande, les Archives Nationales du Monde du Travail, nous ont fourni toutes les fiches de ces 91 mineurs. Les propos qui vont suivre ont été collectés minutieusement à partir des dites fiches. Elles nous donnent un nombre très important d’informations.

Pour mieux situer et appréhender notre étude, citons les chiffres qui se rapportent aux années 1920 sur l’immigration portugaise en France.

Dans la littérature consultée, nous pouvons lire dans la revue Hommes & Migrations: «entre 1921 et 1932, du fait des conséquences de la guerre – les besoins pour la reconstruction et le peuplement de la France – on a fait appel à l’immigration des pays du sud: Italie, Espagne, Portugal, mais également de la Pologne… Durant cette période, l’immigration portugaise en France a progressé très rapidement. Ils sont 10.000 en 1921, 29.000 en 1926 et 50.000 en 1931». Nous apporterons quelques nuances à ces propos.

La première nuance sur l’immigration portugaise, tout au moins dans le Nord et Pas-de-Calais, des années 1920, est le fait que quelques soldats portugais qui ont participé à la Première Guerre mondiale sont restés en France.

On peut considérer cela comme faisant partie de la 1re vague d’immigration portugaise vers la France.

Nous n’avons pas comparé, fiche par fiche, entre les mineurs portugais et les archives du Corpo Expedicionário Português. C’est presque une autre étude à développer. Nous avons toutefois comparé 6 fiches de mineurs, parmi ceux qui le plutôt se sont inscrits comme étrangers en France et le fichier du Corpo Expedicionário Português.

Sur les 6 fiches de mineurs, nous concluons qu’au moins 3 sont des soldats portugais restés en France ou qui sont revenus (1). Revenus pour le travail, mais aussi parce que tombés amoureux, voir parce qu’ils sont devenus papas.

Les trois mineurs ainsi repérés sont António da Silva Paixão, José Guerreiro et Adolph Rodrigues.

Ce dernier a francisé son prénom. Il est née le 12 novembre 1892 à Mogadouro (Bragança) et s’est déclaré étranger le 20 février 1920, à Vendin-le-Vieil. Il a commencé son travail dans la mine le 05 décembre 1923 dans la fosse 7 et a pris sa retraite le 25 juillet 1949. Il a été marié deux fois et a eu deux enfants. Pendant ses années de mine il s’est arrêté à la suite de trois accidents, heureusement mineurs.

Adolfo da Conceição Rodrigues a embarqué vers la France le 15 mars 1917. Il faisait partie du régiment «Cavalaria 6» et portait le numéro Praça d’Identidade 72921. Il a quitté l’Armée le 4 avril 1919, ayant élu domicile, à l’époque, à Isbergues.

Le mineur le plus âgé qui s’est engagé dans les mines de Lens a été Adelino Ferreira, né le 24 avril 1873 et le plus jeune Joaquim Pego, née le 18 octobre 1899 à Albarda (Guarda).

Parmi les 91 fiches de mineurs, nous n’avons pas pu déterminer le lieu de naissance de 17. On peut toutefois mettre en évidence, déjà, une émigration portugaise vers la France avec une origine géographique bien définie: 15 mineurs étaient originaires du district de Porto, 11 de Braga, 10 de Bragança, 8 de Faro (dont 5 de Loulé), 6 de Guarda, 4 de Lisboa, 3 de Viana do Castelo et 3 de Vila Real.

Pour pouvoir rester en France ou venir, il était nécessaire de s’enregistrer en tant qu’étranger. On ne connaît pas la date d’enregistrement de 13 mineurs. Les premiers enregistrements datent de l’année 1919, au nombre de 3. Le dernier mineur d’origine du Portugal s’est enregistré le 15 février 1943, il s’agit de Joaquim Ferreira Morgado. L’année qui a eu le plus enregistrement c’est 1924, 12 en tout. Onze ont été enregistrés en 1923, 10 en 1922, 7 en 1921, 5 en 1925, 4 en 1920, 1 en 1926…

Parmi les 91 mineurs, 6 ont pris la nationalité française. Parmi ses 6, 4 ont eu des épouses françaises.

Concernant le lieu de déclaration d’étrangers, on connaît les villes où 76 se sont enregistrés. A Liévin on comptabilise 9 mineurs inscrits, 6 à Vendin-le-Vieil, 6 à Lens, 6 à Meuchin, 5 à Sallaumines… De noter que deux mineurs se sont enregistrés dès la traversée de la frontière hispano-française: Joaquim Pires, originaire de Vila Boa (Bragança) s’est inscrit à Hendaye et Joaquim Pego, d’Albarda (Guarda), s’est inscrit à St. Jean de Luz.

Pendant que les 91 Portugais ont fait partie de la Compagnie de Mines de Lens, 40 ont déclaré être mariés, dont 24 avec des jeunes françaises, 13 étant plus jeunes que leurs maris. Des 24 mariages entre Portugais et françaises, 3 ont eu lieu à Vendin-le-Vieil, 3 à Arleux-en-Gohelle et 2 à Lens.

Les enfants déclarés à la suite des 24 mariages ont été au nombre de 94, soit une moyenne de 3,4 par couple. De noter que le couple Arthur da Costa de Fundões (Vila Real) et Sara Margueritte Cassez, habitant à Vendin-en-Vieil ont eu 10 enfants, dont 4 garçons et 6 filles. Hermínio Manuel Pereira, originaire de Cadaval (Lisboa) et Constance Bonsouck, habitant Lens, ont eu 7 enfants.

