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Opinião

 

Partout en Europe, le climat politique se détraque inexorablement. Le Portugal n’y échappe pas, même si les Portugais avaient perdu l’habitude des crises politiques. Lisboa, le 27 octobre dernier, contre toute attente, le projet de budget d’État pour 2022 est plombé (littéralement traduit du portugais au français) ou «chumbado». À la suite du rejet par les Députés, notamment Communistes qui cherchent une voie de survie, le Président de la République portugaise a annoncé jeudi 4 novembre au soir, la dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections législatives anticipées, le 30 janvier prochain.

Sans bousculer aucun calendrier, la joie de retrouver les urnes était déjà ténue pour devenir désormais improbable. Le Coronavirus gâche encore «toutes nos opportunités et toutes nos chances» autant que le taux de participation parmi les électeurs, vivant au Portugal comme le million et demi d’inscrits vivant à l’étranger. Les votes Contre du PSD, CDS-PP, Chega, Iniciativa Liberal, mais aussi ceux du PCP, du PEV et du Bloc de Gauche en auront décidé ainsi. Une gauche divisée, moins affaiblie qu’ailleurs mais balayant d’une traite le souvenir lointain d’une union miraculeuse en 2015, post-austéritaire qui avait pourtant guéri bien des blessures sociales. Une Union de la gauche laissée de côté aussi en 2019 aux élections législatives suivantes par un PS assez majoritaire pour tenir fermement le gouvernail de la caravelle vers la justice comme jadis naguère les Navigateurs vers le Nouveau monde.

«Des élections dont on se serait bien passées!» commentent ces jours-ci des Portugais inquiets de la dissolution du Parlement, conscients des conséquences néfastes sur les équilibres propres au Portugal. Surtout, le spectre d’une crise économique angoisse les uns et les autres si les fonds européens ne sont pas crédités en temps et en heure, rappelant des jours sombres de dépossession de souveraineté, lors du passage de la froide Troïka.

De fait, RIP quelques mesures socialement progressistes: l’assiette de l’impôt revisitée pour multiplier les seuils d’imposition et épargner nombre de cotisants moyennement rémunérés, RIP l’augmentation des petites retraites qui n’ont plus qu’à s’accrocher aux mauvais sort de l’inflation. RIP l’augmentation du salaire minimum, sauf mis exceptionnellement en application par Décret gouvernemental, même suspense pour la valorisation des salaires de la fonction publique ou l’investissement croissant dans le Service National de Santé public.

Quant au Gouvernement, celui-ci garde la plénitude de ses fonctions, enfin dans le texte. Les avancées prévues à l’Agenda du Travail Digne aura eu sa chance seulement quelques jours, avec un éventail d’amendements au droit du travail qui ne figure pas dans les chapitres du Projet du Budget mais dont certaines mesures innovantes avaient été négociées dans ce cadre précis.

Une partie de la Gauche portugaise, dont la définition erronée de l’ambition sociale lui appartient, estime que ce projet de projet de Budget d’État n’était pas à la hauteur des enjeux. Mieux dit ou pire, ce projet de loi de Finances «n’allait pas assez loin?!»

Pas assez loin? Nombreux sont les Portugais, notamment parmi celles et ceux qui résident à l’étranger, en Europe, dans des pays qui crient leur avance sans y être, à espérer encore des débats aussi progressistes qu’au Palais de São Bento! Ceci, dans la continuité des combats victorieux d’un PS portugais bien vivant quand ses «frères» de la famille des gauches européennes, forts seulement de slogans sans effets pour la plupart, ont renoncé à se battre pour une société plus respirable et plus juste.

Au dehors du Portugal, où des sujets sociétaux comme la fin de vie dans la dignité, l’insémination post mortem, la gestation pour autrui, la légalisation du lobbying, l’usage récréatif du cannabis, ont-ils été débattus et voté sereinement, sans avoir frôlé une guerre civile? En France, nous sommes loin d’avoir été trop loin!

Habiter en Europe ou à l’étranger ne nous empêche en rien d’être fiers de la maturité de la jeune démocratie portugaise, laquelle affronte résiliente et créative, tous les défis du XXIème siècle et de laquelle nous exigeons la même ambition, vis-à-vis des droits des Portugais de l’Europe, vis-à-vis de celles et ceux qui font l’honneur du nom de ce petit pays qui offrit de nouveaux chemins maritimes au monde, ces chemins que nous avons continué à parcourir, sans peur du lendemain.

Au fait, vos idées sont les bienvenues. D’ailleurs, nous les inclurons dans un programme électoral digne de ce nom. Quid de l’enseignement de la langue de Camões partout où il fait défaut et l’abandon des frais de scolarité? Quid du réseau consulaire et diplomatique plus que renforcé? Quid d’un soutien innovant aux associations? Quid des pouvoirs du CCP, symboliques ou plus politiques? Quid d’un budget participatif dans nos mains? Quid du vote électronique effectif à toutes les élections? À quand des candidat.es issu(e)s de notre histoire, désignés par nous-mêmes et combien pour nous représenter à Lisboa, nombre dérisoire aujourd’hui?

Rendez-vous le 30 janvier 2022, avec l’Histoire du Portugal. Notre bulletin va émigrer puis immigrer, comme notre destin, fait d’allers-retours. Étrange, non? En tout cas, qu’aucun ne manque à l’affirmation de notre volonté!

 

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