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Depuis l’apparition de la pandémie due au Covid-19, les occasions de participer à une soirée de fado se font rares. Il ne faut donc, tant qu’on le peut, ne pas manquer celles qui se proposent, et moins encore celle où la rareté de la programmation s’ajoute à la disette générale. Ce fut le cas ce 9 octobre au Portologia à Paris.

A l’affiche, la chanteuse française, mais bilingue, Lizzie, qu’on entend hélas rarement dans le fado. A ses côtés, Nuno Estevens, qui passa cinq années à Paris et joua un rôle important dans l’animation du fado parisien: enseignant la viola à l’Académie de fado, initiateur des soirées de fado à Portologia, partenaire principal, à la viola, de Filipe de Sousa, à la guitarra dans de multiples soirées de fado en Ile-de-France et en province. Reparti à Lisboa, revenu brièvement à Paris pour deux concerts, nous l’avons retrouvé avec plaisir et émotion: grand moment amical. Et à la guitarra, venu avec Nuno, Mucio Sá, un personnage délicieusement sympathique, brésilien installé à Lisboa depuis trois décennies, curieux de toutes les musiques, pratiquant à haut niveau toutes les guitares (guitarra, viola, viola baixa, bandolim et d’autres encore), socio-ethnologue érudit qui finit un doctorat, qui nous offrit à la guitarra un accompagnement sensible et délicat.

Lizzie est apparue dans le monde du fado voici cinq ans, lors d’une soirée du regretté Lusofolies animé par l’ami João Heitor. Amoureuse du Portugal, devenue bilingue, elle nous dit avoir eu la révélation du fado en entendant l’interprétation par Mariza, de ‘Gente da minha terra’. Musicienne accomplie (elle enseigne le piano et s’accompagne elle-même à la guitare dans ses prestations dans la folk music, qu’elle continue parallèlement au fado), elle séduisit le public de Lusofolies, puis des Affiches, aux après-midi de Gaivota (dont la Présidente, Maria-José Henriques, était présente, amitié encore) et entama une étroite collaboration avec Filipe de Sousa et Nuno Estevens, qui aboutit au projet Fado clandestino (clin d’œil amical aux chemins de l’exil), donnant lieu à plusieurs concerts et à un CD très réussi.

Lizzie fait partie des fadistes qui travaillent dans la finesse. Elle n’a pas la puissance vocale d’une Mariza, d’une Katia Guerreiro ou d’une Misia. Elle se rapproche, vocalement d’une Cristina Branco (en plus acidulée) ou de la grande et trop peu connue ici Aldina Duarte, avec qui elle partage un goût immodéré pour la poésie. Ceci explique l’attention qu’elle attache aux textes (Florbela Espanca est à son répertoire, par exemple), qu’elle chante avec une clarté de diction qui en remontrerait à bien des fadistes portugaises, et une implication très émouvante.

Auteure d’un poème en portugais qu’elle chante sur une musique de fado traditionnel, Lizzie a aussi souhaité faire se rencontrer la poésie française et le fado, chantant L’albatros de Baudelaire sur la musique du fado alexandrino ou «fadisant» La prière (le poème de Francis Jammes chanté naguère par Georges Brassens). Une belle idée pour une belle rencontre.

Un superbe programme, donc, avec en bonus, dans la partie fado vadio de la soirée, une tradition maison, la participation de Tânia Raquel Caetano («ma sœur en fado», dixit Lizzie, amitié toujours) de notre benjamin du fado Hugo Vitorino et d’autres encore, devant un public restreint (normes de sécurité anti-virus obligent) mais comblé.

 

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