LusoJornal / Dominique Stoenesco

Prix Roger Caillois de littérature latino-américaine pour le brésilien Milton Hatoum

Le Prix Roger Caillois 2018, qui récompense chaque année un auteur latino-américain et deux auteurs francophones, a été décerné, mercredi dernier 12 décembre, à l’écrivain brésilien Milton Hatoum (catégorie Littérature latino-américaine), ainsi qu’au critique littéraire et journaliste du quotidien Libération, Philippe Lançon (catégorie Littérature française) et au poète et écrivain Jean-Christophe Bailly (catégorie Essai).

La remise des prix a eu lieu à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, en présence des lauréats et d’Alain Rouquié, Président de cette institution et ancien Ambassadeur de France au Brésil. Le prix Roger Caillois a été créé en 1991 par la Société des Lecteurs et Amis de Roger Caillois et la Maison de l’Amérique latine, en partenariat avec le PEN Club Français.

Milton Hatoum est né en 1952, à Manaus (capitale de l’État d’Amazonas), où il a passé son enfance et une partie de son adolescence. Issu de grands-parents libanais, il est l’un des écrivains majeurs du Brésil. Après des études secondaires à Brasilia, puis une formation en Architecture à São Paulo, où il a travaillé également comme journaliste culturel, il arrive à Paris en 1978 et pendant trois ans il suit les cours de littérature comparée à l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Dans les années 1980-90 il enseigne la littérature à Berkeley (Californie), puis le français à l’Université Fédérale de l’Amazonas. Depuis 1998 il vit à São Paulo. Alors que trois de ses romans ont été récompensés au Brésil par le prestigieux prix Jabuti et traduits dans plusieurs langues, Milton Hatoum a lui-même traduit vers le portugais Gustave Flaubert, Marcel Schwob et Edward W. Said.

Deux personnages principaux sont présents dans l’œuvre de Milton Hatoum: l’eau du grand fleuve et Manaus, ville rythmée autrefois par l’argent du caoutchouc et aujourd’hui ville-franche. C’est là que se nouent la plupart des drames familiaux liés à l’histoire du Brésil et racontés par Milton Hatoum. Le plus connu de ses romans est «Deux Frères» («Dois irmãos»), adapté à la télévision, dans lequel transparaît peu à peu la liquidation programmée du vieux Manaus par la spéculation immobilière. Cette rupture est symbolisée à travers la rivalité entre les frères jumeaux Yakub et Omar.

Dans ses remerciements, Milton Hatoum a évoqué sa découverte de l’œuvre de Roger Caillois, en 1978, à Paris, soulignant «la puissance de son écriture et de son imagination», ainsi que sa «profonde réflexion sur la nature, toujours au centre de son œuvre». À propos de la situation politique actuelle au Brésil, il a fait part de sa crainte de voir un pays où «s’installe l’intolérance et où les intellectuels, les universitaires, les artistes se sentent menacés». Pour lui, le nouveau Président «n’a que faire de la culture». Il a dénoncé également le racisme et l’homophobie qui se développent, encouragés par les discours du nouveau Président. «Parmi les plus menacés, affirme M. Hatoum, se trouvent les Indiens et l’Amazonie, où la déforestation s’amplifie». «Ce gouvernement d’extrême-droite, a-t-il encore ajouté, a un côté opéra-bouffe et tragi-comique à la fois».

Au cours de la remise des prix, Milton Hatoum a lu un extrait de «A cidade ilhada», un recueil de nouvelles traduites par Michel Riaudel et parues chez Actes Sud, en septembre 2018, sous le titre de «La ville au milieu des eaux».

 

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