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Paul Roos pourquoi est-il important, le devoir de mémoire, la transmission, le partage sur des évènements qui ont marqué l’humanité, qui ont marqué des vies?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette formule d’injonction, de «devoir de mémoire». C’est plutôt le «travail de mémoire» pour aller vers une mémoire d’enseignement qui a la vertu de faire connaître, tant aux jeunes générations qu’aux moins jeunes, ce qui a conduit à des énormités qui sont inacceptables, énormités qui ont abouti aux guerres et à la déportation, mais aussi à la résistance. Il faut amener les jeunes citoyens à mieux connaître l’histoire. La mémoire est à la lisière de l’histoire, le travail de mémoire est essentiellement de faire un travail d’enseignement.

 

Paul Roos, vous avez eu de la famille qui a été déportée. Comment avez-vous vécu cela et comment vous le vivez encore aujourd’hui?

Là, on touche dans l’intime et dans la douleur. Mes parents ont été très marqués, lorsque mon frère Pierre, âgé alors de quinze ans, a été arrêté par l’armée allemande. Convaincu de résistance, il a été envoyé en déportation. Les Allemands se sont aperçus qu’il était juif, et là, on l’a envoyé dans un champ d’extermination. Comme c’était presque à la fin de la guerre, que les Allemands avaient besoin de main-d’œuvre et par son jeune âge, il n’a pas été tout de suite envoyé dans les fours crématoires. Il n’a pas été assassiné immédiatement. On l’a fait travailler dans des champs de travail, notamment dans une usine de fabrication de produits de guerre jusqu’au moment où la libération des champs a commencé, qui est arrivé à cette époque de l’année, en janvier 1945 à d’Auschwitz. Les nazis ne voulant pas admettre la défaite ont continué avec un acharnement ahurissant sur les prisonniers, en particulier les déportés juifs, qui pour la plupart, à cette époque, à Auschwitz sont morts dans «les marches de la mort» (1) ou de faim. Les Allemands ont abandonné les champs sans laisser de nourriture, sans laisser des médicaments. Les Russes, quand ils sont arrivés à Auschwitz, ils ont trouvé 7 mille agonisants dans champ.

 

Paul Roos, vous êtes un témoin des souffrances individuelles et familiales, de ce qu’on appelle la brutalité absolue. Vous allez dans des écoles, dans des conférences pour témoigner, pour transmettre. Ce travail est-ce, d’une certaine façon, une manière de vous soigner personnellement de toute cette souffrance qui a été la guerre, la persécution des Juifs, la déportation d’un frère?

La réponse à cette question, ne peut nous être apportée que par des spécialistes, qui cette fois ne sont plus des historiens, mais des psychologues, des sociologues, des gens qui savent qu’il faut parler. La parole est nécessaire pour se soigner, pour annihiler les effets des traumas. Les traumatismes conduisent souvent au déni, au silence, et quand on ne parle pas, on conserve en soi le traumatisme et la douleur, alors que quand on réussit à s’exprimer, la parole soulage une grande partie des traumatismes.

 

Suite à vos interventions dans les différentes structures, sentez-vous, Paul Ross, que les personnes sont attentives et sensibles?

Je suis un optimiste, mais pas seulement, je suis un humaniste. Je suis convaincu, que, par le travail dans les écoles, le travail civique qu’on peut faire dans les associations, par le travail de solidarité qu’on déploie dans la société, on peut amener les gens à prendre conscience sur certaines choses, à faire qu’ils soient meilleurs, qu’ils soient plus enclins aux autres et à ne pas se replier sur soi-même.

 

Que dire derrière tout cela? Je connais Paul Roos depuis 7 ans. C’est quelqu’un qui ne peut laisser personne indifférent. C’est un sage, un passeur de mémoire, un homme bon.

Malgré son âge, il continue son combat sans aucune amertume dans la voix, toujours le sourire, pas un mot plus haut qu’un autre. Il est pour nous tous, qui le côtoyons, un exemple. Et pourtant, des drames, il en a vécu pendant toute sa vie, la liste serait longue à mentionner ici. À 86 ans Paul est infatigable, il continue à témoigner, à transmettre sans jamais se plaindre sur lui.

Le sage, Paul Ross croit dans l’homme, croit dans l’humanité. Paul Roos est Président Honoraire de la Délégation Territoriale du Nord de l’Association de la Fondation de la Déportation.

 

(1) Le terme «marche de la mort» fut probablement inventé par les prisonniers des camps de concentration. Il fait référence aux marches forcées de prisonniers sur de longues distances et sous stricte surveillance, dans des conditions hivernales extrêmement dures. Pendant ces marches de la mort, les garde.

 

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