Peut-on conclure qu’à l’époque les Portugais se regroupaient déjà entre eux quand ils arrivaient?

Voici les données que nous avons pu réunir sur ce thème: pour 9 mineurs, nous n’avons pas pu déterminer où ils ont habité, 21 l’ont été à Vendin-le-Vieil, dont 5 rue G. Delory, 12 à Lens, dont 3 rue Bataille, 5 habitant rue La Fontaine, à Meuchin, 3 à Arleux-en-Gohelle, 2 à Liévin et les autres dans des villes différentes.

Notre recherche est loin d’être terminée, car il y a entre le moment de fin de la guerre, le moment où les futurs mineurs se sont inscrits en tant qu’étrangers et le moment où ils sont entrés à la mine, une période plus ou moins longue. Qu’ont-ils fait, ont-ils travaillé avant, ont-ils été formés avant d’entrer à la mine?

António Esteves originaire de Monção (Viana do Castelo) a été le premier Portugais à travailler dans la mine. Il y est rentré le 1er septembre 1921. Il n’a travaillé à la mine que 5 jours.

Celui qui est rentré le plus tardivement a été François Rocha, né à Loulé (Faro) et a pris ses premières fonctions à la fosse 15 le 19 février 1940. Il sera un des rares à partir à la retraite à la suite de son travail à la mine. Il la prendra le 1er février 1954.

Un nombre important de mineurs d’origine portugaise n’ont travaillé que quelques jours, voire quelques mois dans la mine. Nous n’avons comptabilisé que 15 mineurs qui ont travaillé plus que 5 ans. Nous verrons un peu plus loin les raisons évoquées de leur sortie de la mine. Par contre, prouvant la difficulté du travail de l’époque, c’est le fait que quand ils ont travaillé plusieurs années sans accidents, ils déclarent moins de 5 jours d’absence par an, soit 360 jours de travail pendant une année.

Le mineur d’origine portugaise dans la Compagnie de Lens avec la plus grande longévité au travail a été Avelino Rocha, originaire de Meios (Guarda). Il a travaillé 30 ans et 10 mois.

Un autre point de notre recherche a concerné le lieu de travail. On n’a pas pu déterminer où ont commencé à travailler 8 des 91 mineurs. Par nombre de premières embauches à la mine: 13 l’ont été dans le service électricité, 14 à la fosse 5, 12 à la fosse 12, 5 à la fosse 1 et 8, et 3 aux fosses 14 et 15.

Intéressant est également d’examiner les raisons de la sortie de la mine: 24 mineurs ont évoqué la volonté de partir au Portugal, 7 sont partis pour une question de salaire, 6 ne se plaisaient plus, 4 ont été renvoyés, 4 ont arrêté par maladie, 2 ont décédé, un a eu un accident de moto. Deux mineurs d’origine portugaise se sont engagés pendant la 2ème Guerre mondiale et un a été fait Prisonnier de guerre.

De noter qu’on a comptabilisé à peine 10 mineurs qui sont partis en retraite à la suite de leur travail de mineurs, dont un pour raisons médicales (silicose).

Concernant la profession indiquée, 30 fiches n’ont pas cette précision, 22 ont été embauchés comme mineurs, 21 manœuvres, 3 électriciens, 2 constructeurs, 2 remblayeurs, 2 aides… on a même un rocheur, un charpentier, un cimentier et un manutentionnaire.

On connaît très peu de noms de la dernière entreprise où les 91 mineurs ont travaillé. Citons 20 dont le dernier travail connu a été chez l’entreprise Beaucourt, 4 chez Courtecuisse et 2 chez Boulanger.

Dans les 91 fiches de mineurs, 20 ont des notations sur des problèmes de santé, allant de la perte de phalanges à la varicelle, en passant par le lipome, contusion, factures diverses, dont une fracture de la colonne vertébrale.

Chose étonnante, plus possible de nos jours, c’est le fait que le mineur était noté au niveau de leur force, caractère et aptitude. Sur les 91 mineurs, 38 n’ont pas eu de notation indiquée sur leur fiche.

Concernant la force: 2 mineurs ont été notés avec une force de 7 ou 8 sur 20, 20 ont été notés avec une force entre 10 et 15, 2 ont été notés avec plus de 15/20, 7 ont été notés force bonne, 3 assez bien, 5 moyens, les notés médiocres, mauvais, maladif, passable, faible ont été notés au nombre de 6.

Pour la 2ème notation, le caractère, voici les résultats que nous avons comptabilisé: 35 bons, 5 assez bon, 2 sournois, 1 grincheux, 3 médiocres ou mauvais.

Pour finir, pour l’aptitude: 24 ont été notés ayant une bonne aptitude, 7 assez bien, 6 passables, 5 mauvais, 2 médiocre et même un fainéant.

D’autres recherches restent à mener et à approfondir. Les données que nous laissons ici nous permettent, vous permettent, d’avoir une certaine vision sur l’immigration portugaise en France des années 1920 et ce grâce à l’exemple des Mineurs d’origine portugaise qui ont travaillé dans la Compagnie de Lens et étant né avant l’an 1900.

 

(1) Un article que nous avons publié dans LusoJornal du 19 avril 2019 nous parle de Manuel da Cunha França, qui étant reparti au Portugal revient pour se marier avec une jeune d’Armentières et ainsi constituer famille.

 

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