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Cultura

 

 

Lever de rideau. Cinq musiciens alignés dans la pénombre. L’ombre filiforme de Mariza se faufile sur le plateau, accompagnée de quelques éclats dorés, reflets s’échappant de sa longue robe aux paillettes dorées épousant au plus près les formes ondulantes de son corps.

Le public rugit, un accueil de rock star. Mariza est de retour à Paris.

Elle entame avec un classique d’Amália Rodrigues, «Fois deus». N’oublions pas que son dernier cd, sorti voici quelques mois s’intitule «Mariza canta Amália». Et au cas où on l’aurait oublié, elle nous rappellera que pour elle, Amália fut la plus importante interprète du fado de l’histoire. Interprétation impeccable, qui ne fait pas oublier celle d’Amália, à laquelle elle se conforme, en y introduisant quand même ces décalages rythmiques que Carlos do Carmo créa dans le fado et que Mariza domine parfaitement. Forme de respect probablement.

Disons-le d’entrée, les interprétations de Mariza lors de ce concert furent toutes impeccables.

Impeccables aussi les musiciens, restés dans l’ombre encore un bon moment après le fado d’ouverture, ce qui est un peu dommage car on aime à guetter leurs mimiques, complices ou concentrées, traduisant, ou pas, leur degré de complicité collective entre eux et avec l’interprète, quoique, au Grand Rex, l’exercice soit difficile dans cette salle de 2.700 places, bourrée à craquer si l’on est placé au second balcon, sauf à être doté d’un œil de lynx ou de puissantes jumelles.

La découverte progressive des musiciens nous rassura, les trois guitares – guitarra, viola et viola baixa – étaient présentes (il y aurait bien du fado), la batterie aussi, depuis longtemps présente aussi aux côtés de Mariza, et utilisée en général à bon escient, ce qui fut le cas. Nous rassura aussi l’absence d’un titulaire aux claviers électroniques, cette plaie d’un «fado novo» qui dans ce cas n’est qu’un fado affadi. Nous surprit la présence d’un accordéoniste, João Frade, impeccable avec un instrument généralement absent dans les concerts de Mariza (mais qui fut aussi en charge, le malheureux, d’introduire de ci là ces «nuages électroniques» qui semblent tant fasciner certaines vedettes du fado.

A la guitarra, Luís Guerreiro, l’un des «big five» de la guitare portugaise (José Manuel Neto, Ângelo Freire, Pedro de Castro, Custódio Castelo et lui) que s’arrachent les chanteuses les plus connues. A la viola, un virtuose, Filipe Ferreira, qui remplace un autre virtuose, João Loio, à la viola baixa, un solide brésilien, Adriano Alves, et João Freitas, efficace et discret, à la batterie. Que du bon.

Nous savons, avec Mariza, que depuis 2010 et la sortie de son cd «Fado tradicional», formidable leçon de fado, que ses concerts dépassent largement le cadre du fado. Volonté, réelle, de s’ouvrir à d’autres sources musicales, par curiosité et par goût, contraintes, niées par un partenariat avec des «majors» de la distribution musicale, pour qui le chiffre d’affaires compte bien plus que le contenu.

Après l’introduction amalienne, nous eûmes droit, coup sur coup, à un tango enlevé, qui justifiait à lui seul la présence de João Frade, une morna («Beijo de saudade», référence aux origines africaines de Mariza), et une marcha traitée à la mode brésilienne, où Mariza démontra, ainsi qu’en une ou deux autres occasions dans ce concert, une science du déhanchement propre à rendre jalouses les fameuses «mulatas» des carnavals cariocas.

On retrouvera le Brésil, à la fin du concert, avec une très sensible interprétation du «Insensatez» (Tom Jobim, Vinicius de Morais), presque un fado, Amália plusieurs fois («Limão verde limão», «Maria Lisboa», «Há palavras que nos beijam»… et en final l’inévitable «Gente da minha terra», écrit par Amália, mais qui ne l’enregistra pas…) une espagnolade, une chanson façon rock, et quelques mélodies sans rapport avec le fado, mais qui semblent beaucoup plaire au public, musiques guimauves parfois accolées à de beaux textes, mais qui alimentent une certaine ambigüité.

Mariza est une immense artiste, certes, et j’ai, pour ma part, éprouvé d’immenses émotions à l’entendre chanter le fado, et même, dans cet «Insensatez» du Grand Rex, ou son interprétation de «Cadeira vazia», des classiques de la musique brésilienne (si proches du fado dans les deux cas). Mariza, et c’est valable pour sa collègue Ana Moura et quelques autres, nous sont annoncées comme chanteuses ou chanteurs de fado, ce qu’elles ou ils sont, et de premier ordre, mais pas seulement, parfois pour le meilleur, parfois moins, quand pointe l’attirance vers une «world music», ou trois firmes règnent sur 75% du marché.

Cela dit, nous avons chaque fois le plaisir de retrouver Mariza, que nous avions découverte voici une quinzaine d’années dans un concert au Bataclan, dont elle sortit, ensuite, en jeans et coiffée d’un casquette à la gavroche.

Prochain épisode fin mai, au 104, à Paris, pour une Nuit du fado prometteuse.

Bravo l’artiste!

 

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