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«Plasticus Maritimus», tel est le nom scientifique de la nouvelle espèce qui envahit les océans de notre planète. Inventé par la biologiste portugaise Ana Pêgo, ce nom est aussi le titre du livre publié par l’École de Loisirs dans l’excellente traduction de Clara Domingues.

Le Portugal étant un pays-méduse dont le territoire se compose à 97% d’océan et à seulement 3% de terres émergées, l’omniprésence du plastique a un impact démesuré sur les écosystèmes aquatiques du pays. Dès lors, il n’est guère étonnant que cette œuvre soit signée par trois Portugais – ont en effet collaboré avec Ana Pêgo, Isabel Minhós Martins et l’illustrateur Bernardo P. Carvalho (tous deux cofondateurs de la maison d’édition Planeta Tangerina).

Ceci dit, le désastre écologique qu’engendre l’utilisation massive du plastique depuis la deuxième moitié du XXe siècle est mondial et ne frappe pas uniquement les pays maritimes. N’oublions pas que 50% des objets en plastique dont nous nous servons au quotidien ont une durée de vie utile de quelques minutes: ils ne sont utilisés qu’une seule fois, mais après avoir été jetés à la poubelle, ils poursuivent leur vie d’agent polluant pendant des dizaines, voire des centaines d’années, perturbant ainsi durablement les écosystèmes. Précisons aussi que 72% des déchets retrouvés sur les plages portugaises comportent du plastique dans leur composition. Chiffre qui grimpe jusqu’à 95% si nous prenons toute la Méditerranée comme échelle d’analyse.

Quel constructeur de châteaux de sable ou quel archéologue n’est jamais tombé, durant ses activités, sur des kilos de plastique, de toutes les couleurs et de toutes les formes? Face à un problème d’une telle gravité – rappelons simplement que les plastiques, qui se déplacent sur des milliers de kilomètres sous l’effet des vents et des courants, sont présents dans notre chaîne alimentaire, vu que les poissons que nous consommons sont contaminés par les microplastiques toxiques qu’ils ont eux-mêmes consommés auparavant – des livres de sensibilisation et de vulgarisation scientifique tels que ce «Plasticus Maritimus» font la différence.

Ce livre-documentaire ne se contente pas de sensibiliser les adultes. Son public cible sont les enfants, héritiers d’un monde que les générations précédentes se sont consacré à détruire par petits bouts. Et le génie de «Plasticus Maritimus» réside en ce qu’il sensibilise sans jamais infantiliser les enfants. Au contraire de ce que bien des personnes peuvent penser, nos gamins sont capables de comprendre les sujets les plus complexes sans que, pour cela, il soit nécessaire de revoir à la baisse le niveau de langage ou l’exigence intellectuelle. Ainsi, dans un style approprié et amusant, enrichi de belles illustrations et des photographies des trouvailles les plus improbables, «Plasticus Maritimus» cherche à répondre à certaines des questions les plus importantes sur ce désastre qui frappe les océans et, par conséquent, le bien-être humain et animal.

D’où vient le plastique que l’on retrouve un peu partout? Pourquoi cette pollution est-elle si tenace? Comment la combattre? Le recyclage suffit-il à réduire ou à faire disparaître la pollution au plastique?

Des questions essentielles, d’autant qu’en ce moment, en raison de la pandémie de Covid-19, nous assistons à une résurgence des objets en plastique jetables sous forme de masques, de visières…

«Plasticus Maritimus» est l’un de ces livres à lire impérativement… et urgemment. Aussi urgemment qu’il nous faut répondre à ce problème, à ce crime environnemental – en réalité, un crime contre l’humanité. Cette nouvelle espèce, intégralement composée de plastique, ne mérite pas de vivre; elle est bien la seule et unique espèce qu’il nous faudrait exterminer pour l’inscrire sur la liste des espèces disparues.

 

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