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Cultura

 

Ce récit onirique, «Scission d’un songe – ou le souffle d’Ama» (Librinova, octobre 2021), est avant tout un merveilleux conte poétique, «un peu autobiographique, constitué de fragments raccommodés», comme aime le présenter son auteure, Ausência Leal (pseudonyme de Fátima Leitão).

Ici, c’est l’eau, sous ses différentes formes et configurations – ruisseau, lac, fleuve, mer, larmes, sueur – qui nous raconte son «songe», qui devient le fil conducteur unissant tous les fragments dispersés dans le temps, donnant ainsi corps à la divagation poétique de l’auteure.

Dans sa perception troublée, comme la vision exclusive de l’auteure, née aveugle, qui a progressivement perçu la poésie du monde dans le scintillement d’une flaque ou le ruissellement des larmes, «l’eau coule le long du rêve d’Antoine et d’Ama – les protagonistes – entre souvenirs déformés, présent imaginé et réalité, entre contre-jour et éblouissement, entre Paris et Porto», jusqu’à l’océan Atlantique où ils retrouvent enfin leurs vraies natures, où tout se révèle et où l’auteure-narratrice refait surface: «Les deux parties de moi se sont scindées dans ma propre quête, à la recherche de mon être égaré dans une vie dont je ne veux plus. Je me suis trop éloignée de moi. Je me rejoins sur les rives du Douro jusqu’à celles de la Seine. Antoine et Ama ce n’est que moi, mes souvenirs et mon imagination qui coule comme une source».

«Scission d’un songe» est composé de 50 courts chapitres, ou tableaux, chacun étant précédé d’une «invitation musicale», allant de «Nabucco – Chœur des esclaves», de Verdi, jusqu’à «Porto sentido», de Rui Veloso ou «Paris canaille», de Léo Ferré, en passant par «Momento», de Pedro Abrunhosa, et beaucoup d’autres. Dans le texte qui sert d’avant-propos, fort justement intitulé «ouverture», l’auteure nous révèle que «la chanson à texte m’a entraînée vers la poésie en me soutenant à chaque étape de l’existence, passant avec moi les relais successifs de l’enfance, de l’adolescence et de l’adulte que je suis».

Et même si elle précise que «la chanson et la musique ont précédé les livres, difficilement accessibles pour moi jusqu’au portail de l’adolescence», la littérature (Fernando Pessoa, José Luís Peixoto) est également présente dans ce périple aquatique.

Dans un très beau texte introductif, sur un fond sonore de Nick Cave and the Bad Seeds, «Water’s edge», l’entité Eau, à qui l’auteure «cède la parole avec son propre point de vue» et qui nous sert de guide, se présente: «Sans ma présence sur la Terre, toute espèce vivante ne serait qu’une chimère, car je suis la Vie elle-même, le point initial. Le parcours éternel sans cesse renouvelé».

Outre les images et les allégories liées à l’eau, on trouvera aussi dans ce texte, ainsi que dans plusieurs tableaux de «Scission d’un songe», de nombreuses réflexions et interrogations philosophiques, remettant en cause les modes de vie actuels et une nouvelle forme de «ruée vers l’or» qui menace notre planète.

Née en Seine-Saint-Denis, de parents paysans immigrés en France, l’envie d’écrire est apparue chez Ausência Leal en pleine «adolescence révoltée». «Scission d’un songe» est le fruit d’un long travail personnel et de quelques années passées en ateliers d’écriture.

À travers la voie (et la voix) de l’Eau, nous apprenons que «ses ancêtres sont arrivés à la gare d’Austerlitz après le passage de plusieurs frontières pour lui offrir une naissance pleine d’espoir. Les premières tentatives clandestines ont échoué sur des rives de désespoir. Tant d’épuisements dans les traversées de montagnes, d’emprisonnements pour rien. Tout est à recommencer».

Par son langage poétique et son rythme «allegro ma non troppo», par son extrême sensibilité, non dépourvue de sensualité, et enfin par le mode onirique du récit, «Scission d’un songe» est sans nul doute l’un des textes les plus originaux publiés en France par ceux qui ont vécu, directement ou indirectement, l’exode portugais.

 

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