Opinion: Confessions intimes…

Je viens, de nouveau, auprès de vous, par le truchement des mots, vous raconter une partie de mon histoire… Moments intimes s’il en est mais nécessaires pour mon combat actuel.

Je veux simplement vous parler de la future commémoration de la Bataille de La Lys… Projet que j’ai particulièrement à cœur, non seulement par respect envers ces pauvres soldats portugais mais aussi pour une meilleurs connaissance et reconnaissance de notre propre histoire.

Quand mon ami António Marrucho est venu me proposer de participer à une réunion de Portugais sur le sujet, j’avoue très sincèrement que je n’y croyais pas. Je sais par expérience que l’organisation, la prise de décisions, les délais, le financement, les erreurs et patchs de dernières minutes, font partie intégrale de notre culture. Il faut bien le reconnaitre et j’en ai la preuve tous les jours et je dirais malheureusement.

On est carrément pusillanime…

Ok! Réunion.

D’abord votre CV, parfois en pure fantaisie, présentation illusoire qui ne présageait rien de bon.

Néanmoins, nous sortons de là avec un début. «Une exposition de peinture sur le Portugal» ma pauvre contribution, à l’initiative d’António Marrucho.

Heureusement, je n’étais pas seul, un groupe super sympa «Sol do Portugal» au chant, Madame Tyrou (de la Mairie) avec un œil attentif sur l’organisation, en chef d’orchestre et notre ami António à la logistique frugale. Je peux vous dire que tout à fait entre nous, de justesse, je suis sûr que mon ami António ne m’a pas tout dit à ce sujet… Mais ce fût tout de même une fête comme on les aime, pleines de souvenirs présents et passés.

Quoi qu’il en soit, nous avons tous passé le message et réveillé un peu notre histoire commune. Le Portugal? 14/18… AH OUI!? Je ne savais pas… Et pour le reste non plus? Ben! Je ne savais pas…

D’autres personnes ont été nommées et d’autres événements ont suivis, enfin je pense et j’espère.

Voici maintenant l’heure de ma véritable confession. Pourquoi j’ai dit «oui» tout de suite à la proposition de mon ami António…

J’avais treize ans quand j’ai passé le concours de l’École Privée Renault, école très particulière où pas moins de 1.800 participants, donc autant de prétendants pour seulement 60 places. Moi qui voulais faire les beaux-arts ou au moins l’école boule, pour ceux qui connaissent… Mais voilà, mon père, adepte de la doctrine Renault, presque un sacerdoce pour moi et une rédemption pour lui… Enfin, les parents ont toujours raison et à fortiori quand ils sont Portugais. Il avait déjà fait embaucher tellement de Portugais, pourquoi pas son fils?

Il a commencé comme ouvrier spécialisé et a fini comme, ce que l’on appelle aujourd’hui «ingénieur sécurité». L’évolution entre hier et aujourd’hui donne, des fois, des histoires où l’on ne peut qu’en rire…

Bref! Les examens passés, connaissances générales, maths, français, tests psychotechniques, psychologue, toubib… LA NASA… Me voilà à la rentrée, cursus différent car attentes différentes, l’élite sous peine de sortie prématurée. Le 11 novembre est là, la commémoration aux anciens élèves qui ont combattus et sont tombés, aussi.

Un élève est désigné pour représenter l’école et tous ses élèves. Devant cette plaque où étaient gravés les noms de ces malheureux et les différentes gerbes qui trônaient ici et là, moi-même j’en avais une… Moi, le Portugais, je me demandais ce que je foutais là… (Foutait, était bien le mot qui m’est venu à ce moment-là). Mais, mais!? Ils ont choisi un Portugais, le seul dans cette «P» d’école, le seul qui n’a rien à voir avec ça!

Moi et mes ancêtres les Gaulois, livres d’histoires, rien, histoire perso, rien… Je n’étais pas féru d’histoire à cette époque. C’est quand je suis rentré à la maison que ma mère me dit, après lui avoir raconté ma péripétie: «Mais ton arrière-grand-père y était aussi, à Rity, Rimy, c’est mon oncle ‘Chico Vitória’ qui a les médailles».

J’ai eu honte et je me suis assis. Je crois que c’est à partir de ce moment-là que je me suis intéressé à l’histoire. En fait, à mes deux cultures, à mes deux histoires. J’ai depuis cherché, j’ai bien retrouvé les médailles, peut-être le nom de la ville de son cantonnement «Vimy», mais aucun papier confirmant sa présence.

J’ai été présent, tous les 11 novembre de mon cursus, devant cette plaque, entouré de mes anciens, fier et osant enfin, les regarder dans les yeux.

Je crois que c’est cette honte qui m’a fait accepter de suite la proposition d’António et surtout qui me fait demander aujourd’hui à tous les Portugais, qu’ils soient docteurs ou docteurs, ingénieurs ou ingénieux, forças de la truelle et du béton, gardiennes chevronnées ou impertinentes, rois de la ficelle ou de la plomberie, représentants militaires avec ou sans arme, Ambassadeurs, Consuls, Vice-Consuls, Consuls Honoraire, Députés d’ici et d’ailleurs, aux autorités les plus hautes de ce Portugal qui bien souvent ne sont pas là.

De faire quelque chose qui nous soit représentatif, de transmettre au moins ces informations aux Portugais, mais aussi aux Français et autres… Nous étions là aussi et cette fois nous vous rendons hommage. Et pas qu’en paroles ou vaines promesses…

Que vous ne soyez pas perdus à jamais…

Bataille de La Lys, «garder bien cette date en mémoire le 9 avril 1918». J’y serais «au nom de tous les miens, d’ici et d’ailleurs».

Merci

 

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LusoJornal