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Large sourire, yeux joyeux et bras toujours grands ouverts à chaque fois que je le voyais. “Cariiiiinaaaa!”, m’accueillait Gérald avec sa voix solide qui signifiait: Bienvenue chez toi. Être avec Gérald était comme ouvrir un livre dont sa propre voix nous faisait voyager à nous tous, fils de l’exil. Il en était un lui-même. Ses histoires et ses photos étaient des miroirs d’exils, de voyages et de traversées guidés par ces visages perdus mais pleins d’espoir. Le visage de Gérald était lui-même rayon de soleil et éclair de tempête: sous le sourire, toujours l’inquiétude. Il savait que ce qu’il avait photographié dans les bidonvilles portugais des années 60 était intemporel: hier les Portugais, aujourd’hui tant d’autres qui se noient dans les rêves de l’immigration et d’une vie meilleure.

Gérald me parlait d’esclavage moderne pour décrire ceux qui ont atterri dans les bidonvilles. Dans ses photos, je voyais le regard curieux, méfiant et défiant des enfants au milieu des baraques ou derrière les fenêtres. Je voyais les hommes toujours en mouvement, dos à la caméra et pieds dans la boue. Je voyais cette image ensorcelante des boîtes aux lettres chiffrées et alignées sur trois bouts de bois. Je voyais les valises, plein de valises, et les femmes endimanchées pour un voyage vers l’inconnu. Je voyais des hommes accrochant du linge sur un fil de fer lui aussi accroché aux baraques. Boue, valises, fer, tôles, bois… un monde d’histoires communes de milliers de personnes dans quelques centaines de photos.

Pour moi Gérald était aussi “un fils des grands découvreurs”, une phrase qu’il répétait à chaque entrevue pour me parler des Portugais. Il avait découvert ces “fils des grands découvreurs” dans des villages faites de tôles ondulées et de boue qu’il m’a montrés d’abord en photo et dont on a essayé de retrouver les traces presque 50 ans après. On était fin 2007 et on m’a demandé un grand reportage sur un photographe qui avait fait des images dans les bidonvilles portugais dans les années 60. Dès la première rencontre, Gérald et Isabelle m’ont ouvert les portes de centaines d’archives photos, de mémoires et d’émotions. Puis, on est allés filmer Gérald dans ce qui restait d’anciens terrains de bidonvilles et je retrouvais l’homme qui avait immortalisé l’histoire longtemps cachée des Portugais en France. Puis, on l’a suivi à sa première rétrospective au Portugal, au Musée Berardo, en 2008. C’était l’exposition qui sortait, enfin, de l’obscurité les années de boue et de sacrifices, de rêves et d’espoirs de milliers de portugais qui fuyaient la misère sociale, économique et politique en quête d’une quelconque dignité.

D’une générosité sans entraves, un jour, lors d’une exposition d’une association portugaise dans la région de Paris et où se déplaçait le Maire de ma ville au Portugal, Gérald a décidé d’offrir une centaine de photos au Musée de l’immigration de Fafe. Puis, il a une exposition dans ma ville natale, un jour ou le maître Manoel de Oliveira était aussi à Fafe… il fallait voir ces deux hommes-là souriant mutuellement de leurs histoires… Les expos se sont enchainées et à chaque fois je lui tendais humblement mon micro dans l’espoir de faire voyager davantage son nom et ses images. À chaque interview, le même enthousiasme et le regard toujours engagé car il insistait que la lutte continuait pour que l’humanité soit enfin humaine.

Gérald, tu m’as appris à regarder le monde avec plus d’humanité et à être encore plus alerte. Merci. Tu me manques, mais tes images vont continuer à voyager grâce à la femme qui t’a aussi aidé à devenir ce que tu es: Isabelle.

 

Linda de Suza 19/20
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